Posté le: vendredi 19 janvier 2018

38 milliards de francs en 24 heures

alibaba – L’édition 2017 du «Double 11 Festival» a battu un nouveau record mondial de vente en 24 heures: 253 milliards de ­yuans (38 milliards de francs), soit 1,38 milliard de colis! A lui seul, le groupe s’octroie 168,2 milliards et son roi s’appelle Jack Ma.

Jack Ma (马云 – Ma Yun), 53 ans, fondateur du groupe Alibaba est la 2e fortune de Chine avec près de 40 milliards de dollars. A lui tout seul, Jack symbolise la success story à la chinoise: modeste prof d’anglais au physique ingrat, dénigré de tous, rejeté, attaqué, diffamé et n’obtenant que 200 yuans (30 francs!) de crédit bancaire… pour devenir, deux décennies plus tard, le patron le plus admiré de l’Empire du Milieu.

Sa théorie du «succès par l’échec» a le mérite de donner de l’espoir aux jeunes générations: «J’ai échoué 
trois fois à l’université. En vain, j’ai postulé trente fois pour avoir un boulot. Quand KFC s’est installé en Chine pour son premier restaurant, nous étions 24 candidats et j’étais le seul à rentrer chez moi. Je voulais intégrer la police et sur cinq postulants, j’étais le seul à échouer. Dix fois, j’ai envoyé ma candidature pour rentrer à Harvard, aux États-Unis, mais elle a toujours été écartée.»

Quelle est la part de vérité, quelle est la part de légende, peu importe, car ce qui intéresse le Journal des arts et métiers, c’est plutôt le concept de son e-commerce qui fait vivre des centaines de millions de particuliers, micro-entreprises et PME. A mon avis, il représente le modèle le plus abouti du business to client (B2C), car il court-circuite les intermédiaires de la distribution en donnant, à chaque individu, un potentiel de vente en ayant son propre rayonnage dans l’hypermarché virtuel de Monsieur Ma.

Marketplace number 1

Pensiez-vous que Amazon ou eBay étaient les plus grandes plate-formes de e-commerce? Depuis 2013, en dépassant 1 trillion de yuans (150 milliards de francs) de transactions, la plate-forme chinoise Taobao fait davantage que les deux géants américains… réunis!

Pour y avoir personnellement dépensé plus de 200 000 yuans (30 000 francs) en près de dix ans de vie en Chine, je peux affirmer que c’est le plus grand hypermarché dématéria­lisé au monde. J’y achetais mon café du Yunnan directement chez le producteur, des pièces détachées pour réparer mon ordinateur ou mon four à micro-ondes, des pneus, des sacs de riz ou de croquettes pour chat, des ampoules LED, du denti­frice en gros pour l’année, etc.

Fini de perdre des journées entières sans trouver, dans le labyrinthe des mégalopoles, ce qu’on vous délivre bien moins cher le lendemain sur votre seuil de porte. Le plus chou­ette, c’est que les litiges sont quasi inexistants, car Taobao joue les intermédiaires: l’argent viré sur la plate-forme bancaire Alipay (autre création de Jack et qui compte dés­ormais plus de 800 millions d’utilisateurs) reste en transit entre les deux parties. Ce n’est qu’après le «OK» de l’acheteur que l’argent est viré sur le compte du vendeur.

Et si un jour l’acheteur découvre un vice caché ou une contrefaçon, preuve à l’appui, le vendeur devra se justifier, rembourser voire dédommager sans quoi Taobao peut lui fermer son magasin online… Le cas m’est arrivé avec une copie de logiciel – et non un programme original comme promis – qui a été découvert plusieurs mois après, lors de sa mise à jour. En plus du remboursement, le magasin a été contraint de fermer. Bref, sur Taobao, le consommateur achète en confiance.

Jack Ma a également inventé le festival du double 11, c’est-à-dire du 11 novembre de chaque année (la superstition des chiffres en Chine est une banalité). Tous les vendeurs sont invités à offrir leur produit au meilleur prix en échange d’un volume de vente multiplié. Le résultat 2017 pour le groupe Alibaba dé­passe de loin le «Black Friday» avec des volumes de vente ahurissants: 1 milliard de yuans (150 millions de francs) après 28 secondes, 10 milliards (1,5 milliard de francs) en 3:01 minutes et 168,2 milliards (25,2 milliards de francs) en 24 heures!

En Suisse, on connaît le groupe 
surtout pour sa plate-forme Ali­Express qui, en 2016, s’est hissée à la 8e place de notre marché online avec 130 millions de francs de chiffres d’affaires. Et AliExpress devrait encore gagner quelques places en 2017…

Le commerce réellement globalisé

Ce qui est réjouissant, dans le e-commerce tel qu’il existe en Chine avec Taobao, c’est qu’il permet à tout un chacun d’être également vendeur, voire producteur. Dans l’Empire du Milieu, la plate-forme de vente – qui pèserait plusieurs points du PIB national –, permet de faire travailler et vivre des centaines de millions de gens.

Si vous prenez Datang, la «ville de la chaussette» (¹/3 de la production mondiale), elle fait certes toujours travailler de grosses manufactures pour le compte de grandes marques ou de la grande distribution, mais également des milliers de petits ateliers familiaux qui profitent directement de la filière. Et c’est comme ça dans tous les secteurs! Taobao et AliExpress leur offre une place dans le rayonnage infini d’un hypermarché virtuel et globalisé.

Si ce modèle économique est difficile­ment transposable aux pays développés très (trop?) structurés, il deviendrait un formidable outil pour les pays en voie de développement où les 
populations pourraient enfin vendre directement leurs produits en béné­ficiant de ce tant espéré «prix équi­table»…

Jean-Luc Adam,

de retour de Chine

OUI À « NO BILLAG » – SSR, IL FAUT QU’ON PARLE
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La Chambre suisse des arts et métiers, parlement de l’usam, a décidé de recommander de voter OUI à l’initiative « No Billag ». L’impôt médiatique Billag frappe doublement les entreprises, de façon arbitraire et injustifiée. La ministre des médias Doris Leuthard et les représentants de la SSR font tout pour convaincre le souverain que l’initiative ne menace pas seulement l’existence de la SSR, mais celle de la Suisse toute entière. Cela est totalement absurde. Un OUI à « No Billag » permettra, au contraire, de mener enfin la discussion sur le service public que l’on nous refuse depuis la votation populaire de 2015 sur la LRTV et d’empêcher l’étatisation du paysage médiatique suisse.
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