Publié le: 2 octobre 2020

Belle lumière vers Constance

Découverte – Refranchir la Sarine et profiter d’une belle fin de semaine automnale dans une ville inconnue. Cette virée nous emmène à Schaffhouse, puis sur les rivages du lac de Constance. Entre réminiscences de l’Ancien-Régime et dégustations de pinots noirs.

Constance restera un point focal. Francophile, le périple débutera à Schaffhouse. Arriver en fin d’après-midi et prendre ses quartiers dans la vieille ville où les bons hôtels de famille ne manquent pas. Les terrasses sont animées et invitent à la détente. Difficile de mal tomber au point de vue de la restauration, car il y en a pour tous les goûts et toutes les poches. En soirée, promenade à rythme contemplatif dans les ruelles médiévales. Ordre est donné de se perdre dans les ruelles et les détours. Et de lire les plaques historiques. Sourire au groupe de jeunes qui, croisé par trois fois, déambule, musique en bandoulière.

Rêves de Chessex et Mercanton

Près de 76 ans après le bombardement de Schaffhouse du 1er avril 1944 (plus de 40 morts, 270 blessés, près de 500 sans-abris et la disparition de 1000 emplois), cet épisode dramatique est effacé. Les décors flattent l’œil, façades peintes et décorées de monstres et de chevaliers teutoniques. Un Rhin qui aurait fait rêver nos deux Jacques germanophiles – Chessex et Mercanton.

Vers 21h, le gardien fait tinter sa cloche au Munot, la «Munotglöggli», immortalisée par une chanson populaire que tous les Suisses-alémaniques devraient connaître selon les guides. De retour à Berne, j’ai effectué le test sur trois de mes collègues. Résultat: 100% de réponses négatives. Ne croyez plus ce que disent les guides!

Fleuve matinal et romantique

Le lendemain, se lever à l’aube et profiter de températures fraîches pour se rendre aux chutes du Rhin. Suivre le fleuve qui frémit vers les récifs. Sentir les brumes qui planent. Passer sur l’autre rive (!) pour prendre la mesure du volume d’eau. Sur un rocher, un couple de cormorans en pleine réflexion matinale.

Retour en ville où le marché (photo) a installé ses tréteaux regorgeants de produits frais. Le boucher appâte le chaland avec ses saucisses qui embaument. Petit-déjeuner comme les Schaffhousoises savent le préparer avec force charcuterie et petites merveilles. Et puis, c’est reparti pour un tour en ville!

De la belle inutilité

Le Munot fait partie des incontournables. Depuis la rue principale (Unterstadt) emprunter un escalier au milieu des vignes. On y produit le vin d’honneur de la Ville depuis 1913. Arrivé en haut, on est stupéfait à l’entrée de cette forteresse (1563). Une immense salle voutée baigne dans une douce pénombre (photo). Des spectacles de théâtre, de danse et de musique y sont donnés à l’occasion. Un bel escalier circulaire permet d’accéder à la gigantesque terrasse circulaire – la vue est à couper le souffle à 360°, on y voit toute la ville et le Rhin dérouler ses méandres en amont et en aval. En 1799, le Munot est occupé par les troupes françaises en guerre contre l’Autriche (deuxième guerre de coalition). Selon le Dictionnaire historique, l’édifice était endommagé et inutile, sa valeur militaire fut de tout temps modeste, servit dès lors de carrière avant d’être restauré au 19e.

Pour les plus réflexifs, le séjour se poursuit au fur et à mesure que le lac de Constance s’élargit. De Gaulle aurait dit que plus on avance, plus on voit la France dans les yeux de l’Allemagne située juste en face. Sauf que c’est la Suisse, mais une Suisse bien francophile, comme le montre la prochaine étape.

Le monde selon Hortense

Le château d’Arenenberg est situé sur une colline au bord de l’Untersee, la partie inférieure du lac de Constance. Ses jardins (photos) offrent une vue imprenable sur toute la région et l’île de Reichenau, située en face. La demeure est achetée par Eugénie Cécile de Beauharnais, née le 10 avril 1783 à Paris et décédée le 5 octobre 1837 dans ce château. Hortense donna son nom à la fleur, mais changea d’abord de patronyme lorsque son beau-père Napoléon Bonaparte épousa sa mère Joséphine. Plus tard, l’Empereur offrit la Hollande à Hortense. Mais de tous les palais, ce fut Arenenberg qu’elle préféra.

Stéphane Bern l’a adorée

La visite de cette splendide demeure impériale est aussi touchante. Stéphane Bern en propose une visite touchante dans un épisode de «Secrets d’histoire» qu’il consacre à cette chère Hortense. Une personnalité qui a beaucoup ému la région. Elle laisse derrière elle un Kaiserbad ou bain impérial (photo) et de somptueuses pièces restées dans leur jus, rénovées avec intelligence. Seul bémol, les pantoufles à enfiler pour ne pas rayer les parquets, la surveillante un peu fantomatique (style régence) insiste sur ce point.

Pélerinage jungien

Si les amoureux de la boite de conserve ouvriront leur cœur à Bischofszell, paradis des raviolis et des petits pois en boite, les inconditionnels des parcs d’attractions ne rateront pas les montagnes russes du Conny Island de Lipperswil.

Les membres du fan’s club de Carl Gustav Jung se rendront sur les rives bénies du lac de Constance – plus particulièrement à Kesswil (photo). C’est ici qu’est né le psychanalyste suisse. En plus de la maison natale, le pèlerin passera par l’église où prêchait le père pasteur (et non freudien) de Carl Gustav.

Vie lacustre et bons vins

Le village est très calme, on entend les lapins penser dans les jardins et les nains ronger très fort derrière les tuyas. Au bord du lac, de nombreux chalets sur pilotis incitent à passer le reste de sa vie dans la région en dégustant les spécialités locales. Ce d’autant que ces Lacustres ne sont pas menacés par une réserve naturelle. Des gens prévoyants…

Et amateurs de bons vins! Du côté des blancs, gloire au règne inégalé des Müller-Thurgau divinement fruités – «herbe coupée, pêche, fruits exotiques et agrumes» selon l’exégèse de Swissgrapes. Prière d’enchaîner avec quelques bons pinots noir aux accents de baies rouges, par exemple ceux de Weinfelden dont les collines bénéficient d’un ensoleillement «optimal» – parole de restaurateur. En effet, l’harmonie met-vin entre ce pinot noir et un filet de Sandre du lac (introduit sans autorisation dans les années 1990) dépasse l’entendement. Ce qui est le point essentiel d’un break de week-end réussi.

François Othenin-Girard

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