Publié le: 2 septembre 2022

Crucial: se préparer sérieusement

PÉNURIE ÉLECTRIQUE – Une pénurie d’électricité, prévisible depuis plusieurs années, semble désormais difficile­ment évitable à brève échéance. La Confédération s’y prépare à travers un scénario à quatre phases, de la plus «légère» à la plus intrusive. Les entre­prises aussi doivent anticiper les risques liés à cette situation.

La perspective d’une pénurie d’énergie est un sujet qui préoccupe actuellement fortement l’économie et la société en général. Si la disponibilité du pétrole ne semble pas menacée, l’approvisionnement en gaz est déjà critique dans certains pays européens, compte tenu des restrictions d’importation en provenance de Russie et des difficultés d’approvisionnement dans d’autres parties du monde.

En Suisse, le gaz est important pour de nombreux secteurs industriels ainsi que pour une partie des ménages pour le chauffage. En outre, le gaz peut également avoir une importance indirecte pour la Suisse dès que nous importons de l’électricité de pays qui la produisent avec du gaz.

La plus grande inquiétude concerne donc l’électricité sous forme d’énergie secondaire, car elle est produite à partir d’autres sources d’énergie, dont la disponibilité suffisante ne pourra peut-être plus être garantie à partir de cet hiver.

Petite quantité, grande conso

La pénurie d’électricité en Suisse résulte d’un affaiblissement de la production – arrêt d’une première centrale nucléaire en 2019, difficulté ou impossibilité d’augmenter la production hydraulique – et de l’augmentation simultanée de la consommation, liée à la croissance de la population, à la multiplication de nouveaux appareils électriques et à un usage de plus en plus intense de l’électricité comme énergie «propre», notamment dans les transports.

La Suisse est ainsi devenue davantage dépendante des importations de courant étranger, mais celles-ci sont aujourd’hui menacées par le fait que les pays qui nous entourent font eux-mêmes face à des difficultés et réservent donc leur production en priorité à leur usage interne.

Prévisible depuis des années

Cette situation, prévisible depuis plusieurs années, invite à des décisions politiques fortes pour augmenter à l’avenir nos capacités de production. Dans l’immédiat, c’est-à-dire pour ces prochains mois, il faut se préparer à une pénurie.

Des mesures à quatre niveaux

Du côté des pouvoirs publics, l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) a mis sur pied un scénario de mesures en cas de pénurie d’électricité. Ces mesures se déclinent en quatre phases:

La phase 1 consiste en un appel aux efforts individuels de tous les consommateurs pour réduire leur consommation.

La phase 2, si les efforts individuels restent insuffisants, conduirait à limiter ou interdire l’utilisation d’appareils et d’installations non essentiels (publicités lumineuses, escaliers roulants, saunas, etc.).

• Si cela ne suffit toujours pas, la phase 3 verrait un contingentement imposé aux gros consommateurs (>100 000 kWh par année), qui seraient ainsi forcés d’économiser un pourcentage donné de leur consommation pour une durée d’une journée (avec préavis de quelques jours) ou d’un mois (avec préavis d’un mois).

• En ultime recours, la phase 4 permettrait aux autorités d’opérer des «délestages» (coupures de courant) de quelques heures, par rotation selon les régions.

La décision de déclencher ces différentes phases relève du Conseil fédéral, tandis que leur exécution est confiée à l’OSTRAL*(organisation pour l’approvisionnement en électricité en cas de crise, qui dépend de l’OFAE). Il faut en outre garder à l’esprit que ces mesures «contrôlées» n’éliminent pas entièrement le risque parallèle de pannes de courant accidentelles

Deux pistes pour se préparer

Du côté des entreprises, il importe de se préparer sous au moins deux angles. D’une part, il leur incombe d’identifier les possibilités de réduire leur consommation d’électricité dans diverses proportions, afin de pouvoir répondre à un appel aux efforts individuels (phase 1), voire à l’exigence d’un contingentement si elles font partie des gros consommateurs (phase 3). D’autre part, elles ont intérêt à étudier l’impact d’une éventuelle interruption de courant – contrôlée et annoncée, ou au contraire accidentelle et soudaine – sur leur activité, ainsi que les moyens d’y faire face en limitant les dommages. Les solutions seront différentes selon le type d’activité et selon les possibilités de décaler cette activité dans d’autres tranches horaires. On relèvera encore qu’à ce stade, il n’est pas prévu de dédommagement en cas d’interruption de courte durée.

«pour ces prochains mois, il faut se préparer à une pénurie.»

Perspectives inquiétantes

Les esprits les plus optimistes ne manqueront pas de souligner que, au niveau local tout au moins, le risque d’une panne d’électricité a toujours existé. Il n’empêche que, à l’échelle de la Suisse, ces perspectives sont inquiétantes; chacun doit donc faire le maximum pour éviter des mesures de contingentement ou de délestage.

Jimmy Dupuis, Centre Patronal

* www.ostral.ch/fr

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