Publiziert am: 08.02.2019

Incertitudes, frontières, stockages

brexit – Plus que deux mois jusqu’au Brexit. Les comportements changent dans les entreprises et les PME ici et là-bas se préparent aux divers scénarios. Les Suisses peuvent compter sur un accord avec le Royaume-Uni.

À deux mois de la date prévue du Brexit, le 29 mars, l’incertitude politique se prolonge sur les conditions de sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne. Et les signes d’inquiétudes s’accumulent dans les milieux économiques face au risque d’un divorce sans accord.

Les entreprises se préparent

Dernière mauvaise nouvelle en date: près d’un tiers des entreprises britanniques se dit prêt à déplacer ses activités à l’étranger en raison des risques liés au Brexit, précise une étude publiée début février par l’Institute of Directors (IoD), une organisation patronale. D’après le sondage réalisé entre les 17 et 19 janvier, soit quelques jours après le rejet par la Chambre des communes de l’accord de sortie défendue par la première ministre, Theresa May, 29% des 1200 entreprises interrogées disent qu’elles pourraient prendre la route de l’exil pour éviter que leurs affaires ne soient perturbées. Dans le détail, 16% d’entre elles affirment avoir déjà acté ce choix et 13% supplémentaires déclarent y penser sérieusement.

«Un vrai cauchemar pour toutes les PME britanniques qui travaillent avec le continent.»

Les milieux d’affaires ont de quoi s’inquiéter face à un «hard Brexit» ou Brexit dur, synonyme de sortie sans accord. Si tel était le cas, le Royaume-Uni serait considéré dès le 30 mars à minuit comme un «pays tiers» par les autres États membres de l’Union.

Les contrôles aux frontières

Cela signifie que, du jour au lendemain, seraient rétablis les tarifs douaniers, les contrôles aux frontières et autres formalités administratives. Un vrai cauchemar pour toutes les PME britanniques qui travaillent et commercent avec le continent. Le géant de l’aéronautique Airbus emploie directement 14 000 personnes au Royaume-Uni. Il a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme. Le secteur bancaire a égale­ment pris ses précautions en commençant à organiser le transfert de certaines activités et emplois dans plusieurs villes européennes pour garder un accès au marché européen. La banque britannique Barclays a ainsi annoncé, la semaine dernière, qu’elle allait transférer 160 milliards de livres d’actifs (182,5 milliards d’euros) vers l’Irlande.

PME et pénurie

D’autres entreprises se préparent en augmentant leurs stocks en prévision d’un dérèglement des échanges et d’une rupture des chaînes d’approvisionnement. C’est le cas dans de nombreux secteurs dépendants de l’approvisionnement en produits ou pièces «made in EU», comme le secteur automobile ou l’agroalimentaire. La multinationale anglo-néerlandaise Unilever a annoncé avoir rempli ses entrepôts frigorifiques de crèmes glacées Ben and Jerry’s et de cônes Magnum pour éviter la pénurie. Mais plusieurs grandes chaînes de supermarché et de fast-food ont déjà prévenu les consommateurs qu’ils devraient se préparer à un choix et une qualité moindre des aliments en cas de Brexit sans accord.

Du reste, dans tout le Royaume-Uni, des quantités phénoménales de marchandises s’entassent dans les dépôts. À moins de trois mois de l’entrée en vigueur du Brexit, les espaces de stockage ont atteint leur maximum. La menace d’un Brexit dur n’effraie pas seulement les poids lourds de l’industrie. Tous les secteurs sont suspendus à la date du 29 mars 2019. L’incertitude a provoqué une fébrilité, qui se traduit chez ceux qui importent des produits du continent. Ces derniers commencent à faire des stocks par peur de futures taxes douanières.

Accord Suisse et Royaume-Uni

Quid des PME suisses en relation commerciale avec le Royaume-Uni? La Suisse a préparé avec son partenaire un texte d’un accord commercial, accord que le Conseil fédéral a approuvé le 14 décembre dernier. Ce texte concerne les droits des citoyens suisses et britanniques après le Brexit. Il bénéficie aux ressortissants qui ont acquis, en Suisse ou au Royaume-Uni, des droits en vertu de l’accord sur la libre circulation des personnes (par ex. droits de séjour). «Si l’accord de retrait entre l’UE et le Royaume-Uni n’est pas approuvé, le Royaume-Uni quittera vraisemblable­ment l’UE de manière désordonnée le 29 mars 2019, communique le Seco. Dans ce cas, l’accord entre la Suisse et le Royaume-Uni dont il est question ici devra s’appliquer à titre provisoire dès le 30 mars 2019.» En 2017, ce pays constituait le cinquième marché pour les exportations suisses (11,4 milliards de francs). Inversement, la Suisse représente elle aussi un partenaire important pour le Royaume-Uni, arrivant en troisième position des marchés d’exportation hors-UE, après les États-Unis et la Chine.JAM, avec les agences