Publié le: 2 juillet 2021

Jeune centenaire et globe-trotteuse

TSM Compagnie d’Assurances – Cette pandémie passée, la Chaux-de-Fonnière se recentre sur son axe local et sa clientèle de PME dans toute la Suisse. Tout en profitant de son cen­tième anniversaire pour gagner en visibilité. Dans son espace muséo­graphique, de nombreux souvenirs. Et beaucoup de voyages …

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Lorsque la responsable de la communication, Sandrine Arezki, nous reçoit pour une visite de TSM Compagnie d’Assurances, rue Jaquet-Droz 43b à La Chaux-de-Fonds, l’ambiance est effervescente. Ce jour-là, une équipe d’escrimeurs de haut-niveau est attendue pour une démonstration. En traversant le hall, nous croisons une délégation d’une autre compagnie d’assurance. Depuis quelques semaines, les festi­vités du centenaire battent joyeusement leur plein. Réceptions et portes-ouvertes se succèdent dans cette entreprise fondée en 1921 par une poignée de familles horlogères (lire l’encadré p. 14) inspirées par le bien commun. Et qui créèrent une structure dans le but de sécuriser leurs transports. Ouvrons une parenthèse pour situer cet état d’esprit – une piste à creuser par ces temps de reprise.

Horlogerie et amour du beau

Des patrons qui se mettent ensemble pour lancer quelque chose de nouveau, c’est l’esprit du Haut et il prévaut toujours. En un siècle la structure coopérative de TSM et ses buts n’ont que peu changé. On a beau assurer des biens qui circulent dans le monde entier, au départ ou à l’arrivée en Suisse, ou assumer des risques spéciaux comme l’annulation de festivals et d’événements (activité qui renaît de ses cendres) – on peut rester Chaux-de-Fonnier dans l’âme. Et le faire savoir.

L’amour du beau a toujours transcendé les horlogers. Il leur a donné l’occasion de sublimer, génération après génération, le train-train des cycles conjoncturels et leurs épineuses relations de concurrence. C’est ensemble qu’ils ont fait bourgeonner l’Art nouveau à la fin du XIXe siècle. Ensemble qu’ils ont construit un théâtre à l’italienne. Ou cette fabuleuse salle de musique à la résonance si parfaite et ce bijou absolu qu’est le Musée international d’horlogerie (MIH). Or si aujourd’hui TSM est arrimée à la Rue des Musées, ce n’est pas un hasard. Une rue plus loin, témoin d’époques glorieuses mais aujourd’hui disparues, l’enseigne Moreau, chocolatier confiseur dont il ne reste que le souvenir – sonne comme un bref rappel de l’impermanence économique.

Mise en valeur du patrimoine

Nous sommes dans la cour, en face des bâtiments principaux où se trouve une annexe construite en 1893 par l’architecte Louis Reutter pour un horloger, Fritz Petitpierre – qui l’a ensuite cédée à la famille Picard, membre fondateur de TSM à la tête de la Fabrique Germinal. A l’époque, ce bâtiment abritait les anciennes écuries, avant de céder sa place à un atelier de réparation automobile.

En 2017, TSM décide de mettre en valeur ce morceau de patrimoine architectural et mandate l’architecte Pierre Studer pour réaliser l’Espace TSM. Le Neuchâtelois rehausse le toit de 70 centimètres et le repose sur une frise en vitrail – des bas-reliefs réalisés par l’artiste italo-genevois Riccardo Pagni (décédé en 2017 et dont il s’agit de la dernière œuvre, que son propre auteur qualifiait de «magistrale») illustrent les thèmes du quotidien dans le monde de l’assureur – transports et horlogerie.

Cette transfiguration du réel frappante, très proche des préoccupations de l’Art nouveau rappelle à son tour les fresques du peintre chaux-de-fonnier Georges Dessouslavy (1898-1952), dont le triptyque fabuleux («Les Horlogers, les Loisirs, Le Temps») résonne toujours dans le hall d’entrée de la Gare de la Chaux-de-Fonds.

Un siècle d’aventures

Dans ce contexte, le centenaire de TSM est plus vécu comme un pont et un tourbillon créateurs que comme une complication – autres métaphores horlogères. Une énergie remontée et décuplée qui, canalisée à l’intérieur d’un élégant boitier, donne rythme, précision et fiabilité. Et de bonnes valeurs pour un assureur issu de cet ADN horloger dont le slogan – «orfèvre en assurance» – rappelle que l’art n’est jamais très loin: TSM s’active également dans le cinéma, la course automobile, les voitures de rallye et de collection – organisant également au sein de son espace culturel divers événements et vernissages. Citons la redécouverte du peintre Roger Montandon (1918-2005) en collaboration avec les éditions Alphil, ou l’exposition et l’ouvrage sur Riccardo Pagny.

Numérisation: en plein dedans!

Filons la métaphore. Au fond, tout comme les meilleurs horlogers, cheminant monoculaire au front, TSM travaille la relation personnelle, le conseil personnalisé et les petites niches du sur-mesure. Prenant le contre-pied d’un prêt à porter ambiant conduisant les clients ordinaires à se morfondre dans ces salons glacés et impersonnels que constituent les call centers.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faille renoncer à la modernité. TSM travaille intensément à la numérisation de ses processus pour permettre à ses clients de gagner un peu de temps sur la paperasse et se con­sacrer à l’essentiel. L’entreprise s’appuie sur 70 collaborateurs dans toute la Suisse, à La Chaux-de-Fonds où se trouve le siège, avec des filiales à Genève, à Lausanne et même à Zurich. A cela s’ajoute un certain nombre de partenariats avec d’autres assurances, Vaudoise Assurances et Generali – et un travail avec des courtiers pour entretenir le réseau de distribution.

Interviewavec Martin Geser (CEO) et Sandrine Arezki, responsable de la communication de TSM.

Martin Geser, vous avez succédé il y a un an et demie à Edouard Fragnière, directeur depuis 1997 et bientôt à la retraite. Comment se passe cette transition et quelle a été votre trajectoire? Pas trop difficile, la Suisse romande?

Martin Geser: Avec Edouard Fragnière, c’est la grande classe! Il reste à disposition pour des conseils sans chercher à s’imposer. Pour ma part, je suis originaire en Suisse orientale. J’ai travaillé 12 ans chez Suisse Assurance, puis chez Alpina, également dans l’assurance de transports, avant de passer chez le courtier Gras Savoye. Puis, 13 ans chez Swica à Lausanne. Pour le reste, je pense m’être bien acclimaté, mes an­- ciens collègues disaient que j’étais le plus romand des Suisses allemands.

Quelle sera votre stratégie pour sortir de cette crise?

Martin Geser: Elle est plus générale que ce que suggère le contexte de la pandémie qui nous a affecté comme tout le monde. L’événementiel s’est arrêté du jour au lendemain. Il s’agit donc d’un recul, mais qui reste temporaire. Cela ne change pas fondamentalement notre activité d’assureur du transport. Nous sommes un acteur de niche et nous entendons bien le rester.

Quelque chose a tout de même changé dans votre microcosme?

Martin Geser: Oui, les assureurs ont repris conscience que tout pouvait arriver – y compris l’inimaginable. Dans l’événementiel, les mentalités ont changé. On voit les risques quand ils se produisent. On se met ensuite à réfléchir différemment.

Quelle sera dès lors la stratégie que vous mettrez en œuvre avec TSM?

Martin Geser: L’idée est de nous reconcentrer sur nos activités essentielles, avec un axe local et un cœur de cible, les PME. Cela fait du reste près de deux ans que nous avons abandonné le secteur des commodities (nldr, assurance du transport des matières premières), car nous n’étions plus compétitifs face aux géants de ce secteur.

En revanche, nous continuons d’assurer tous les biens en mouvement via tous les modes de transport au départ et/ou à l’arrivée en Suisse. Cette activité représente un bon 40% de nos activités. Les risques spéciaux, dont l’annulation d’événements, représente environ 5% à 10%. A cela s’ajoute un département d’assistance basé à Genève, qui assure le voyage et le médical à l’étranger, c’est une toute petite niche, tout comme celle de l’automobile ou le cinéma.

Enfin, la direction a décidé d’investir dans une société qui développe une plate-forme informatique, pour nous permettre de repenser nos processus en ligne. Nous sommes en plein là-dedans. Quand il y a un sinistre, chez nous, il n’est pas nécessaire d’appeler un call center, nous sommes toujours joignables y compris moi-même. C’est simple et rapide!

Vous avez mentionné la volonté de «développer l’axe local»: qu’entendez-vous par là?

Martin Geser: Notre clientèle est d’abord suisse, mais avec un fort accent dans le monde régional, notamment celui des sous-traitants à la branche horlogère dont notre entreprise est issue – sous-traitants qui se sont ensuite diversifiés. L’idée, avec le retour à des comportements d’achats au niveau local, c’est de se rapprocher encore de ce marché, de nous adresser aux gens de la région. Nous espérons que cet intérêt – et la prise de conscience d’une clientèle locale pour une entreprise locale – seront durables.

Sandrine Arezki: Il est intéressant de noter qu’en 1921, l’autorisation donnée par les autorités pour créer une compagnie d’assurances concernait exclusivement les Chaux-de-Fonniers. C’est seulement par la suite que nos activités se sont étendues à l’ensemble du canton de Neuchâtel, puis à Bâle, Genève, Bienne et Zurich. Réinvestir le plan local est donc un mouvement naturel.

Pourquoi ce slogan «orfèvre en assurance»?

Martin Geser: Il nous arrive d’assurer le transporter d’objets qui sortent du commun. Dans n’importe quelle situation, nous pouvons procéder à une analyse du risque et sortir de l’automatisme habituel appliqué par le secteur des assurances. Nous nous adressons à toutes les PME qui ont besoin d’assureur leurs transports. Notre structure est pyramidale, avec des solutions standard à la base et des offres de plus en plus personnalisées en montant. Par exemple, un artisan qui doit transporter un objet une ou deux fois par année aura intérêt à prendre un système d’abonnement. Au contraire d’un déménageur qui roule tout le temps et pour lequel une police forfaitaire sera plus adaptée.

Sandrine Arezki: Nous nous rendons sur les lieux des sinistres pour comprendre ce qui se passe, comment et pourquoi les choses se sont déroulées dans tel pays et avec telle culture. Et quelles sont nos chances de réussite. Nous passons beaucoup de temps à réfléchir et à analyser tout cela. C’est une valeur ajoutée très importantes pour nos clients. Avant d’entrer chez TSM il y a vingt ans, je m’activais dans la diplomatie suisse, j’ai habité en Amérique du Sud et en Afrique. Dans nos métiers, la connaissance et les réflexes du terrain s’ajoutent à une vraie polyvalence, ce sont des atouts considérables.

En arrivant chez TSM, j’ai commencé au département des sinistres, ce fut une véritable école. On en apprend beaucoup sur certains cas et j’ai eu l’occasion de travailler sur le terrain en Espagne avec des détectives. C’est uniquement en allant sur place que l’on comprend et que l’on apprend de la réalité!

Sandrine Arezki, vous êtes originaire des Franches-Montagnes. La culture d’entreprise de TSM est-elle comparable à ce que l’on trouve dans le monde horloger?

Sandrine Arezki: Oui, notre culture commune est un petit bijou à tailler. Et toute l’entreprise continue de pousser et d’évoluer. Je ne souhaite pas embellir la situation, certaines périodes ont été difficiles et nous avons dû tirer à la même corde. Nous retrousser les manches et empoigner des situations, c’est cette capacité de réactivité, à improviser après avoir longuement et patiemment analysé et réfléchi – qui nous caractérise le mieux je croix. Je pense que nous ne sommes vraiment pas une assurance comme les autres. Venant d’où je viens professionnellement, j’avais besoin de valeurs et d’atypicité.

Un épisode du siècle de TSM qui vous a marqué?

Sandrine Arezki: Je mentionnerais le crash, le 28 octobre 1949, de l’avion d’Air France aux Açores. C’est au cours de ce vol Paris-New York que Marcel Cerdan, champion français de boxe et compagnon d’Edith Piaf, alors au faîte de sa gloire, trouve la mort. Cet avion transportait près de 12 000 montres, dont 2000 ont été retrouvées parmi les broussailles.

François Othenin-Girard

PME FAMILIALES

Les 17 fondateursde TSM en 1921

Chaux-de-FondsVoici la liste des familles qui ont choisi de dépasser leur statut de concurrents pour lancer une nouvelle assurance, afin de sécuriser leurs transports.

Movado

Election

Vulcain

Juvenia

Germinal

A. Eigeldinger Fils

Grumbach & Co

L. Courvoisier & Cie

Louis Moenig & Co

Schwob Frères & Cie SA

Degoumois & Co

Vve Chs Léon Schmid & Cie

Paul Ditisheim SA

Levaillant & Cie

Schild & Co

Braunschweig & Co

Marvin Watch & Co.

www.tsm.ch

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