Publiziert am: 07.06.2019

L’agriculture suisse, un partenaire économique fiable

La politique agricole est un chantier permanent, galopant de réforme en réforme, chacune accompagnée de son lot de nouveaux défis et de contraintes. La Confédération, ayant pris pour habitude de remettre l’ouvrage sur le métier tous les quatre ans, crée de l’instabilité et de l’insécurité dans le monde agricole et n’apporte rien de rassurant pour les agriculteurs désirant investir dans des outils de production modernes et adaptés. Parallèlement, de nombreuses initiatives visant l’agriculture, aux titres accrocheurs mais à caractère utopique, sont déposées.

Régulièrement malmené, le monde agricole à fort à faire pour redorer son image, tant les critiques à son endroit sont vives. Ces initiatives et ces critiques doivent néanmoins être prises au sérieux, car il est nécessaire de répondre en toute transparence aux attentes et aux besoins des consommateurs. Le monde agricole suisse doit apprendre à mieux communiquer sur les méthodes de production et sur le respect des nombreuses normes et contraintes.

Alors que l’agriculture est souvent réduite à un classement à la seule lumière de son produit intérieur brut (inférieur à 2%), et à l’heure où les préoccupations climatiques sont nombreuses, il est nécessaire de démontrer que le monde agricole et le secteur agroalimentaire de proximité jouent ensemble: non seulement un rôle essentiel pour le climat en assurant une production, une transformation, une mise en valeur et une distribution dans notre pays de denrées alimentaires de qualité et de proximité; mais aussi un rôle économique et social, assurant de nombreux emplois et de la valeur ajoutée sur l’ensemble de la filière.

Dans le secteur agroalimentaire de proximité, dont l’agriculture est un maillon indispensable, figurent en amont les fournisseurs d’intrants que sont les coopératives, les Landi, les fournisseurs d’aliments, les fournisseurs de prestations pour l’agriculture, les marchands de matériel et d’équipement agricole. En aval, on trouve les acteurs actifs dans le conditionnement et la transformation des matières premières agricoles, moulins, sucreries, abattoirs, centrales laitières et fromageries. Vient ensuite le commerce de détail qui à son tour va générer des emplois et de la valeur ajoutée: ce sont notamment les bouchers, les charcutiers, les boulangers, les laitiers, les grossistes, les épiciers, les acteurs de la distribution de denrées alimentaires. Sans oublier le secteur de la gastronomie!

Si cette liste non exhaustive des nombreuses activités artisanales peut paraître banale, les chiffres en termes d’emplois, de masse salariale et de valeur ajoutée sont intéressants à relever: avec plus de 100 milliards de francs de chiffre d’affaire (20% du PIB), le secteur agroalimentaire dans son ensemble génère quelques 500 000 emplois, pour une masse salariale de l’ordre de 25 à 30 milliards de francs.

Dès lors, il est nécessaire de garder à l’esprit que chaque affaiblissement d’un des acteurs de la filière agroalimentaire affaiblira tôt ou tard d’autres acteurs actifs de la filière – et cette règle est également vérifiable dans d’autres secteurs de notre économie. Lors des prochaines réformes de la politique agricole, il sera donc primordial d’intégrer les éléments économiques, sociaux et éthiques, dans les réflexions qui seront menées.

Certes, une agriculture de prestations demeure nécessaire dans le cadre des missions d’entretien du paysage et de préservation des ressources naturelles. Mais une agriculture, productrice, rémunératrice, respectueuse de l’environnement, garante de denrées alimentaires de qualité et de proximité, est indispensable afin de remplir le premier mandat constitutionnel de l’agriculture: contribuer à la sécurité d’approvisionnement de la population – tout en participant à la création de valeur ajoutée et en assurant de nombreux emplois dans le secteur agroalimentaire.

C’est donc par un équilibre entre les prestations publiques à fournir, les préoccupations citoyennes, le mandat constitutionnel de sécurité alimentaire, les éléments économiques, sociaux et éthiques, que doit être formulée la prochaine réforme de la politique agricole 22+.

En sa qualité de partenaire économique sur lequel il faut compter, l’agriculture entend fermement et activement jouer son rôle.

*Conseiller national (UDC/FR)

jacques.nicolet@parl.ch