Publiziert am: 05.10.2018

La numérisation, un défi à la formation professionnelle

Les opinions exprimées dans cette rubrique n’engagent que l’auteur.

La numérisation de l’économie progresse rapidement. La formation professionnelle suisse est touchée par ce phénomène, car elle est fortement imbriquée dans le marché du travail. La transmission de compétences numériques demande une adaptation de l’offre de formation. La stratégie «Formation professionnelle 2030» de la Confédération poursuit une flexibilisation de la formation et de la formation continue.

En septembre 2018 ont eu lieu à Berne les rencontres Swiss­Skills. De l’étancheur à la menuisière, près de 135 différents métiers ont été présentés, alors que se déroulaient 75 championnats suisses des métiers. Les performances de pointe 
obtenues démontrent de façon éclatante la grande qualité de la formation professionnelle en Suisse. Comme d’ordinaire lors de ces championnats, des représentants de la pratique ont assisté les expertes et experts pour juger de la prestation des apprentis. Cette façon de faire représente de manière emblématique l’imbrication de la formation professionnelle dans le marché du travail. Plus qu’aucun autre segment de l’éducation, la formation professionnelle est déterminée par le jeu de l’offre et de la demande.

Cela se voit aujourd’hui dans le contexte d’une évolution qui touche l’ensemble du globe: la numérisation. Les technologies qu’elle génère provoquent des mutations rapides dans l’économie et par conséquent dans les exigences posées aux travailleurs. Là où, aujourd’hui, des muscles et le doigté d’un employé sont nécessaires, demain peut-être, des moteurs électriques modernes et des puces informatiques de haute précision pourront effectuer une partie du travail. Dans l’agriculture également, les logiciels prennent de plus en plus de place. Enfin, la numérisation touche également le secteur tertiaire: dans de nombreuses entreprises, le travail est en partie modelé par le commerce en ligne, les applications, le Big Data et les algorithmes.

Evidemment, la numérisation pose un défi à l’ensemble du système de formation de la Suisse, de l’école primaire jusqu’aux hautes écoles. Toutefois, la formation professionnelle est particulièrement touchée. Un nouveau savoir et des nouvelles compétences dans un métier exigent une adaptation du contenu de la formation professionnelle correspondante. Comme les entreprises formatrices sont directement exposées à la concurrence, celles-ci doivent agir avec rapidité, pour ne pas rater le train en marche.

Le récent «Rapport sur l’éducation en Suisse 2018» souligne que les entreprises productrices suisses, soumises à une forte concurrence internationale, sont tributaires de la réactivité du système de formation, en particulier dans trois domaines. Premièrement, il faut développer des nouveaux profils professionnels, spécialement dans les entreprises qui souhaitent s’établir dans ce nouveau secteur d’activité. Ces entreprises d’avenir doivent être intégrées dans le processus de formation professionnelle, afin qu’un possible recul des places d’apprentissage dans d’autres branches puisse être compensé. Deuxièmement, les contenus des formations professionnelles doivent être rapidement adaptés dans les métiers où un changement des compétences nécessaires est prévisible. Et troisièmement, le nombre d’apprentissages doit être constamment adapté à la demande de professionnels sur le marché du travail. Cette adaptabilité en trois points exige une vision à long terme, afin de reconnaître à temps les 
évolutions à venir.

Avec la stratégie «Formation professionnelle 2030», la Confédération travaille depuis quelques années à concevoir la formation professionnelle suisse de l’avenir, en étroite collaboration avec les partenaires associés. Un objectif prometteur de cette stratégie est la flexibilisation de l’offre de formation. Ainsi, les apprentis doivent pouvoir à l’avenir suivre des modules individuels. De cette manière, il serait possible de mieux profiter des synergies existantes entre les formations professionnelles apparentées. Les apprentis pourraient alors recomposer leurs compétences selon leurs objectifs et selon les exigences du marché du travail. Cette approche est intéressante aussi du point de vue de la formation tout au long de la vie. Une formation continue modulaire rendrait bien des services aux professionnels qui souhaitent étendre leurs compétences dans le domaine numérique.

Il est clair que nous devons contribuer activement à façonner l’avenir numérique de la Suisse. Dans ce cadre, l’éducation est un levier central. Nous devons nous préparer aux défis de la numérisation, afin que nous puissions admirer, dans vingt ans encore, des accomplissements de pointe dans de nombreux métiers aux championnats SwissSkills.

*Conseillère nationale (PDC/FR), présidente de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC-N)

«Il faut développer des nouveaux profils professionnels pour les 
entreprises qui souhaitent s’établir dans ce nouveau secteur.»
 Christine Bulliard-Marbach*