Publié le: 11 décembre 2020

«Nos PME survivront à cette crise!»

usam – Diana Gutjahr (36 ans) et Silvan Hotz (47 ans) sont deux nouveaux membres élus au Comité directeur. La conseillère nationale (UDC/TG), active dans les constructions métalliques, et le président de l’Association suisse des patrons boulangers confiseurs sont interrogés sur les défis à venir.

Journal des arts et métiers: Quels défis identifiez-vous pour nos PME dans les années à venir?

Diana Gutjahr: En tant que membre du Comité directeur de l’usam, je suis très heureuse de représenter les intérêts des différents secteurs dans une période aussi difficile. De mon point de vue, le plus grand défi consiste à trouver un équilibre et un dénominateur commun. Le pouvoir de l’usam et son impact positif sur les PME dépend de notre capacité à nous unir.

Silvan Hotz: La priorité absolue est d’atténuer l’impact de la crise sur nos PME. Les défis sont nombreux. La bureaucratie qui écrase nos PME, la pénurie de jeunes dans de nombreux métiers, le tourisme d’achat, les problèmes de trafic et de sta-tionne­ment dans les villes. Chez les boulangers confiseurs, je mentionnerais les importations de pain et de produits de boulangerie, ainsi que la taxe sur le sucre, une véritable épée de Damoclès. Nous autres commerçants, nous devons nous unir et nous battre pour de meilleures conditions économiques.

Comment la crise se reflète-t-elle dans votre branche et quelles solutions seraient souhaitables?

Silvan Hotz: Le tableau est contrasté: pendant le lockdown, certains se sont plaints d’une baisse des ventes allant jusqu’à 90% parce que les cafés étaient fermés, la restauration et les livraisons n’étaient plus disponibles, et il n’y avait ni touristes ni employés. D’autres membres, en revanche, se sont réjouis de l’augmentation des ventes. L’emplacement fut le facteur le plus important. Les boulangers des zones résidentielles et dans les villages ont bénéficié de l’effet du télétravail. Quant aux villes, elles ont été littéralement inondées de touristes suisses.

Diana Gutjahr: Dans les constructions métalliques, nous sommes très dépendants de la non-interruption des chantiers. Si cela devait se produire, cela entraînerait un effet de domino. Nous ne serions pas en mesure de poursuivre la planification et nous devrions arrêter la production assez rapidement parce que ce que nous avons produit ne pourrait pas être assemblé. Des solutions sont donc nécessaires, notamment sur les chantiers, pour éviter les infections. C’est là que le facteur humain entre en jeu. Chacun doit respecter les mesures d’hygiène afin de ne pas se mettre en danger ou mettre en danger le reste de l’entreprise.

Silvan Hotz: Il s’agit de profiter des périodes favorables. Heureusement, pendant la fermeture, un certain nombre de consommateurs ont découvert les acteurs locaux et régionaux et ont décidé de ne plus aller dans les grands centres commerciaux. Nos atouts sont la qualité, la transparence, l’hospitalité, la compétence, la communication orientée vers le client et la région, mais aussi la flexibilité, la coopération avec d’autres professionnels, le sens de l’innovation. Il nous faut saisir cette chance – ce que beaucoup de nos membres mettent en œuvre avec succès. Cela me remplit de fierté. Mais en même temps, nous ne devons pas oublier les entreprises commerciales qui, sans que ce soit leur faute, se trouvent dans une situation précaire et doivent se battre pour leur existence économique. Notre association professionnelle et ses institutions soutiennent nos membres dans ce processus de la meilleure manière possible, avec un grand engagement et un grand savoir-faire.

En tant que patron boulanger, vous êtes sur le terrain. Dans quel état se trouvent les conditions- cadres pour les PME?

Silvan Hotz: Ces dernières années, le climat politique est devenu plus difficile pour nous, les PME. Le ton est devenu plus rude. L’appel à la réglementation – surtout de la gauche – s’est fait plus fort. Dans le même temps, nous, les commerçants, subissons de plus en plus le poids des règlements et de tout le travail administratif, au lieu de nous occuper du cœur de nos professions, les métiers.

Votre fonction de conseiller national vous permet d’exercer une influence très directe sur la politique. Comment comptez-vous vous y prendre au profit des PME?

Diana Gutjahr: Je suis en politique depuis 2012 et je travaille depuis pour les intérêts des PME. Il y a un facteur en particulier qui doit être pris en compte: la crédibilité. Si vous n’avez pas besoin de chercher des exemples dans les livres, mais que vous pouvez les faire entrer dans le débat politique à partir de votre vécu quotidien. C’est pourquoi il faut davantage d’entrepreneurs en politique afin de contribuer à l’élaboration des projets et ne pas être minorisés. Le mot milice fait pleinement sens.

En matière de réglementation, un thème cher à l’usam, quelles sont les préoccupations dans vos branches? Où se situent les problèmes?

Diana Gutjahr: Peu à peu j’ai remarqué que nous, et je ne parle pas seule­ment des politiciens, contribuons à l’augmentation constante de cette charge administrative. Prenons la loi sur les travailleurs détachés: on a commencé par une base juridique et un simple formulaire. Aujourd’hui il faut plusieurs logiciels pour le gérer. Au final, cela coûte cher, cela prend du temps et la valeur ajoutée est nulle. Nous devrions donc commencer par nous-mêmes et réduire nos propres efforts administratifs avant d’exiger cela des politiciens. Il s’agirait d’une approche simple et surtout rapide à mettre en œuvre.

Silvan Hotz: Comme je l’ai déjà expliqué, le fardeau est énorme. Un membre m’a dit récemment: «Vous tuez ma créativité avec ça! Il faut absolument empêcher cela! Nous avons pu éviter une réglementation excessive, notamment grâce à l’aide de l’usam, dans la nouvelle loi sur les denrées alimentaires de 2017. Mais nous devons maintenant faire attention à ce que les réglemen­tations cantonales ou les grands distributeurs ne prennent pas soudaine­ment le dessus sur le gouvernement fédéral. Je pense ici à la taxe sur le sucre, au système des étiquetages alimentaires, la liste est longue!

Une charte pour la numérisation a été adoptée lors du dernier congrès de l’usam. Il y a de grands espoirs à cet égard, notamment en matière de formation professionnelle. Comment intéresser davantage de jeunes à nos métiers?

Diana Gutjahr: La numérisation est une facette de la médaille, elle se vit au quotidien et il est impossible d’imaginer la vie sans elle. Je considère maintenant que les associations sectorielles, en coopération avec les associations cantonales, ont le devoir d’inciter les jeunes à exer­-cer une profession artisanale. Aujourd’hui, la plupart des entreprises travaillent avec des machines de haute technologie, ce qui exige des compétences et de l’intérêt pour l’informatique. Il est important de transmettre ce point de départ aux jeunes, aux parents et aux enseignants et de montrer à quoi pourrait ressembler la suite du parcours professionnel après l’apprentissage. Il est essentiel que les salons régionaux de l’emploi continuent d’avoir lieu. Sinon, nous manquerons d’artisans qualifiés dans les entreprises, et cela serait fatal.

Silvan Hotz: Les jeunes d’aujourd’hui passent beaucoup de temps sur leur téléphone portable ou devant un PC. Si, d’une part, nous parvenons à relier l’artisanat à la technologie numérique et à attirer l’attention sur les avantages des métiers de l’artisanat dans les médias numériques, nous pouvons alors encourager les jeunes à reprendre les métiers de l’artisanat. Notre école technique Richemont de Lucerne a su reconnaître les signes du temps et travaillera dans ce sens.

Que souhaitez-vous apporter d’autre aux PME en ces temps difficiles?

Diana Gutjahr: Loin de moi l’idée de donner des conseils à des entrepreneurs chevronnés qui doivent prendre des décisions portant sur la survie de leur entreprise. Dans de nombreux cas, il s’agit de décisions qui n’ont pas été prises ou qui ont été reportées, généralement en période de prospérité, pour diverses raisons. Il est maintenant important d’éviter les risques inutiles et de se concentrer sur ses propres forces. Ou alors, de faire les investissements prévus maintenant, chaque fois que cela s’avère possible. En tant qu’optimiste, je vois donc la lumière au bout du tunnel et je crois en l’avenir.

Silvan Hotz: Se concentrer sur ses points forts, travailler en réseau et utiliser les possibilités numériques, y compris en matière de communication. Et surtout, restons flexible en ces temps de changements rapides. L’un des avantages d’une PME est de pouvoir réagir rapidement au changement. Alors, allons de l’avant! Les PME suisses sont fortes et sauront survivre à cette crise.

Interview:

Adrian Uhlmann

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