Publiziert am: 05.07.2019

Prudence sur le rôle de l’Etat!

financement de start-up – Pour Jean-Pierre Wicht, les grandes firmes et les investisseurs lorgnent sur les jeunes pousses comme le chat convoite la souris. Une approche qui ne prend pas en compte les sacrifices et la patience qu’il faut pour lancer une entreprise durable.

En quelques années, les lanceurs de start-up ont bien changé. Avant, ils sollicitaient des soutiens et des fonds pour développer leur entreprise naissante, aujourd’hui trop nombreux se font démarcheurs financiers pour créer rapidement (et parfois artificiellement) une structure à revendre au plus vite pour engranger un substantiel bénéfice.

Certains ne sont plus investis du désir de pérenniser une entreprise, mais plutôt de valoriser leur trouvaille et d’en tirer profit. Ainsi, dans les grandes écoles, l’établissement d’un business plan fait partie du parcours académique.

Or, dans les budgets présentés, les salaires de ces très jeunes entrepreneurs s’avèrent démesurés en regard du stade de développement de leur projet, preuve supplémentaire que l’esprit d’entreprise, avec les sacrifices et la patience qu’il nécessite, est trop souvent absent du logiciel des solliciteurs de financement. Ils comptent sur l’intérêt des grandes firmes qui les lorgnent comme le chat guette la souris, et qui font leur marché d’idées innovantes pour éviter de financer un dispendieux service de recherche à l’interne.

En s’associant à ces nouveaux patrons qui œuvrent à court terme, l’investisseur a aussi changé de nature. Alors qu’il accompagnait autrefois l’entrepreneur, avec tous les risques que cela comportait, dans le but de fonder une structure viable et pérenne, ils deviennent aujourd’hui de simples spéculateurs.

D’ailleurs, les «startupeurs» ne sont plus dans l’état d’esprit de solliciter un investissement risqué, mais au contraire d’offrir une opportunité de profits conséquents et rapides aux investisseurs. Quand le projet échoue, quels risques auront-ils pris eux-mêmes? Poser la question, c’est y répondre.

Douze ans d’observations

Les sources de financement privées et publiques abondent pour les start-ups et les jeunes pousses savent y recourir. Pendant les douze ans que j’ai passés à la tête des Coo­pératives de cautionnement, j’ai constaté que la plupart des entrepreneurs qui soumettaient un dossier avaient préalablement frappé à la porte de l’Etat.

En effet, les services de promotion économique et de fiscalité ont développé des outils d’assistance qui sont abondamment sollicités. Le propre des Coopératives de cautionne­ment est de s’engager après qu’une banque a étudié le dossier et s’est déclarée prête à le financer moyennant un cautionnement, ce qui apporte un regard professionnel croisé avant de décider d’un financement, donc une meilleure sécurité.

Dans ce contexte, le rôle de l’Etat devrait se limiter à établir des conditions-cadres efficaces, plutôt qu’à jouer les investisseurs, par des cautions directes ou des dons, ce qui ne lui appartient aucunement.

Vaud: fonds de soutien & déboires

D’ailleurs, l’Etat ne peut se targuer d’aucune compétence spécifique pour juger des dossiers qui lui sont soumis et l’on peut craindre de sa part des décisions arbitraires.

Le fonds de soutien mis en place par le canton de Vaud a vécu des revers que l’on a expliqués par l’insuffisance des règles établies. Mais comment en établir de meilleures? L’Etat est devenu une mère nourricière dans de nombreux domaines et il faudrait, dans une logique libérale, ne pas lui conférer de compétences nouvelles dans un domaine économique qui n’est pas le sien.

Depuis le 1er juillet 2019, l’organisation du cautionnement en Suisse se verra attribuer des compétences de financement jusqu’à un million de francs (lire page 20 ci-contre). Elle est soutenue par la Confédération et par les Cantons, ce qui est largement suffisant comme soutien de l’Etat en faveur du finance­ment des entreprises et des jeunes pousses.

Ne prenons pas modèle sur la France qui fait tout faux dans ce domaine. J’ai eu l’occasion de suivre une entreprise à qui l’Hexagone avait accordé un crédit d’impôt pour entreprises innovantes. Elle en a bénéficié pendant vingt-cinq ans (sic), puisque son but était de faire du développement informatique, donc de l’innovation! De telles largesses ratent leur objectif et sont malsaines pour l’économie.

Attention au court-termisme

C’est pourquoi, même si ce thème est très à la mode, l’usam doitse montrer prudente dans son soutien à la politique de financement des start-ups, dont les patrons s’adressent en priorité à l’Etat, traitent les investisseurs comme s’ils leur étaient redevables, développent une politique à court terme de cession rapide, généralement à un grand groupe qui s’empressera de délocaliser.

La start-up qui devient une PME durable, j’y crois de moins en moins.

Jean-Pierre Wicht,

membre de la Chambre

suisse des arts et métiers