Publié le: 5 février 2021

«Un instrument important»

ACCORD DE LIBRE-ÉCHANGE SUISSE-INDONÉSIE – L’échec de l’accord de libre-échange serait une occasion manquée pour l’économie suisse. En ces temps difficiles, ce serait double­ment regrettable, estime le ministre de l’économie Guy Parmelin.

Journal des arts et métiers: Le 7 mars prochain, nous voterons sur un accord de libre-échange avec l’Indonésie. En quoi s’agit-il d’un partenaire intéressant pour la Suisse?

Guy Parmelin: L’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé du monde. Son économie est en croissance constante depuis le début des années 2000. La classe moyenne en forte augmentation y est de plus en plus aisée. C’est pourquoi le pays gagne en importance comme destination pour les exportations. L’accord prévoit de faire tomber les droits de douane élevés et les autres barrières qui entravent aujourd’hui encore le commerce entre nos deux pays.

L’accord avec l’Indonésie est un accord qualifié de pionnier car il lie pour la première fois explicitement des concessions douanières à des réglementations contraignantes en matière de développement durable. Quelle est l’importance de cet accord pour l’économie suisse?

Les exportateurs suisses ont besoin de conditions fiables pour accéder à des marchés étrangers. L’accord nous permet de faire tomber les droits de douane pour toutes les principales exportations de la Suisse vers l’Indonésie, il établit la sécurité du droit et empêche en même temps que nos entreprises soient discriminées dans le cas où l’accord en cours de négociation entre l’Indonésie et l’UE serait conclu.

Nous avons aussi largement tenu compte des préoccupations de développement durable. L’accord est un signe fort dans ce domaine. Il contribue aux efforts mondiaux pour parvenir à une production durable d’huile de palme et garantie que seule l’huile de palme durable bénéficiera des conditions négociées.

Quels sont les avantages de cet accord de libre-échange pour les PME?

Beaucoup de PME suisses sont très impliquées dans les chaînes de valeur internationales. Selon une enquête des douanes, 60% des importations et 45% des exportations en 2016 ont été réalisées par des PME. Nos propres analyses montrent que les PME, et donc pas uniquement les grandes entreprises, utilisent beaucoup les accords de libre-échange pour être concurrentielles et faire des économies considérables sur les taxes douanières. Si l’on se fonde sur les données commerciales actuelles, l’accord avec l’Indonésie devrait permettre aux entreprises suisses d’économiser environ 25 millions de francs sur les droits de douane, et plus encore si le commerce bilatéral est stimulé dans les proportions escomptées.

Quels sont les produits suisses qui pourront davantage être exportés grâce aux nouvelles possibilités qu’offre l’accord?

Ces dernières années, nos entreprises ont surtout exporté des machines, des produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que des instruments optiques et médicaux vers l’Indonésie. L’accord élimine les droits de douane sur toutes les principales exportations suisses et rend nos entreprises encore plus compétitives face à la concurrence étrangère sur le marché indonésien.

Il y a donc des avantages pour les produits industriels, mais l’accord apporte aussi de meilleures conditions d’accès au marché pour les produits agricoles comme le chocolat, le fromage ou d’autres produits laitiers.

Et à l’inverse, quels sont les avantages pour les Indonésiens?

Comme prévu dans d’autres accords de ce genre, la Suisse supprime ici aussi les droits de douane pour les biens industriels importés d’Indo­nésie. Elle le fait notamment pour les produits textiles importants pour l’Indonésie qui ne sont aujourd’hui pas exemptés en raison du système de préférence en vigueur pour les pays en développement. L’accord élimine aussi les droits de douane sur certains produits agricoles qui présentent un intérêt particulier pour l’Indonésie, comme les fruits exotiques. Mais le libre-échange n’est pas prévu dans le domaine agricole. Les produits favorisés par l’accord ne représentent pas de con­currence pour nos produits indigènes. L’accord rend les investissements suisses en Indonésie plus intéressants, ce qui peut contribuer à la création d’emplois dans ce pays.

Enfin, il faut souligner que l’accord intensifie aussi la coopération avec l’Indonésie. Dans le cadre de la coopération économique au développement, la Suisse aide l’Indo­nésie à promouvoir une croissance durable à long terme, en particulier dans le secteur de l’huile de palme. Cela profite à l’ensemble de la population et protège les ressources naturelles du pays.

Les opposants à cet accord craignent que la Suisse ne soit inondée de produits indonésiens bon marché et néfastes pour l’environnement. Qu’avez-vous à leur répondre?

Cette critique est avant tout dirigée contre l’huile de palme. Mais nous avons pris nos précautions dans l’accord. Les droits de douane sur l’huile de palme ne vont pas disparaître. Ils ne connaîtront qu’un abaissement modéré de 20 à 40%. De plus, l’abaissement ne s’appliquera qu’à un contingent limité à 12 500 tonnes par année, cadre défini au préalable avec la branche. La part du contingent réservée à l’huile de palme brute, c’est-à-dire celle qui pourrait concurrencer nos huiles végétales indigènes, est limitée à 1250 tonnes par année. Enfin, les importateurs pourront profiter de l’abaissement des droits de douane uniquement s’ils peuvent prouver que l’huile de palme est issue de la production durable. Cette solution garantit non seulement que l’accord ne désavantage pas nos producteurs suisses d’huile de colza et de tournesol, mais elle fait aussi en sorte que les concessions ne portent pas préjudice aux humains et n’aient pas d’impact négatif sur l’environnement. Elle crée enfin des incitations pour rendre la production d’huile de palme plus compatible avec le développement durable en Indonésie.

Les partisans de l’accord reprochent à ses opposants de se braquer uniquement sur la question de l’huile de palme. Comment comptez-vous répondre à ces préoccupations des Verts et de l’extrême gauche?

Cet accord est vraiment un accord de large portée qui vise à stimuler l’ensemble des exportations suisses. Il serait faux de le réduire uniquement à la question de l’huile de palme. Il faut en particulier garder à l’esprit qu’en 2019, la Suisse a importé à peine 35 tonnes d’huile de palme d’Indonésie, soit 0,1% du volume total.

L’accord tient pleinement compte des préoccupations concernant les aspects environnementaux et sociaux de la production d’huile de palme. D’une part, les deux parties y prennent des engagements concrets et contraignants pour la mise en place d’une production durable. Et d’autre part, les concessions prévues sont limitées, tant du point de vue du montant que de celui du volume, et elles sont liées au respect de critères stricts de développement durable.

La gauche semble divisée. Contrairement aux jeunes socialistes et au Parti suisse du Travail, le PS se prononce en faveur de l’accord. Comment expliquez-vous ce soutien de la gauche?

Comme je l’ai déjà dit, l’accord tient largement compte des préoccu­pations concernant les conséquences de la production d’huile de palme. Une ordonnance, qui se trouve actuellement en consultation, garantit en outre le contrôle effectif du respect des critères environnementaux, ce que reconnaissent aussi les représentants de la gauche.

Ils apprécient sûrement aussi le fait que l’accord s’inscrive dans la lignée des efforts consentis de longue date par la Suisse en matière de coopération au développement en Indonésie, et qu’il puisse contribuer à une croissance durable qui profitera à de grandes parties de la population et préservera les ressources naturelles du pays.

Quelles seraient les conséquences d’un refus de l’accord?

Tout d’abord, ce serait une occasion manquée pour l’économie suisse, ce qui serait doublement regrettable en ces temps de crise économique. On ne pourrait pas empêcher les entreprises suisses d’être discriminées sur le marché indonésien. Ensuite, nous laisserions aussi passer une chance de contribuer notablement aux efforts mondiaux pour rendre la production d’huile de palme plus durable. Enfin, c’est la réputation de la Suisse en tant que partenaire de négociations qui souffrirait, ce qui pourrait nous porter préjudice pour la négociation d’autres accords de ce type.

Vous-même, vous faites activement campagne pour le oui à l’accord. A ce titre, vous participerez à l’émission produite en allemand par l’Union suisse des arts et métiers usam intitulée «FOKUS KMU – die Sendung für Wirtschaft & Gesellschaft» qui sera diffusée dès le 8 février. Pourquoi mettez-vous, en tant que ministre de l’économie, tant d’énergie dans cette campagne?

La Suisse est un pays exportateur qui n’a qu’un petit marché intérieur. Elle a donc besoin d’un accès fiable à des marchés étrangers. Dans ce contexte, les accords de libre-échange sont un instrument important, qui nous permet de maintenir l’emploi et la prospérité en Suisse. Le Conseil fédéral et le Parlement sont d’avis que nous avons négocié avec l’Indonésie un accord équilibré et utile aux deux pays. Il améliore les conditions des relations économiques bilatérales, contribue à l’objectif du développement durable et protège l’agriculture suisse. C’est pour ces raisons que je m’engage avec tant de conviction en faveur de cet accord.

Interview: Gerhard Enggist

FOKUS KMU

Guy Parmelin reçu sur la chaîne des PME

«FOKUS KMU», l’émission de TV pour les entreprises et la société, consacrera son podium de discussion à l’accord de libre-échange avec l’Indonésie. Le président de la Confédération et ministre de l’économie Guy Parmelin, fervent partisan de l’accord, croisera le fer avec le conseiller national zurichois Balthasar Glättli, président du parti des Verts. Dès le 8 février, tous les jours sur les chaînes de télévision privées TeleZüri, Tele M1, TeleBärn, Tele 1 et Tele Ostschweiz, à partir du 15 février également sur TeleZ. Ce débat sera également disponible en ligne à l’adresse suivante:

www.fokus-kmu.tv

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