Publié le: 15 août 2025

Mutations dans le commerce dentaire

ASSOCIATION SUISSE DU COMMERCE DENTAIRE (ASDC) – En lien avec l’évolution de la médecine de pointe, de la numérisation et des progrès techniques, le commerce dentaire affronte une forte concurrence, des règlementations complexes et une clientèle sensible aux prix. L’association forme ses propres apprentis tout en misant sur la qualité et l’image suisse.

Sans appareils et consommables, l’exploitation d’un cabinet dentaire ou d’un laboratoire dentaire serait inconcevable. D’où l’importance du commerce dentaire. «Les propriétaires de dépôts dentaires veulent donc être plus que de simples distributeurs: ils se considèrent comme des conseillers, des techniciens – même en cas de pannes imprévues – et des fournisseurs d’une gamme complète et stable», explique Florian Wanner, directeur général de l’Association suisse du commerce dentaire (ASCD).

Le secteur est resté stable pendant longtemps, certaines entreprises ont fait leur apparition, puis elles ont disparu. L’arrivée d’un nouvel acteur sur le marché, Henry Schein, une société américaine cotée en Bourse, a marqué le début d’un changement structurel. Puis les portails de comparaison et l’ensemble du commerce en ligne ont alimenté une concurrence déjà forte.

«À long terme, ce phénomène devrait aussi augmenter la transparence des coûts, comme ce fut le cas dans le secteur informatique», analyse notre interlocuteur. «Auparavant, les prix des appareils étaient élevés, mais divers services liés à l’achat d’un nouvel appareil étaient inclus. Aujourd’hui, les appareils ne coûtent plus qu’une fraction de ce prix, mais les services sont facturés séparément.»

La numérisation et la médecine de pointe ont modifié les processus de travail. Les radiographies numériques par exemple: auparavant, les clichés devaient être développés, ce qui nécessitait l’utilisation de produits chimiques et une attention particulière. Aujourd’hui, les photos sont disponibles immédiatement, ce qui permet un diagnostic plus rapide. «De manière générale, l’imagerie médicale a atteint aujourd’hui un niveau très élevé», précise le directeur. «Dans le domaine des imprimantes 3D, une évolution est en cours, elle changera la donne.»

Potentiel de l’AI

Mais la numérisation s’est aussi étendue: les agendas dentaires ont quasiment disparu, tandis que les procédés CAD/CAM deviennent de plus en plus sophistiqués et précis. Cet acronyme désigne la fabrication de prothèses dentaires à l’aide de technologies assistées par ordinateur («Computer-aided Design / Computer-aided Manufacturing»).

«L’IA permet déjà aujourd’hui d’analyser et d’interpréter des radiographies, mais le potentiel dans ce domaine reste très important», souligne Florian Wanner. «Ces avancées techniques s’accompagnent toujours de nouvelles règlementations. Mais la règlementation ne suit pas toujours le rythme des progrès techniques.»

Du côté des RH

L’ASCD s’engage en faveur de la formation initiale et continue. «La formation commerciale dans un dépôt dentaire n’a certes pas le prestige d’une formation dans une banque, mais le travail est intéressant et varié. De plus, les premiers techniciens sont désormais formés au sein même du secteur.

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée touche aussi le commerce dentaire. Les autres défis auxquels le secteur est confronté sont les changements techniques et l’évolution des exigences des clients. Ils entraîneront une modification des modèles commerciaux. «Les subventions croisées d’un secteur à l’autre vont disparaître, et les coûts réels seront de plus en plus facturés», explique Florian Wanner.

Le commerce en ligne via des plateformes étrangères au secteur, telles qu’Amazon, va également jouer un rôle croissant. Les dépôts dentaires suisses se limitent au marché national dans le domaine dentaire classique. L’étranger est un terrain difficile pour diverses raisons: d’une part, les coûts salariaux y sont moins élevés, ce qui désavantage considérablement les prestataires suisses, d’autre part, la force des dépôts dentaires suisses réside dans la disponibilité rapide de leurs techniciens.

La médecine dentaire reste aujourd’hui une profession libérale. Contrairement à la médecine humaine, où l’assurance maladie obligatoire impose un cadre beaucoup plus strict, les dentistes peuvent encore fixer leurs prix plus librement. Il existe bien sûr des tarifs sociaux, ainsi que des fourchettes de prix fixes pour les prestations prises en charge par l’assurance accidents, invalidité ou militaire. Cela dit, le marché est réputé difficile et la population est devenue plus sensible aux prix. Ce qui conduit le dentiste à vouloir optimiser ses coûts.

Non à l’assurance dentaire

En matière de règlementation, l’ASCD s’est opposée à l’introduction d’une assurance dentaire obligatoire. «L’exemple de l’assurance dentaire obligatoire montre comment certains milieux veulent affaiblir la responsabilité individuelle des citoyens au profit de l’État», observe Florian Wanner. «La responsabilité individuelle, qui est très valorisée en Suisse, conduit à une meilleure hygiène bucco-dentaire. C’est ce que montrent aussi les comparaisons avec l’étranger.»

Refus de l’insécurité juridique

Les personnes à faibles revenus bénéficient d’une aide ciblée, qui est également plus efficace qu’une aide généralisée. «Dans ce domaine, l’État doit se limiter à ses tâches essentielles et ne pas s’étendre», estime Florian Wanner. L’association s’occupe aussi, au niveau politique, de la mise en œuvre des dispositions dans les différents cantons.

Les directives d’hygiène édictées par Swissmedic en sont un exemple. Les cantons sont responsables du contrôle et interprètent les critères de manière très différente. «Les dentistes et, indirectement, les dépôts dentaires en font régulièrement l’expérience. Nous demandons donc des règles claires, compréhensibles et uniformes, et non une insécurité juridique.»

Corinne Remund

www.svdh.ch/fr

coup de projecteur

Plateforme essentielle

Les entreprises du commerce dentaire se sont regroupées, puis elles ont fondé l’Association suisse du commerce dentaire (ASCD) afin de défendre leurs intérêts. L’association compte 12 membres, tous des PME. Elles proposent à leurs clients une gamme complète d’appareils et de consommables, ainsi que des conseils et des services techniques. L’ASCD offre une plateforme d’information importante pour ses membres. Elle représente leurs intérêts d’une part auprès des fabricants et des fournisseurs, et d’autre part auprès des autorités, des associations et des parties prenantes. On peut mentionner son adhésion à une solution sectorielle pour la sécurité au travail, ou à un concept de recyclage efficace, voire la recherche et l’exploitation de synergies dans le cadre de solutions associatives. En Suisse, le secteur du commerce dentaire réalise un chiffre d’affaires d’environ 230 millions de francs par an. CR

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