Mesure 14: les pressions syndicales affaiblissent le marché du travail libéral
Garantir la qualité du soin esthétique
ASSOCIATION SUISSE DES PROFESSIONNELS DE LA COSMÉTIQUE (SFK) – Pour beaucoup de jeunes femmes, esthéticienne reste un métier de rêve. Mais en Suisse, n’importe qui peut ouvrir un institut de beauté sans devoir justifier d’une formation reconnue au niveau fédéral. Du coup, les diplômés de la formation professionnelle duale sont minoritaires.
Une esthéticienne bien formée et titulaire d’un diplôme fédéral propose généralement une large gamme de soins. Ceux-ci vont de l’analyse approfondie de la peau aux traitements anti-âge, en passant par des soins spécifiques pour les problèmes cutanés tels que l’acné. En plus des soins du visage et du maquillage, elle propose aussi des soins des sourcils et des cils, l’épilation du corps et du visage, des soins amincissants ou des traitements anticellulite. Une large gamme de massages du visage et du corps, ainsi que des drainages lymphatiques, font souvent partie de l’offre. La manucure et les soins des pieds, ainsi que des conseils avisés sur les produits et des instructions pour les soins à domicile sont également proposés.
Le secteur des cosmétiques est toutefois très hétérogène, car il n’existe pratiquement aucune exigence pour exercer cette profession. «Les diplômés de la formation professionnelle duale sont minoritaires», explique Nicole Schmid, directrice générale de l’association suisse des professionnels de la cosmétique (SFK, en allemand seulement). La règlementation a contribué à une distorsion supplémentaire. «L’offre est diversifiée et le marché est caractérisé par une différence significative dans la qualité de la formation des esthéticiennes», explique-t-elle.
Le secteur souffre d’un nombre élevé de personnes issues d’autres secteurs et ne disposant pas d’une formation de base fédérale formelle. «Beaucoup se lancent dans certains domaines comme les extensions de cils, le design des ongles ou la cosmétique à l’aide d’appareils après avoir suivi des cours ou des formations courts, souvent privés», constate-t-elle. Cette situation entraîne un écart de qualité. «Alors que les esthéticiennes titulaires d’un CFC, d’un AFP possèdent des connaissances approfondies en anatomie, dermatologie, hygiène, etc., les personnes issues d’autres secteurs ne disposent souvent que de connaissances ponctuelles et insuffisantes», précise-t-elle.
«LES DIPLÔMÉS ISSUS DE LA FORMATION DUALE SONT MINORITAIRES.»
L’association s’engage en faveur de la qualité: «Il en va également de l’image de la branche, qui souffre de la présence de prestataires non qualifiés. Nous nous engageons pour que les règlementations cantonales soient définies en fonction des qualifications et ne s’appliquent pas de manière forfaitaire à l’ensemble de la branche.» Les règlementations cantonales relatives aux traitements cosmétiques qui ne reconnaissent pas les niveaux de qualification vont à l’encontre du système de formation dual. «Cela constitue une restriction injustifiée de l’exercice de la profession pour les professionnels qualifiés titulaires d’un diplôme fédéral et remet en question la pertinence de la formation et de la formation continue fédérales dans leur ensemble.» Outre cet aspect, la protection des consommateurs est au centre des préoccupations, car la plupart des traitements consistent en des interventions sur le plus grand organe du corps humain, la peau, et il est donc urgent de les délimiter en fonction des qualifications.
Les injections de Botox® sont également un sujet important dans ce secteur. Mais là aussi, des directives strictes s’appliquent. «En Suisse, les esthéticiennes ne sont pas autorisées à injecter du Botox®. Il existe des raisons juridiques et médicales claires à cela», explique la directrice.
Les préparations à base de toxine botulique (comme le Botox®) sont classées comme des médicaments soumis à prescription médicale stricte. En Suisse, l’utilisation (injections) de ces médicaments est réservée aux médecins titulaires d’une autorisation d’exercer. «Nous soutenons la distinction entre médecine et cosmétique pour ce type de traitements.»
Promouvoir les formations
La formation initiale et continue est une compétence clé de la SFK. Elle est membre responsable de la formation initiale, du brevet fédéral et de l’examen professionnel supérieur (EPS) dans le domaine des cosmétiques. «Notre association participe à la conception et à la mise en œuvre des cours d’apprentissage et des cours interentreprises (CI)», explique-t-elle.
De plus, la SFK fait office d’organisation du monde du travail (OrTra) pour les apprentis en Suisse alémanique. «Nous encourageons et concevons la formation professionnelle supérieure, notamment en proposant le cours préparatoire à l’examen professionnel (brevet fédéral).» Elle propose aussi une large gamme de cours dans des domaines liés à la profession afin de soutenir le principe de l’apprentissage tout au long de la vie. La SFK propose des cours de formation professionnelle pour les futurs responsables de formation dans les entreprises.
«En plus des cours menant à un diplôme fédéral, nous proposons également des formations continues non formelles. Depuis peu, nous proposons un cours de reconversion dans le domaine des cosmétiques, de grande qualité et conforme à la règlementation actuelle en matière de formation. L’objectif est de créer une bonne base pour la formation de rattrapage des personnes en reconversion qui souhaitent obtenir un diplôme qualifiant.»
Cette association innovante propose également des formations continues pertinentes pour le secteur, telles que des cours de maquillage, de massage, d’épilation à l’aiguille, de stylisme des cils et des sourcils. L’offre de formation continue de la SFK comprend également des cours permettant d’obtenir une qualification supplémentaire d’esthéticienne en oncologie. En outre, la SFK est un centre d’examen pour divers certificats de compétence.
Réticence des entreprises
En Suisse alémanique, 50 diplômées participeront à la procédure de qualification 2026. Pour de nombreuses jeunes femmes, le métier d’esthéticienne reste un métier de rêve. «Dans le secteur des cosmétiques, nous observons actuellement une réticence croissante des entreprises formatrices à former de nouveaux professionnels. En effet, en Suisse, n’importe qui peut ouvrir un institut de beauté sans avoir à justifier d’une formation reconnue au niveau fédéral», regrette notre interlocutrice. Ce marché en plein essor et non règlementé entraîne une forte pression sur les prix, qui réduit les marges des instituts sérieux et complique le financement des places d’apprentissage. «Même si, dans l’ensemble, les apprentis apportent un bénéfice à l’entreprise, l’investissement initial (formation, encadrement) est proportionnellement plus élevé dans les très petites entreprises et le risque d’abandon de l’apprentissage ou de départ après l’obtention du diplôme est plus difficile à supporter.»
L’association s’engage fortement dans la promotion de la relève. «Nous sommes présents depuis des années aux SwissSkills avec le métier d’esthéticienne CFC. Nous proposons également aux entreprises formatrices des annonces gratuites pour les places d’apprentissage sur notre site Web. En participant à la journée Futur en tous genres, la SFK offre aux élèves la possibilité d’acquérir une expérience pratique du métier d’esthéticienne CFC dans notre centre de formation continue.»
Conditions équitables
L’association est aussi active au niveau politique. « Nous nous engageons politiquement avant tout pour garantir la qualité, la reconnaissance et la protection de la profession.» Étant donné que le secteur des cosmétiques en Suisse est peu règlementé par rapport à d’autres professions (liberté d’entreprise), les efforts de la SFK visent à exercer une influence politique en tant qu’organisation du monde du travail afin d’obtenir des normes ou des règlementations plus strictes pour renforcer la formation duale. Actuellement, la SFK s’efforce d’améliorer l’image professionnelle des esthéticiennes CFC auprès du public et des autorités et de créer des conditions-cadres équitables pour les spécialistes qualifiés.Les règlementations européennes sont d’une importance capitale pour le secteur suisse des cosmétiques. Bien que la Suisse ne soit pas membre de l’UE et dispose de sa propre législation – principalement l’ordonnance du DFI sur les produits cosmétiques (OCos) –, celle-ci s’aligne étroitement sur le règlement européen 1223/2009. Une conséquence directe d’un règlement européen est par exemple l’interdiction du triméthylbenzoyl diphénylphosphine oxyde, appelé TPO, dans les produits cosmétiques, les gels pour ongles et les vernis à ongles durcissant ou ailleurs.
Entreprises formatrices
Le potentiel futur dépend de l’orientation donnée à la branche. «Ces dernières années, on a constaté une forte croissance du nombre d’entreprises dans la branche. Celle-ci est toutefois principalement due à l’embauche de personnel peu qualifié», regrette Nicole Schmid. «En ce qui concerne la formation professionnelle duale, tout dépendra de notre capacité à renverser la tendance et à mettre en place des règlementations permettant de continuer à proposer cette profession dans le cadre de la formation duale.» Comme il n’existe aucune règlementation prévoyant des conditions préalables à l’ouverture d’instituts de beauté, de moins en moins d’entreprises sont qualifiées pour former des apprentis.
Corinne Remund
COUP DE PROJECTEUR
Un acteur central dans le monde des soins esthétiques
L’association suisse des professionnels de la cosmétique (Schweizer Fachverband für Kosmetik SFK) est la plus grande association professionnelle dédiée au métier d’esthéticienne. Elle a vu le jour sous sa forme actuelle en janvier 2000, suite à la fusion de la FSK, fondée en 1943, et de la SVK, créée en 1958.
L’une des principales préoccupations de l’association est l’assurance qualité de la formation professionnelle et le renforcement du métier d’esthéticienne CFC/AF/HES. De plus, l’association offre à ses membres une série de services et d’avantages afin de les soutenir dans l’exercice de leur profession. Il s’agit notamment d’offres telles qu’une solution AVS et caisse de pension spécifique à la branche, diverses offres d’assurance, des avantages et des conseils juridiques gratuits une fois par an. En résumé, la SFK s’engage en faveur de la compétence professionnelle, de la reconnaissance des métiers et des conditions-cadres économiques.
Paysage de micro-entreprises
Aujourd’hui, la SFK compte environ 1000 membres. Le groupe le plus important est celui des esthéticiennes indépendantes. Parmi elles, on trouve également des entreprises formatrices. La plupart des instituts sont des micro-entreprises comptant moins de dix employés.
La SFK propose aussi des catégories d’adhésion pour les entreprises étroitement liées au secteur. En 2023, environ 14’269 personnes travaillaient dans ce secteur. Le taux d’affiliation est plutôt modéré. Bien que seule une petite partie des esthéticiennes soit membre de la SFK, l’association joue un rôle central et indispensable dans l’assurance qualité, la formation et la représentation politique de la profession au niveau national.
Selon les données fournies par l’association, le marché suisse des cosmétiques représentait environ 2 milliards de francs en 2024. La part de marché des produits de soins du visage s’élève à 18%, celle des produits de soins corporels, à 15,6% et celle des cosmétiques décoratifs, à 14%. CR
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