JAM: Vous avez 22 ans. Beaucoup de jeunes n’utilisent pratiquement plus les offres de la SSR. Cette impression est-elle vérifiée? Et qu’en est-il pour vous?
Jonas Lüthy: C’est vrai, beaucoup de jeunes consomment de moins en moins de contenus de la SSR. Les chiffres officiels confirment cette tendance. Dans mon cas, c’est un peu différent. En raison de mes fonctions de président de parti, je lis tôt le matin les publications des médias suisses pertinents. Cela inclut aussi les contenus de la SSR.
Vous êtes président des Jeunes PLR et coprésident de l’initiative «200 francs, ça suffit!», soumise au vote le 8 mars et visant à réduire la redevance SSR pour les ménages privés de 335 à 200 francs par an. Pourquoi cet engagement?
Le mandat constitutionnel actuel pour la radio-TV date de 1984. À l’époque, ceux qui souhaitaient atteindre la population avec des contenus informatifs devaient s’appuyer sur une programmation complète. Aujourd’hui, la réalité médiatique est différente: la consommation de médias s’est fragmentée, individualisée et largement détachée des schémas classiques. Il n’est plus nécessaire de maintenir une programmation complète, financée par la redevance et redondante.
La mission publique doit être réorientée en oubliant les formats de divertissement grand public. Le service public est pertinent pour les informations fiables dans les régions et pour des contenus éducatifs, en préservant la diversité culturelle. Et là où des prestataires privés se heurtent à des limites économiques.
Les entreprises peuvent devoir payer jusqu’à 50’000 francs par an pour les redevances. L’initiative mettrait fin à cette double imposition. Quid de la charge fiscale sur les PME?
La redevance d’entreprise SSR est tout simplement absurde, d’autant que chaque entrepreneur et chaque employé ayant un ménage en Suisse paie déjà une contribution à la SSR et qu’une raison sociale ne peut naturellement pas consommer de médias. Rien que pour cette raison, cette redevance est une aberration conceptuelle. À cela s’ajoute le fait que la charge fiscale, les taxes et les règlementations pesant sur les PME ne cessent d’augmenter. Les Jeunes PLR et notre parti s’engagent au quotidien pour alléger la charge pesant sur la population et l’économie. L’initiative SSR est un pas dans cette direction.
Le Conseil fédéral a lancé une contre-proposition qui prévoit une réduction de la redevance SSR à 300 francs. Cela ne suffit pas?
Comme les factures ont déjà fortement augmenté avec le passage d’une taxe sur les appareils à une taxe sur le chiffre d’affaires, la contre-proposition du Conseil fédéral, présentée sous forme d’ordonnance, n’est pas convaincante. Personnellement, j’aurais été ouvert à une contre-proposition qui aurait supprimé la redevance sur les entreprises et réduit les redevances pour les ménages de manière plus modérée que l’initiative. À mon grand regret, le Parlement n’a toutefois pas réussi à trouver un compromis.
La SSR a déjà annoncé plusieurs fois des suppressions d’emplois. Que dire de cette communication?
Je salue les réformes annoncées. La SSR a toutefois l’habitude d’annoncer ses mesures d’économie de différentes manières et à plusieurs reprises dans les médias.
«DE NOMBREUX jeunes ne consomment pas de contenus de la ssr. les chiffres officiels confirment cette tendance.»
En réalité, le fait de répéter plusieurs fois les montants qui seront économisés ne crée pas plus d’économies! Je suis convaincu que la population sait faire la part des choses. En ce qui concerne le comportement de la SSR, j’attends à l’avenir une communication claire et sans ambiguïté.
Le Conseil fédéral peut fixer le montant de la redevance. Qui peut dire qu’elle n’augmentera pas à l’avenir?
Personne ne peut le garantir. C’est pourquoi je m’engage en faveur de l’initiative SSR!
Si l’on en croit les opposants à l’initiative, un «oui» signifierait la fin de la démocratie et de la Suisse et une réduction drastique de la couverture médiatique desrégions. Qu’en dites-vous?
Une démocratie directe comme la nôtre a besoin d’un paysage médiatique diversifié. Affirmer que l’initiative mettrait celui-ci en péril revient toutefois à ignorer la réalité économique et fait du tort à des milliers de professionnels des médias privés dans ce pays. Sans remettre en cause les normes journalistiques largement reconnues par la SSR, il faut reconnaître que l’information journalistique sérieuse est nettement plus diversifiée que celle diffusée par le service public. Les initiants soulignent eux-mêmes que la raison d’être de la SSR réside avant tout dans la fourniture d’informations, tandis que d’autres domaines offrent un important potentiel d’économies.Dans les régions, la SSR joue incontestablement un rôle important, tant pour les régions linguistiques que pour les zones montagneuses et rurales. Mais elle doit remplir cette mission avec 850 millions de francs. Cela devrait lui permettre de fournir une offre de haute qualité à l’ensemble de la population suisse dans toutes les régions linguistiques. Et le texte de l’initiative précise que la péréquation financière pratiquée aujourd’hui au sein de la SSR entre les régions doit être maintenue.
Mais la SSR a mis les éditeurs privés dans sa poche grâce à un accord. Ces derniers recommandent le rejet. Qu’en pensez-vous?
Il n’est pas admissible que des entreprises proches de l’État promettent des moyens financiers à des médias privés dans le cadre de discussions référendaires et pour empêcher ces derniers de s’engager pour l’initiative. À mon avis, cet accord soulève également des questions en matière de droit de la surveillance. Le fait que la SSR se soumette à une sorte d’autorégulation dans des domaines qui dépassent le cadre de la concession devrait être examiné par l’Ofcom.
Dans une lettre ouverte, les initiants critiquent cet accord douteux, mais aussi la «tournée» organisée par des présentateurs connus de la SSR et la recherche de contacts avec le public. En quoi cela pose-t-il problème?
Dans le passé, juste avant une votation nationale sur ce sujet, la SSR a lancé une vaste campagne publique qui, selon les médias, devait mettre en avant les avantages de la SSR. De facto, elle a fait campagne contre l’initiative visant à supprimer la redevance. À cela s’ajoute le fait que la SSR a considérablement intensifié ses campagnes d’image à mesure que la campagne référendaire se rapprochait, tout en réduisant la promotion de ses programmes en dehors de ces campagnes d’image. Le Conseil fédéral l’a d’ailleurs également constaté.
La campagne référendaire ressemble à un combat entre David et Goliath. Les votants sauront évaluer le rapport de force et prendre une décision mûrement réfléchie!
Dans ce contexte, nous avons dû agir. Le fait est que, dans la campagne référendaire, nous sommes confrontés non seulement aux autres partis politiques, mais aussi au plus grand groupe médiatique de Suisse. La SSR doit bien sûr pouvoir s’exprimer, mais l’ampleur actuelle de cette campagne est pour le moins problématique sur le plan politique, compte tenu du rôle particulier des médias.
Les opposants à l’initiative – y compris l’ancienne collaboratrice de la SSR – et sa directrice générale actuelle, Susanne Wille, bénéficient d’une couverture médiatique sidérante. Comment le camp du «oui» compte-t-il l’emporter vu le déséquilibre entre les camps?
En effet, la campagne référendaire ressemble à un combat entre David et Goliath. Mais nous faisons ce que nous pouvons: nous participons à des débats publics dans toutes les régions du pays, nous donnons des interviews et cherchons à dialoguer avec les gens. Je suis convaincu que les électeurs sauront évaluer le rapport de force et prendre au final une décision mûrement réfléchie.
Interview: Rolf Hug
www.soulager-les-pme.ch