Publié le: 27 février 2026

Alléger la redevance SSR pour un service public ciblé

Le 8 mars prochain, la population suisse se prononcera sur l’initiative «200 francs, ça suffit!». L’enjeu n’est ni de démanteler la SSR ni de nier l’importance du service public, mais de poser une question de proportion: combien faut-il obliger les citoyens à payer, et jusqu’où doit aller un service public financé par une redevance obligatoire? Dans un contexte de hausse généralisée des coûts, il est temps de remettre de la mesure, de l’équité et de la clarté dans ce financement.

En Suisse, chaque ménage paie aujourd’hui 335 francs par an de redevance radio-TV, un des montants les plus élevés au monde. Cette charge s’ajoute à une réalité bien connue: loyers en hausse, primes d’assurance-maladie toujours plus lourdes, factures d’électricité qui explosent. Pour beaucoup de ménages, ces 135 francs de différence ne sont pas anecdotiques.

Les opposants à l’initiative minimisent souvent cet écart, le présentant comme négligeable. Pour un jeune adulte qui prend son premier logement, pour une famille qui compte chaque dépense, ou pour ceux qui ne consomment pas l’offre de divertissement de la RTS, ces quelques francs mensuels peuvent faire toute la différence. Pour prendre un exemple générationnel: pour les jeunes, ces 11 fr. 25 par mois représentent le double du montant d’un abonnement à une plateforme de mangas en streaming.

Un pays doit savoir évoluer avec ses citoyens. La question n’est pas de savoir si 135 francs sont peu ou beaucoup en théorie, mais ce qu’ils représentent concrètement dans la vie quotidienne. La redevance actuelle frappe également les entreprises, dès lors qu’elles dépassent un certain chiffre d’affaires. Or, une entreprise n’a ni oreilles pour écouter la radio, ni yeux pour regarder la télévision. Exiger d’elle une contribution supplémentaire, alors que ses collaborateurs et ses propriétaires s’acquittent déjà de la redevance à titre privé, revient à instaurer une double imposition difficilement défendable. Cette charge est d’autant plus problématique qu’elle est calculée sur le chiffre d’affaires et non sur le bénéfice: même en période difficile, même lorsque l’entreprise est en perte, la facture tombe. C’est économiquement absurde et pénalisant pour celles et ceux qui créent de la valeur et des emplois.

L’initiative ne remet pas en cause l’existence du service public audiovisuel. Elle ne prône pas sa suppression, mais son recentrage. Au fil des années, la SSR a étendu son champ d’action bien au-delà de son cœur de mission: multiplication des formats, diversification tous azimuts, concurrence directe avec des acteurs privés. Cette évolution dépasse ce qui est prévu par la concession et brouille la frontière entre service public et offre commerciale. Revenir à l’essentiel – l’information, la cohésion nationale, la diversité linguistique et culturelle – n’est pas un affaiblissement. C’est une nécessité.

À cela s’ajoute un malaise croissant autour de la gestion de la redevance elle-même. La société Serafe, chargée de la percevoir pour la redistribuer aux médias, a fait parler d’elle il y a quelques mois, en dégageant plusieurs millions de francs de bénéfices, reversés sous forme de dividendes. Voir un organisme mandaté pour collecter une contribution obligatoire réaliser des profits alors que les ménages se serrent la ceinture, alimente un sentiment d’injustice légitime. La redevance n’est pas un produit commercial, elle doit servir intégralement à financer une mission de service public, pas à générer des rendements.

La question de la neutralité du service public mérite également d’être posée avec sérieux. Récemment, une prise de parole a eu lieu à l’antenne dans un contexte qui ne relève pas du débat politique, pour rappeler le coût de certaines productions, notamment sportives, et justifier implicitement le niveau de la redevance. Que la couverture du sport ait un coût est une évidence. Mais utiliser du temps d’antenne financé par la redevance pour intervenir dans le débat sur une votation en cours pose un problème de principe. Le cadre légal est clair: un média de service public doit informer, pas influencer. La crédibilité de la SSR repose précisément sur cette retenue.

Rappelons-le clairement: 200 francs, ce n’est pas zéro. L’initiative n’a rien à voir avec No Billag. Avec environ 850 millions de francs, la SSR disposera toujours de moyens considérables. Elle devra simplement, comme les ménages et les PME, faire des choix et se recentrer sur son métier de base tel que défini par son mandat.

Notre proposition préserve en outre la part de redevance destinée aux radios et télévisions privées. C’est un point fondamental. La diversité médiatique ne se limite pas à un seul acteur. Les médias régionaux privés jouent un rôle de proximité indispensable et doivent pouvoir se développer sans être écrasés par un service public omniprésent. Un financement plus proportionné de la SSR laissera davantage de place à l’innovation, à la concurrence et au pluralisme de l’information.

En libérant les ménages et les entreprises d’une ponction excessive, tout en recentrant la SSR sur sa mission essentielle, l’initiative «200 francs, ça suffit!» propose une réforme de bon sens. Pour un service public fort, oui – mais ciblé, proportionné et respectueux de ceux qui le financent.

*Conseillère nationale (UDC/GE)

celine.amaudruz@parl.ch

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