Le paquet européen ne doit pas imposer de charges supplémentaires aux PME, il doit leur offrir des opportunités
Nouvel écrin, nouveau calibre
MAURON MUSY – Les horlogers hauts de gamme de la Broye fribourgeoise ont investi dans une nouvelle manufacture. La montée en gamme se poursuit plus rapidement que prévu. Tous les composants sont produits dans un rayon de 60 km. Cette PME familiale met en avant son ancrage local et la convivialité de son accueil.
En mars 2024, je rendais visite pour la première fois à Mauron Musy, une PME horlogère basée à Saint-Aubin dans la Broye fribourgeoise. Audace et innovation étaient au rendez-vous, car sans être issus du monde horloger, Eric Mauron et Christophe Musy avaient mis au point, en trois ans seulement, une technique d’étanchéité sans joints. Une approche originale dont le succès se confirme depuis une décennie. Et dans la foulée, ils avaient osé l’impensable: lancer un calibre maison. Cette année, je suis retourné les voir, un peu inquiet, tant le paysage horloger suisse semble en pleine décomposition (lire pp). Mais au final, la surprise était positive: Mauron Musy va de mieux et mieux. Elle a inauguré sa nouvelle manufacture et s’apprête à lancer un deuxième calibre maison.
Une manufacture toute neuve
La start-up avait démarré dans le village puis, durant les travaux, s’était relocalisée dans une friche industrielle au sein de l’ex-complexe agrochimique de Ciba-Geigy, rebaptisé AgriCo, le «campus agroalimentaire et biomasse». «Nous avons décidé de rénover notre maison en haut du village et de la transformer en une vraie manufacture, à nos yeux plus adaptée à une activité horlogère haut de gamme. Et nous souhaitions pouvoir offrir un accueil de qualité à notre clientèle provenant du monde entier.»
En 2024, on le sentait bien, l’issue des travaux se faisait attendre. Les horlogers piaffaient d’impatience en attendant d’emménager. Mais depuis, c’est chose faite. Eric Mauron et Christophe Musy ont mis beaucoup d’énergie à rénover une vieille maison située en haut du village. Inaugurée en 2025, à la fois manufacture et écrin de leur jeune marque qui souffle cette année son treizième anniversaire.
En cette matinée de février, le brouillard semble vouloir se dissiper dans le haut du village. On emprunte une volée de marches avant de découvrir un grand salon lumineux et des fauteuils accueillants. Sur le même niveau se situent l’administration, les bureaux techniques, une salle de conférence. «Le grand plus, c’est que nous pouvons enfin montrer à nos clients comment leur montre est née. Le contact avec nos horlogers est essentiel dans la culture de proximité et d’accessibilité que nous essayons de développer.»
Accueillir la clientèle horlogère
Un mot encore sur l’accueil des clients, souvent délicat dans un monde horloger de secrets et de silences. «Nos visiteurs suisses viennent souvent par groupes de trois à dix personnes et ceux qui arrivent de l’étranger composent des groupes plus réduits, le plus souvent un couple. En général, ils ont du plaisir à parler avec nos collaborateurs, à leur poser des questions et ils se sentent honorés que la visite se fasse avec les fondateurs. Nombre d’entre eux sont des collectionneurs qui possèdent de nombreuses montres, qui en connaissent un rayon. Souvent, ils ont pris une option sur l’une de nos montres avant de venir nous voir. Nous partageons un apéro, un repas, et nous leur proposons des visites dans la région, la découverte du terroir ou d’activités culturelles.»
Le Swiss Crafted, leur label
Sur un mur du salon, une toile retrace, sous la forme de dessins et de croquis, la jeune histoire de ces horlogers. Toutes les pièces proviennent d’un rayon de 60 kilomètres à vol d’oiseau (jusqu’à Bienne). C’est le Swiss Crafted, un label développé à l’interne et dont le niveau d’exigence est supérieur au classique Swiss Made utilisé dans la branche: «Nous tenions à ce que nos montres ne contiennent pas un seul composant provenant d’un autre pays, ce que le Swiss Made ne garantit pas.»
Le treizième anniversaire, «chiffre fétiche», sera dûment fêté. On mentionnera en particulier une bénichon Mauron Musy. Cette appartenance au terroir est revendiquée. Le cofondateur se présente comme un terrien de la Broye fribourgeoise, né à Estavayer-le-Lac, citoyen de Portalban: «Après un CFC de polymécanicien, je suis devenu ingénieur en construction mécanique et responsable de production.» Entré dans le monde horloger presque par accident: d’abord intrigué, puis vite passionné par le métier d’Eric Mauron qui est par ailleurs son beau-père.
Les habitudes Ă la question
En plus d’être curieux et fou d’innovation, Christophe Musy cultive un goût prononcé pour l’architecture. Cela se voit à toutes les étapes, du mouvement au boitier. Des modèles ont déjà été réalisés avec des designers ou des architectes comme Arturo Tedeschi. Des collaborations sont en cours de développement avec plusieurs artistes.
Envers et contre tous, Mauron Musy a voulu créer une culture de remise en question des habitudes horlogères. « Nous nous posons en permanence – et à propos de pratiquement tout ce que nous faisons – la question du pourquoi. Pourquoi faire comme ça et pourquoi pas comme ça? C’est de cette manière que l’on parvient à casser le moule, à échapper aux évidences, à innover.»
Bis repetita. En avril, un second calibre maison (avec une réserve de 108 heures) fera son apparition au salon Watches & Wonders à Genève. En septembre, une nouvelle gamme de montres sera présentée aux Geneva Watch Days. Diverses complications seront rendues publiques en 2027. On ne saurait en dire plus pour l’instant.
2025: les meilleures ventes
Dans le brouillard, la branche horlogère assiste au recul de ses emplois depuis l’automne dernier. Les ventes ne sont pas glorieuses et la légère progression des exportations ne dit rien des stocks qui s’accumulent (peut-être) chez les détaillants.
Par contraste, Mauron Musy profite de son statut de niche hyper spécialisée dans un segment haut de gamme. «L’an dernier, nous avons battu tous nos records, sans compter les États-Unis et réalisés nos meilleures ventes en treize ans, indique Christophe Musy, le Mexique a bien pris, le Japon et le Moyen-Orient aussi et le marché suisse progresse à merveille.»
Beaucoup de complications
Phénomène important, la progression des pièces à complication a favorisé une montée en gamme rapide. «Cela s’est réalisé plus rapidement que prévu. C’est ce qui nous a permis de doubler notre prix moyen en deux ans.» Il nous montre des pièces martelées et finies à la main, des boitiers 100% en titane, certains colorés au laser, treize pièces uniques basées sur une répartition aléatoire des différentes couleurs.
«Nous produisons actuellement environ 300 pièces par année et visons 500 montres d’ici 2030. La question des volumes reste pour nous secondaire. Le plus important, c’est de continuer à innover, à nous positionner dans le luxe exclusif et à cultiver une relation de proximité avec nos ambassadeurs.»
Cheville ouvrière de ce succès, l’équipe a grandi et se compose désormais de huit collaborateurs, dont trois horlogers, deux personnes dédiées au graphisme et au marketing, sans oublier les responsables des ventes, de la comptabilité et de l’usinage.
François Othenin-Girard
Communiqués de presse
Trafic poids lourds: l’usam salue l’introduction d’une contribution pour les camions électriques, assortie d’une période transitoire offrant une sécurité de planification accrue
Le peuple accorde davantage d’importance à l’imposition individuelle qu’à la bureaucratie
Non à l’initiative SSR: l’usam exige à présent une révision rapide de la loi
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