JAM: Les partenaires sociaux se sont mis d’accord sur treize mesures concernant la protection salariale dans le cadre des nouveaux traités européens. L’usam continue de rejeter la mesure 14, bien qu’elle ait été édulcorée. Pourquoi?
Urs Furrer: La mesure 14 n’a rien à voir avec les traités européens. Les syndicats voulaient renforcer la protection contre le licenciement et s’octroyer de nouveaux privilèges. Le Conseil fédéral a cédé à cette pression. La Chambre suisse des arts et métiers, le parlement de l’usam, a défini plusieurs conditions pour approuver le nouveau paquet de traités européens.
«La SSR a mis les éditeurs privés au pas grâce à un accord. Il règne une sorte de cartel du silence médiatique.»
L’une d’entre elles consiste à renoncer à renforcer la protection contre le licenciement des syndicalistes. Les trois quarts des participants à la consultation qui se sont exprimés à ce sujet rejettent aussi la mesure 14.
Vos déclarations sont surprenantes dans la mesure où la SRF a fait état d’un prétendu accord entre les partenaires sociaux concernant la mesure 14. Qu’en est-il alors?
Le reportage de la SRF (alémanique, ndt), plus précisément dans l’émission radiophonique «Echo der Zeit», ne correspond pas à la réalité. La SRF a tout simplement passé sous silence la position négative de l’usam, alors que nous l’avions communiquée de manière très claire dans un communiqué de presse. La SRF a ainsi induit le public en erreur.Du côté des employeurs, seule l’Union patronale suisse – deuxième partenaire social du côté des employeurs après l’usam – a été mentionnée. Du côté des employés, c’est la position largement concordante des deux partenaires sociaux (Union syndicale suisse et travailsuisse) qui a été relayée. C’est précisément parce que l’Union suisse des arts et métiers a une position clairement négative qu’il aurait été indispensable de la mentionner pour garantir l’équilibre du compte-rendu.
Pourquoi la SRF a-t-elle selon vous ignoré le communiqué de presse de l’usam?
Je ne peux que spéculer. Mais peut-être est-ce lié au fait que nous nous sommes engagés en faveur de l’initiative «200 francs, ça suffit!» contre la SSR. L’acceptation de cette initiative libérerait environ 150’000 entreprises, dont la grande majorité sont des PME, d’une double imposition injuste et anticonstitutionnelle.
Cela dit, il n’est pas exclu que la SRF ait aussi manifesté une certaine sympathie pour les revendications des syndicats. Les trois quarts des journalistes de la SSR se déclarent eux-mêmes de gauche. Et les employés de la SSR bénéficient, dans le cadre de leur convention collective de travail (CCT), de conditions d’emploi exceptionnellement généreuses par rapport au secteur privé. Cela vaut aussi en cas de licenciement. Ils profitent eux-mêmes d’une sorte de «mesure 14».
Pourriez-vous nous expliquer cela plus en détail?
Lorsqu’un collaborateur de la SSR occupe la fonction de président central du Syndicat suisse des Mass Médias (SSM), il ne peut faire l’objet d’un licenciement ordinaire. Actuellement, deux collaborateurs de la SSR se partagent cette fonction. De plus, les collaborateurs de la SSR qui sont membres «normaux» du comité national du SSM bénéficient d’un délai de préavis prolongé de six mois. Mais tous les autres collaborateurs de la SSR bénéficient aussi pour leur part d’une protection contre le licenciement exceptionnellement étendue. Quant aux indemnités de départ, elles sont tout aussi exceptionnelles: après dix ans de service, un employé de la SSR licencié reçoit six mois de salaire. L’indemnité augmente d’un mois de salaire pour chaque année de service supplémentaire et peut atteindre jusqu’à douze mois de salaire. Des parachutes dorés pouvant atteindre un an de salaire pour presque tous les employés? On ne trouve nulle part de tels privilèges, dans le monde des PME!
De quels autres privilèges les employés de la SSR bénéficient-ils dans le cadre de leur CCT?
Tous les employés de la SSR bénéficient de 5,5 semaines de vacances jusqu’à l’âge de 49 ans. Les plus de 50 ans ont droit à 6,5 semaines et les plus de 55 ans à 7,5 semaines. Et ce, pour une durée moyenne de travail de 40 heures par semaine et un salaire moyen supérieur à 110’000 francs. Les pères ont droit à quatre semaines de congé paternité, alors que la loi n’en prévoit que deux. Et si les beaux-parents – j’insiste, les beaux-parents – sont cloués au lit par la grippe, ils peuvent bénéficier de trois jours de congé payés. Aucune PME ne peut se permettre un tel luxe.
La SSR dispose d’un budget de 1560 millions de francs. En 2024, les frais de personnel s’élevaient à plus de 850 millions de francs, soit environ 60 millions de francs de plus qu’en 2023. Personne ne peut sérieusement me convaincre qu’il n’existe pas de marge importante pour des mesures d’économie plus importantes.
Intéressant: mais pourquoi n’en parle-t-on pas dans les médias, par exemple dans les grands journaux, alors que nous sommes en pleine campagne de votation?
La SSR a conclu un accord avec les éditeurs privés afin qu’ils se prononcent en faveur du «non». Ou, pour le dire de manière plus provocante, la SSR a acheté les médias privés grâce à d’énormes ressources financières collectées de force. D’où l’impact considérable sur la couverture médiatique et l’influence néfaste sur le débat démocratique. Et les chaînes de la SSR n’en parlent pas.
Pourtant, les informations étaient à portée de main: le communiqué de presse de l’usam sur la mesure 14 n’a suscité pratiquement aucun écho. Idem pour une enquête menée par le magazine «Weltwoche». La directrice générale de la SSR, Susanne Wille, aurait déclaré devant des investisseurs potentiels que la SSR pourrait continuer à remplir sa mission constitutionnelle dans le cadre de la concession avec un budget réduit de moitié.
Exactement. Ce serait un scoop énorme soulevant beaucoup de questions. Mais cet accord a donné lieu à une sorte de cartel médiatique du silence.
«Des parachutes dorés pouvant atteindre jusqu’à un salaire annuel pour presque tous les employés!»
Contrairement à ce que Susanne Wille affirme publiquement, un OUI ne risque ni de provoquer le chaos ni d’entraîner la ruine. Au contraire, la SSR a même un plan B dans ses tiroirs, mais elle ne le dévoile pas. C’est malhonnête.
Interview: Rolf Hug
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