Dans un contexte de hausse généralisée des coûts, la redevance radio-télévision interroge. L’initiative «200 francs, ça suffit!» propose un rééquilibrage clair en faveur des ménages, mais surtout des entreprises, aujourd’hui confrontées à une double charge difficilement justifiable.
Dans un environnement économique marqué par l’augmentation des coûts de l’énergie, des matières premières et des charges salariales, chaque franc compte pour les entreprises comme pour les ménages. Pour de nombreuses PME, la redevance radio-télévision ne représente pas seulement une charge supplémentaire, mais une véritable double imposition. Les entrepreneuses et entrepreneurs s’en acquittent une première fois à titre privé, comme tous les ménages, puis une seconde fois via leur entreprise dès qu’elle atteint 500’000 francs de chiffre d’affaires. Cette contribution obligatoire, prélevée sans tenir compte de la rentabilité ni de l’utilisation réelle des prestations, apparaît de plus en plus disproportionnée dans un contexte économique tendu.
L’initiative populaire «200 francs, ça suffit!» apporte une réponse claire à ce déséquilibre. Elle propose de plafonner la redevance des ménages à 200 francs par an et d’exonérer totalement les entreprises. Il ne s’agit pas de remettre en cause le principe d’un service public audiovisuel, mais d’en redéfinir les contours et les moyens afin de les adapter aux réalités économiques actuelles et de mettre fin à une double charge devenue difficile à défendre.
Aujourd’hui, près de 80% du produit de la redevance est versé à la SSR. Cette répartition, telle qu’elle ressort des chiffres officiels, donne à l’audiovisuel public des ressources financières très importantes, alors même que son mandat n’a cessé de s’élargir au fil des années. Or, la loi impose déjà que près de 50% de ses revenus soient consacrés à l’information, cœur légitime du service public.
L’initiative vise précisément à recentrer la SSR sur un «service indispensable à la collectivité». Elle entend mettre fin à une extension continue des activités dans des domaines où des prestataires privés sont parfaitement en mesure d’offrir des contenus de qualité, sans financement public.
«CETTE INITIATIVE NE CONCERNE NI LES RADIOS LOCALES, NI LES TÉLÉVISIONS RÉGIONALES!»
Ce recentrage est nécessaire pour améliorer l’efficacité, éviter les distorsions de concurrence et fixer des priorités claires.
Contrairement à ce que certains avancent, l’initiative ne prévoit ni démantèlement du service public ni abandon des régions linguistiques. Elle exige une priorisation du mandat de base, tout en laissant à la SSR les moyens d’assurer une information fiable et une couverture nationale cohérente. Elle ne concerne ni les radios locales ni les télévisions régionales, qui continueront à bénéficier de fonds issus de la redevance.
L’exonération totale des entreprises constitue l’un des piliers de cette initiative. Il s’agit avant tout de mettre fin à une double imposition qui ne se justifie plus: payer deux fois pour un même service, une fois comme ménage, une fois comme entreprise. La redevance actuelle représente un coût fixe non maîtrisable, prélevé indépendamment de l’usage effectif des prestations et calculé sur le chiffre d’affaires. Sa suppression aurait un effet direct pour les PME.
Celles-ci pourraient ainsi renforcer leur compétitivité, investir et se concentrer sur leur activité principale, plutôt que de financer un système dont le périmètre s’est progressivement éloigné de son mandat initial.
Voter oui à l’initiative «200 francs, ça suffit!», c’est faire le choix de la mesure, de l’équité et de la responsabilité. Ce n’est pas une attaque contre les médias, mais la volonté de rétablir un équilibre entre service public et médias privés, entre financement obligatoire et concurrence loyale. Dans un paysage médiatique en pleine mutation, ce recentrage n’est pas seulement souhaitable: il est nécessaire.
Liliane Kramer, Joggi AG,
directrice générale et propriétaire