Le Conseil national a adopté un postulat de sa Commission de l’économie et des redevances qui repose sur une hypothèse aussi spectaculaire qu’invérifiable: l’intelligence artificielle (IA) remplacerait massivement les emplois qualifiés et entraînerait ainsi une chute des recettes fiscales liées à l’emploi. Si cette prévision s’avérait exacte, cela justifierait effectivement une refonte du système fiscal.
Au lieu de céder à la panique,Il EST temps de faire confiance à UN modèle libéral qui a fait ses preuves.
Pourtant, l’histoire économique nous enseigne que les révolutions technologiques, aussi profondes soient-elles, n’entraînent pas la disparition du travail, mais sa transformation.
Prenons l’exemple de la révolution industrielle. Au XIXe siècle, les ouvriers textiles anglais – appelés les luddites – ont détruit des métiers à tisser. Ils agissaient dans la conviction que la mécanisation allait leur faire perdre leur gagne-pain. Cette révolution technique n’a cependant pas entraîné de chômage de masse, mais a créé de nouveaux emplois dans des domaines alors encore insoupçonnés. Plus récemment, l’informatisation des années 1980 et 1990 a certes fait disparaître certaines professions, mais elle en a fait naître d’autres, souvent plus qualifiées et mieux rémunérées.
Sans remplacer le travail humain
Aujourd’hui, l’IA suit la même logique. Elle est avant tout un outil destiné à accroître la productivité et ne remplace en aucun cas le travail humain. Les scénarios catastrophes, selon lesquels des secteurs économiques entiers disparaîtraient du jour au lendemain, relèvent davantage de la science-fiction que d’une analyse économique fondée. Projeter un tel bouleversement dans l’avenir pour en déduire la nécessité d’une réforme fiscale radicale revient à mener une politique bâtie sur du sable.
Le Conseil fédéral lui-même tempère ces craintes dans sa réponse. Il souligne que les travaux en cours, notamment le rapport sur la stratégie fiscale à long terme et le suivi de la numérisation, couvrent déjà ces thèmes. Pourquoi donc lancer une étude spécifique sur un scénario aussi incertain, alors que les défis fiscaux actuels, tels que la concurrence internationale ou la fraude fiscale, sont bien plus concrets et urgents?
Déjà adapté à la nouvelle donne
Les partisans du postulat semblent convaincus que le système fiscal suisse, fondé sur l’impôt sur le revenu et la consommation, est dépassé face à une économie dominée par l’IA. Or, deux arguments suffisent à réfuter cette affirmation. Il faut savoir que notre système fiscal est neutre quant à la source des revenus. Que la valeur soit créée par le travail humain ou par des algorithmes, elle se traduit en fin de compte par des revenus, des salaires, des dividendes, des gains en capital ou des bénéfices, qui sont tous imposables. Or le système actuel capture déjà ces flux, qu’ils proviennent du capital ou du travail. Il n’y a donc aucune raison de supposer qu’une économie plus automatisée échapperait à l’imposition.
NOTRE SYSTÈME FISCAL EST NEUTRE QUANT À LA SOURCE DES REVENUS.
Il semble clair que l’étude commandée pourrait être suivie d’appels en faveur de nouvelles taxes. Dans ce contexte, l’usam souligne avec force que la Suisse n’a pas besoin d’une taxe absurde sur la technologie. Notre système fiscal actuel est suffisamment solide pour s’adapter aux changements économiques, y compris ceux liés à l’intelligence artificielle. Au lieu de céder à la panique et de vouloir tout réinventer, il est temps de faire confiance à un modèle libéral qui a fait ses preuves.
Mikael Huber, usam