Publié le: 27 mars 2026

Les commerces suisses dans la zone de danger

«Pour le commerce de détail suisse, l’avenir est plutôt morose et l’on ne discerne aucun revirement de tendance à brève échéance», c’est l’alerte lancée en ce début d’année par l’association des commerces de détail Swiss Retail Federation. Constat: –1,3% de chiffre d’affaires sur l’ensemble de l’année 2026, –4% pour le secteur non alimentaire.

Partout, les commerces de proximité sont à la peine et plus seulement dans les villages. Les grandes villes sont également touchées. Des travaux à répétition, la réduction des places de stationnement et le coût de celles qui restent n’en sont pas les seules causes. L’évolution des structures du commerce est aussi à l’œuvre. Quelques exemples.

1. Des boutiques d’occasion, qui vendent des biens de seconde main, notamment dans le domaine vestimentaire, commencent à fleurir dans nos cités. Le moteur économique de ce nouveau secteur accompagne ainsi le souci écologique.

2. Rolex réorganise son secteur de distribution après le rachat des magasins Bucherer et d’autres marques privilégient également la vente directe. Le chiffre d’affaires des horlogers indépendants s’en ressent.

3. Notre système douanier rend les produits de boulangerie fabriqués dans l’Union européenne, notamment en France et en Allemagne, moins chers que la production suisse. Les discounters en profitent. Le taux d’importation dans le rayon boulangerie est de 10% chez Coop et Migros, de 20% chez Aldi, de 50% chez Lidl. Toute la filière suisse en souffre, du paysan au boulanger. Avec un impact non négligeable. Notre taux d’auto-approvisionnement en céréales est passé de 59% en 2000 à 42% en 2024.

4. Temu, Shein et d’autres plateformes chinoises, non contentes de dominer les ventes en ligne, s’installent désormais physiquement en Europe.

Même Zalando, le géant allemand de la mode en ligne, en paie le prix. Il ferme son site d’Erfurt, supprime 2700 emplois (un sixième de ses effectifs) et ferme trois autres entrepôts en Europe. Il va davantage automatiser et recourir à l’intelligence artificielle pour faire face.

La nouveauté dans ce tableau, c’est que les grandes surfaces sont désormais également concernées. Le géant suédois Ikea (–2,3% de chiffre d’affaires en 2024-2025) réorganise son siège en Argovie avec une perte d’emplois à la clé. Aldi ferme plusieurs magasins en Suisse alémanique, pourtant bien situés. Après s’être séparé de nombreuses enseignes (SportX, Melectronics, Micasa, Do it + Garden, Hotelplan, Mibelle), Migros va fermer ses 15 magasins Ex Libris, dont les produits ne seront plus accessibles qu’en ligne fin 2026. Globus, qui connaît une situation difficile depuis plusieurs années, supprime un tiers des postes à son siège de Zurich.

À cela s’ajoute le problème du tourisme d’achat qui continue de progresser malgré la franchise douanière ramenée de 300 francs à 150 francs par jour et par personne en janvier 2025. Cette mesure n’a pas suffi à compenser l’attraction commerciale de nos chers voisins, en l’occurrence meilleur marché. Comme le révélait une enquête de la Fédération romande des consommateurs en mai 2025, les prix restent en moyenne 35% plus élevés en Suisse qu’en France. Mais notre pays a également de longues frontières avec l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne où, là aussi, la vie est moins chère.

Il n’y a pas besoin de faire de longues phrases pour conclure. Sans protection face à la concurrence étrangère, sous toutes ses formes, le commerce suisse ne verra pas ses affaires se réchauffer.

*Conseiller national (PLR/VD)

olivier.feller@parl.ch

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