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«Partager son savoir, le sel de la vie»
EDITH CAREY – L’ancienne directrice du Musée Jenisch, une pétillante retraitée, a récemment publié un ouvrage
autobiographique. Née à Saïgon, à l’époque en Indochine, elle nous parle d’art et de cette «force intérieure»
nécessaire pour surmonter les épreuves de la vie. Interview réalisée à l’occasion du vernissage de cet opus.
JAM: Comment l’idée de ce livre autobiographique a-t-elle germé?
Edith Carey: J’ai eu très jeune le sentiment aigu de la brièveté de la vie et la conviction que le temps perdu ne se rattrape jamais. Raconter ma vie m’a permis de retenir un instant le temps qui passe, d’empêcher les souvenirs de s’effacer définitivement. Mais aussi, et ce fut une motivation importante, d’exprimer ma gratitude envers toutes les personnes que le destin a placées sur ma route et qui m’ont permis de me forger mon identité.
Sur quelle base et selon quelle méthode avez-vous travaillé?
J’ai utilisé mon journal, que j’ai commencé à rédiger à l’âge de 15 ans, les fascicules de la distribution des prix du lycée Marie-Curie de Saïgon, mon livret d’étudiante de la Faculté des lettres de l’Université de Genève, que j’avais précieusement conservés, j’ai consulté aussi les archives du Département politique fédéral à Berne. Un détail, prémonitoire: les seuls travaux que j’avais tenu à ramener de Saïgon étaient les peintures et dessins de ma dernière année de lycée, avec la note et l’appréciation du professeur, sans me douter le moins du monde que j’étudierais un jour l’histoire de l’art et que je deviendrais conservatrice dans un musée des beaux-arts.
Bien sûr, j’ai aussi fait de nombreuses lectures, en particulier concernant l’historique de la colonisation française de l’Indochine et la défaite de Diên Biên Phu qui y a mis fin en 1954.
Quelle séquence a été la plus difficile à revivre et pourquoi ?
Aucune, du fait que j’avais d’emblée conçu le récit de ma vie comme un livre d’hommages. En l’écrivant, j’avais l’impression que tous ces événements venaient de se passer, tant ils étaient présents dans ma mémoire.
Estimez-vous avoir eu beaucoup de chance dans votre vie?
Rétrospectivement, je me rends compte que, si les épreuves douloureuses ne m’ont pas été épargnées, j’ai toujours eu la force intérieure nécessaire pour les surmonter. Je leur en suis même reconnaissante parce qu’elles m’ont permis de repartir dans une nouvelle direction qui s’est toujours révélée plus intéressante. Avec le recul, j’ai pris conscience de l’immense privilège que j’ai eu de pouvoir suivre des études universitaires, à une époque où c’était rare pour une fille, et d’avoir bénéficier de professeurs remarquables qui ont su, comme du reste ceux du lycée Marie-Curie, me donner le goût de l’étude, l’amour de la littérature et de la langue française. Ils me nourrissent aujourd’hui encore. Quel avantage, de nos jours plus que jamais, de savoir écrire et s’exprimer!
Au cours de ces travaux, avez-vous découvert ou été surprise par quelque chose d’inattendu?
J’ai compris pourquoi mon père avait tenu à ce que je fasse des études supérieures, lui qui avait dû quitter l’école à quatorze ans et demi, avant la fin de la scolarité obligatoire, pour suivre un apprentissage commercial. C’était aussi par fierté personnelle que, sur le conseil de ses amis français, tous enseignants, j’ai suivi la section classique latin-grec, alors la plus prestigieuse. Je représentais inconsciemment pour lui une revanche sociale.
En me penchant sur mon passé, j’ai découvert que ce qui m’était toujours apparu comme pures coïncidences – depuis la petite reproduction d’une peinture d’Albert Anker que mon cousin avait glissée dans ma valise en 1946, avant notre retour à Saïgon, pour que je n’oublie pas ma patrie d’origine, jusqu’aux chemins que je voulais emprunter à la fin de mes études et qui se sont révélés des impasses – , tout cela était en réalité sous-tendu par une cohérence invisible. Tant il est vrai qu’il faut toute une vie pour se connaître soi-même.
Si vous aviez pu choisir une autre vie, dans quel cadre se serait-elle déroulée?
Je me suis souvent demandé quelle aurait été ma vie si j’étais née de parents instruits, s’intéressant à la culture et aux arts. Elle aurait certainement été différente, mais aurais-je été plus heureuse? Ce n’est qu’à 34 ans, en 1971, que je me suis intéressée à l’art, intérêt qui est devenu si prépondérant que j’ai décidé, dans des conditions pourtant difficiles puisque je devais élever seule mes deux enfants en bas âge, de reprendre des études, en histoire de l’art, mais j’ai pu préparer chez moi les examens écrits et oraux, grâce à la bibliographie que m’avaient remise les professeurs à qui j’avais dû, à contrecœur, expliquer ma situation privée.
Ce n’eût de toutes façons pas été possible plus tôt du fait que la section d’histoire de l’art à l’Université de Genève avait été créée une année auparavant. De même pour la formation en muséologie que j’ai suivie en 1985-1986 au Musée d’art et d’histoire de Genève: c’était la seule institution à l’organiser. J’ai eu beaucoup de chance d’être engagée au Musée Jenisch à 49 ans. Maintenant, les diplômé(e)s en histoire de l’art sont si nombreux et les postes dans les musées si rares qu’il n’y a guère que deux options: travailler comme stagiaire non rémunéré(e) dans un musée important qui valorisera votre CV ou œuvrer comme médiateur ou médiatrice culturelle chargée des visites commentées d’expositions.
Changer de profession était rare, les entreprises appréciaient les collaborateurs qui restaient toute leur vie professionnelle dans la même maison, fidélité qui était considérée comme un gage de stabilité. À mes yeux, aucune année passée à chercher sa voie n’est perdue, elle contribue à enrichir son expérience de la vie et à élargir son champ des connaissances.
Qu’aimeriez-vous transmettre aux jeunes générations? Quel est le message de ce livre?
Quel que soit le milieu familial dans lequel on naît, il est toujours possible, si on le souhaite, de se réaliser autrement, de suivre ses aspirations profondes, à condition toutefois de croire en soi et, surtout, de ne pas craindre de devoir beaucoup travailler pour y parvenir. Les difficultés, si elles ne sont pas écrasantes, forgent le caractère. La volonté, la détermination et la combativité sont aussi importantes que l’intelligence.
Auteure de plusieurs monographies d’artiste, votre écriture a été, jusqu’à ce livre, tournée vers les autres. Quels défis spécifiques une autobiographie implique-t-elle?
Écrire l’histoire de sa vie est une aventure très émotionnelle, elle oblige à la vérité et à la sincérité, elle ne doit pas être une hagiographie. La difficulté majeure est de savoir renoncer à tout raconter pour ne retenir que ce qui est susceptible d’intéresser la majorité des lecteurs. Ils peuvent se reconnaître par endroits et partager alors les mêmes sentiments, ou tout simplement se distraire et s’évader dans le temps et dans l’espace, jusqu’en Extrême-Orient.
Et quelle place l’écriture occupe-t-elle dans votre vie?
L’écriture, précédée de lectures pour nourrir mes textes, occupe depuis longtemps une place importante dans ma vie. Si je ne partage aucunement l’affirmation de Montesquieu selon laquelle «il n’est guère de chagrin qu’une heure de lecture ne [lui] ait ôté» – qui avait été l’un des sujets de dissertation que nous avait donnés notre professeur de français en avant-dernière année de lycée, alors que nous n’avions que 16 ans et aucune expérience de la vie –, je crois cependant qu’apprendre, découvrir et partager son savoir est le sel de la vie.
Vous sentez-vous portée vers d’autres projets? Lesquels?
Je me contente désormais de réalisations moins ambitieuses, moins coûteuses aussi en temps et en énergie, mais je continue d’écrire sur des artistes dont l’œuvre «me parle». J’ai une très grande estime pour les artistes, gens de vaste culture, portant non seulement sur leur domaine propre, mais encore sur l’histoire, la littérature, les religions, la psychologie et même la psychiatrie –les théories de Carl Gustav Jung plutôt que celles de Sigmund Freud –, car les artistes doutent d’eux-mêmes et ont besoin d’être rassurés sur la valeur de leurs créations. C’est un travail toujours nouveau et très gratifiant.
Cette passion de l’art, je la partage avec le goût des voyages, qui remonte aux longues traversées en mer de mon adolescence à bord des paquebots des Messageries maritimes reliant, après plusieurs semaines de navigation entrecoupée d’escales, Saïgon à Marseille, l’Asie à l’Europe.
Interview: François Othenin-Girard
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