Publié le: 27 mars 2026

Un raté sur la ligne de départ

TREIZIÈME RENTE AVS – Le Conseil des États fait fausse route en ce qui concerne le financement de la 13e rente. Au lieu de saisir cette occasion et de mener une réforme ambitieuse de l’AVS, il a préféré gagner du temps, mais cela s’est fait au prix de coûts supplémentaires pour l’économie réelle.

En décidant de financer la 13e rente AVS en partie par une hausse des cotisations salariales, le Conseil des États a retenu une solution erronée. Que cette prestation supplémentaire doive être financée ne fait guère de doute.

Mais il est politiquement trop commode, et économiquement contestable, de faire supporter une fois de plus l’essentiel de l’effort aux entreprises et aux personnes actives. Au lieu d’ouvrir la voie à une réforme sérieuse, la Chambre des cantons a préféré le réflexe le plus immédiat: renchérir encore le coût du travail.

Pas de charge supplémentaire!

C’est précisément ce qu’il aurait fallu éviter. Augmenter les cotisations salariales, c’est frapper directement les salariés, les employeurs, les PME et, plus largement, l’ensemble de la base productive du pays. Il ne s’agit

RENCHÉRIR LE FACTEUR TRAVAIL N’EST PAS UNE OPTION QUI PEUT SE JUSTIFIER.

pas d’un simple ajustement technique, mais d’une ponction supplémentaire sur chaque emploi, sur chaque salaire et sur chaque engagement.

Pour de nombreuses PME, cela signifie des marges plus étroites, des investissements plus difficiles, moins de souplesse dans les embauches et une pression accrue sur la masse salariale. Dans une économie où le coût du travail figure déjà parmi les plus élevés de l’OCDE, renchérir encore ce facteur est une décision difficilement défendable.

Totalement contradictoire

Le plus paradoxal, c’est que l’on prétend ainsi consolider l’AVS en affaiblissant précisément ce qui la finance. À force de renchérir le travail, on pèse sur l’emploi, sur le salaire net et sur les incitations à exercer ou à augmenter une activité lucrative.

Cela vaut en particulier pour les jeunes générations, qui supporteront durablement la charge, mais aussi pour les femmes et les séniors, dont la participation au marché du travail sera pourtant déterminante pour l’équilibre futur de notre système social. On ne peut pas, d’un côté, déplorer la pénurie de main-d’œuvre et, de l’autre, alourdir encore les prélèvements sur le travail.

Vision d’ensemble: le néant

La décision des États est d’autant plus critiquable qu’elle prolonge une logique de financement par étapes, sans véritable vision d’ensemble. On promet une nouvelle prestation, puis l’on improvise son financement, avant de repousser une fois encore les décisions structurelles.

Cette politique par fragments affaiblit la crédibilité de l’AVS. La 13e rente ne devrait pas être traitée comme un objet isolé, financé séparément au moyen d’un prélèvement supplémentaire sur les salaires. Elle devrait au contraire s’inscrire dans une réflexion globale sur la pérennité de l’assurance-vieillesse.

Gagner du temps: à quel prix?

Il y a là une forme de renoncement politique. Au lieu de profiter de ce dossier pour ouvrir franchement le chantier d’une réforme ambitieuse de l’AVS, le Conseil des États a préféré acheter du temps au prix d’une charge supplémentaire pour l’économie réelle. Mais ce temps sera payé cher: par les entreprises, par les actifs et par la compétitivité du pays. Ce n’est pas ainsi que l’on rétablit durablement l’équilibre d’une assurance sociale aussi centrale.

Simon Schnyder, usam

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