JAM: La Société suisse des entrepreneurs (SSE) et les syndicats se sont mis d’accord sur une nouvelle convention collective de travail (CCNT) dans le secteur de la construction. Que couvre-t-elle?
Gian-Luca Lardi: La nouvelle CCNT garantit la sécurité contractuelle jusqu’en 2031 et apporte sérénité et prévisibilité au secteur. Les entreprises peuvent planifier à long terme et informer leurs collaborateurs suffisamment à l’avance. Cette fiabilité constitue un avantage, en particulier dans un secteur caractérisé par des projets complexes et de longs délais de mise en œuvre. Si le renchérissement annuel reste inférieur à 2%, les négociations salariales annuelles sont suspendues pendant cette période. La longue durée de validité a été choisie délibérément et témoigne du sens des responsabilités des deux parties. Elle apporte de la stabilité et permet aux entreprises et aux collaborateurs de se concentrer sur de bonnes conditions-cadres, des emplois sûrs et un secteur qui fonctionne.
Quelles sont les nouveautés et quels résultats la SSE a-t-elle obtenus?
La nouvelle CCNT apporte trois améliorations essentielles: grâce à la sécurité de planification, les employeurs savent à quels coûts de personnel ils devront faire face dans les années à venir et peuvent ainsi calculer leurs projets à moyen terme en conséquence. Deuxièmement, les nouvelles dispositions relatives au temps de travail offrent une flexibilité nettement accrue, adaptée à la réalité des chantiers ainsi qu’aux besoins des entreprises et des collaborateurs.
«Si chaque canton modifie les dispositions relatives aux salaires, les CCT SERONT obsolètes.»
Les entreprises peuvent mieux adapter les horaires de travail à l’évolution des commandes. Les employés, pourront mieux planifier des vacances ou d’autres projets personnels. Sur l’ensemble, la répartition des risques est mieux équilibrée. L’inflation n’est pas répercutée de manière unilatérale, et le renforcement de l’obligation de paix sociale garantit – espérons-le – la sérénité et la fiabilité sur les chantiers.
Les négociations ont notamment été entachées par des actes de violence, des dégradations matérielles et des intimidations dans le cadre d’actions syndicales. Pourquoi le climat entre les employeurs et les syndicats est-il aujourd’hui plus tendu qu’auparavant?
Pendant les négociations, la paix sociale a été violée à plusieurs reprises. Les négociations supposent que les deux parties respectent les règles du partenariat. La violence, les intimidations ou les dégradations de matériel sont incompatibles avec cette démarche. C’était tout à fait inacceptable et les syndicats ont été affaiblis durant les négociations.
La nouvelle convention collective renforce donc clairement l’obligation de paix sociale: en cas d’infraction, il est possible de réagir plus rapidement et des amendes sont désormais directement exigibles. Cela protège les entreprises, les collaborateurs et les projets. À l’avenir, les différends se règleront à la table des négociations, et non sur le chantier.
Les syndicats et la gauche souhaitent contourner les salaires minimaux nationaux en instaurant des salaires minimaux cantonaux dans le cadre de CCT déclarées de force obligatoire. Avec quelles conséquences sur le partenariat social?
Les interventions cantonales unilatérales qui contournent les dispositions des CCNT sapent les déclarations de force obligatoire générale du Conseil fédéral. C’est pourquoi il est indispensable de clarifier la question de la primauté. De plus, ces interventions cantonales peuvent déséquilibrer les CCT, qui constituent des ensembles complexes, et entraîner une fragmentation des dispositions du droit du travail. En conséquence, les partenaires sociaux renonceront de plus en plus souvent à cette démarche. Car si chaque canton modifie les dispositions relatives aux salaires, les conventions nationales seront obsolètes.Rolf Hug