La Suisse est confrontée à un problème de logement (lire p.2). L’offre est limitée, la demande augmente et les prix sont sous pression. Parallèlement, l’aménagement du territoire est depuis des années l’objet d’une stratégie claire: la densification vers l’intérieur. L’objectif est de créer plus de logements sur les surfaces existantes. Or, c’est précisément cette densification qui, dans de nombreuses zones, ne progresse pas.Le Projet de territoire suisse s’inscrit dans cette logique. Il formule des lignes directrices pour le développement territorial jusqu’en 2050 et mise à fond sur une utilisation plus efficace de l’espace urbain existant. Fondamentalement, cette approche est bonne. Le sol est limité, et un nouvel étalement urbain n’est judicieux ni sur le plan écologique ni sur le plan économique.
L’effet d’un frein
Mais il y a un «mais». Le problème ne réside pas dans les objectifs, mais dans leur mise en œuvre. Dans la pratique, la densification est souvent bloquée par des procédures fastidieuses, une règlementation excessive et de nombreuses oppositions.
Les projets de construction prennent du retard ou échouent. Les investissements deviennent plus incertains, les coûts augmentent et l’offre de logements progresse trop lentement. Selon la Société Suisse des Entrepreneurs (SSE), c’est un «échec de la densification».
D’où une contradiction fondamentale: politiquement, on prône la densification, mais institutionnellement, on la rend difficile. Le plan directeur ne tient pas assez compte de cette tension. Il décrit la tension entre la densification, les préoccupations environnementales et la qualité de vie. Mais il reste vague quant à la solution. Au lieu de priorités claires, on veut tout atteindre en même temps, ce qui freine les choses.
Environnement et paysage
À cela s’ajoute un changement de priorités. Les aspects climatiques, environnementaux et paysagers marquent de plus en plus l’aménagement du territoire. Les exigences économiques sont de fait reléguées à l’arrière-plan. Pour les PME, cela signifie une sécurité de planification moindre et une marge de manœuvre de plus en plus restreinte. Le fédéralisme est un atout: cantons et communes connaissent bien leur réalité et peuvent prendre des décisions adaptées à chaque situation.
les exigences économiques sont reléguées à l’arrière-plan
C’est précisément dans l’aménagement du territoire que ce contact avec la réalité est indispensable. Mais c’est là aussi que réside la faiblesse de l’approche actuelle. Le concept mise sur la coordination, mais sous-estime les conséquences d’une mise en œuvre décentralisée. La Confédération formule des lignes directrices dont l’efficacité dépend entièrement de la mise en œuvre sur le terrain.
Or sur place, elles se heurtent à des priorités, des résistances et des procédures diverses. Il en résulte moins une coordination qu’une fragmentation. Le problème n’est donc pas le fédéralisme, mais un concept qui sous-estime ses limites institutionnelles. Pour vouloir la densification, il faut aussi la rendre possible, avec des procédures plus efficaces, moins d’obstacles règlementaires et des priorités plus claires. Tant que les projets de construction dureront des années et que les investissements comporteront des risques élevés, la densification restera un slogan politique.
Le plan directeur donne des impulsions, mais rate l’essentiel: ce n’est pas la connaissance qui fait défaut, mais la mise en œuvre. Or ce ne sont pas les lignes directrices qui créent de nouveaux espaces de vie, mais les projets qui peuvent être réalisés.
Philipp Bauer, usam (a.i.)