Publié le: 17 avril 2026

Pas plus d’économies sur le dos de nos PME

On demande aux entreprises et Ă  la population de se serrer la ceinture. Qu’en est-il de l’État? Il doit montrer l’exemple. Car l’heure est aux Ă©conomies. Le Parlement vient d’approuver le programme d’allĂšgements budgĂ©taire 2027. AprĂšs des discussions acharnĂ©es, on a Ă©conomisĂ© 5,2 milliards. Mais 8,5 milliards Ă©taient l’objectif. Rien n’est donc rĂ©glĂ©. Ces coupes sont encore insuffisantes pour l’équilibre des finances fĂ©dĂ©rales.

D’autant plus que l’environnement Ă©conomique est fragilisĂ©. La gĂ©opolitique dicte sa loi aux marchĂ©s. La liste des crises se rallonge chaque semaine: guerre entre les États-Unis, IsraĂ«l et l’Iran, persistance du conflit en Ukraine, tensions sur les routes maritimes et remontĂ©e des prix de l’énergie ainsi que le rĂ©amĂ©nagement de la politique douaniĂšre amĂ©ricaine. Sans oublier le franc fort.

Un contexte international dangereux et volatile, qui pĂšse Ă  la fois sur la prospĂ©ritĂ©, l’inflation, l’emploi et qui entraĂźne de graves rĂ©percussions sur nos entreprises. MalgrĂ© ce climat d’instabilitĂ©, les dĂ©penses de la ConfĂ©dĂ©ration ne cessent de grimper: plus de 3% par an. De plus, il va falloir financer la 13e rente de l’AVS et les investissements indispensables pour notre dĂ©fense.

S’il est essentiel de respecter la volontĂ© populaire en assurant le financement de l’AVS et de donner Ă  notre armĂ©e les moyens nĂ©cessaires pour prĂ©server notre souverainetĂ©, il est tout aussi important de maintenir une croissance forte et des finances publique saines. Toutefois, le remĂšde ne passe pas par une augmentation d’impĂŽts, comme le rĂ©clament certains milieux. Ce serait une dĂ©cision lourde de consĂ©quences que d’infliger de nouvelles taxes aux entreprises et Ă  la population.

Les expĂ©riences en France et en Allemagne prouvent que des impĂŽts Ă©levĂ©s, des cotisations sociales en hausse, un endettement croissant et des prix qui prennent l’ascen-seur ont affaibli la place Ă©conomique de ces pays et les ont plongĂ©s dans l’incertitude. Un scĂ©nario que la Suisse doit Ă©viter.

Car nos entreprises sont dĂ©jĂ  pressurisĂ©es de toute part. Dans de telles conditions, il leur serait difficile de rĂ©percuter l’intĂ©gralitĂ© de toute nouvelle taxe ou de tout nouvel impĂŽt sur les prix. Cela occasionnerait une baisse de la demande, avec pour rĂ©sultat des marges diminuĂ©es. Le pouvoir d’achat de la classe moyenne serait aussi pĂ©nalisĂ©. Les fiches de paie sont dĂ©jĂ  grignotĂ©es par une charge fiscale toujours plus grande. Les hausses d’impĂŽts ou nouvelles taxes comportent plus de risques Ă©conomiques et politiques – toute majoration de la TVA est soumise au rĂ©fĂ©rendum – qu’un ajustement des dĂ©penses.

La solution la plus efficace est de fixer des prioritĂ©s budgĂ©taires. Il faut mettre de l’ordre dans les finances fĂ©dĂ©rales. Comme les entreprises et les particuliers, l’État doit rembourser ses investissements et sa dette.

Surtout qu’il y a une marge de manƓuvre pour rĂ©aliser des Ă©conomies. Le rapport d’experts de la ConfĂ©dĂ©ration estime le potentiel d’allĂšgement Ă  cinq milliards par an. Il s’agit de trouver des Ă©quilibres, de mettre en Ɠuvre des solutions basĂ©es sur des compromis pragmatiques et Ă©conomiquement supportables. Sortir des guĂ©guerres d’influence oĂč chaque groupe d’intĂ©rĂȘt veut bien Ă©conomiser, mais surtout pas chez lui.

Des options existent. Certaines subventions doivent ĂȘtre revues Ă  la baisse, notamment dans le domaine social oĂč les dĂ©penses explosent depuis des dĂ©cennies. Les coĂ»ts du personnel doivent ĂȘtre stabilisĂ©s. Il est aussi possible d’envisager la mobilisation ponctuelle de capital, comme une vente partielle de Swisscom ou la privatisation de PostFinance. Voire une affectation ciblĂ©e des distributions supplĂ©mentaires de la BNS. Aucune piste ne doit ĂȘtre nĂ©gligĂ©e.

Certes, ces mesures demandent du courage. Il en faudra, si nous voulons avancer. La prochaine bataille budgĂ©taire se dĂ©roulera au Parlement en dĂ©cembre. Elle ne doit pas se faire au dĂ©triment de ceux qui font marcher l’économie et qui assument leurs responsabilitĂ©s.

Il est temps de se réveiller. Il en va de notre prospérité.

*ConseillĂšre nationale (PLR/VD).

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