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Pour penser les couleurs de l’autre
LIBERO ZUPPIROLI – L’ancien professeur de l’EPFL co-publie avec Christiane Grimm un opus multiapproche, intitulé «Les couleurs de l’autre». Les auteurs examinent huit thèses et, sans se démasquer, permettent aux lecteurs d’avancer dans la compréhension de ce phénomène complexe et fascinant.
Le professeur Libero Zuppiroli était en séjour à Bordeaux lorsque nous l’avons joint par téléphone à l’occasion de la publication de son dernier opus, intitulé «Les couleurs de l’autre», publié aux Éditions d’en bas, accompagné de splendides photographies de Christiane Grimm. Il a accepté de répondre à nos questions.
Quel est le propos du livre? Voici quelques extraits pour situer la démarche, présentée sous la forme de huit regards sur la couleur. Qu’elle soit un attribut des matières, ou de nature spirituelle, une longueur d’onde de la lumière, une construction culturelle ou psychologique, voire une simple illusion de notre appareil visuel, ou encore un produit du marché, les couleurs suscitent bien des questions depuis notre enfance.
«Le présent ouvrage ne se donne justement pas pour objectif de construire la ‹bonne› théorie des couleurs.» Il propose plutôt un jeu: «Sans pour autant lâcher ses propres convictions, acceptera-t-on de lorgner par-dessus les épaules des autres au risque de s’enrichir de leurs certitudes? (...) Les auteurs ont aussi leurs convictions sur les couleurs. Mais elles sont ici sans importance et nous n’en ferons pas état, même s’il est parfois difficile de les cacher; car ce qui compte, c’est que chacune des thèses soit défendue le mieux possible, que les auteurs y croient ou non.»
JAM: Professeur Zuppiroli, quel serait alors votre point de vue sur les couleurs, celui que nous n’étions pas censés voir dans votre livre?
Libero Zuppiroli: Dans cette démarche, une idée a émergé et je la partage, c’est que la couleur est un sujet qui relève de la complexité. De toute façon, par quelque bout qu’on le prenne, nous n’arriverons pas à la «vérité». Mais pour revenir à votre question, l’aspect qui m’intéresse le plus, c’est l’illusion de l’appareil de détection humain. Un jour, un accident a provoqué chez moi un problème de rétine. Le temps a passé et mon cerveau a d’une certaine manière repris les choses en main. C’est cette dimension qui permet aux aveugles, entre guillemets, de «prendre la couleur en considération». Il y a aussi dans la couleur ce rapport avec le monde matériel et la lumière. On entre dans des sujets de physique qui m’ont vivement intéressé. Mais qu’est-ce que la couleur, au fond, si ce n’est l’ensemble de toutes ces opinions? C’est un sujet flou et complexe.
Comment en êtes-vous arrivé à écrire ce livre?
J’avais déjà publié en 2011 avec l’artiste Christiane Grimm et une collègue de l’École polytechnique de France, Marie-Noëlle Bussac, un livre plus théorique (aux éditions des PPUR, n.d.l.r.), un gros traité, cherchant sur une base rationnelle à mettre de l’ordre dans le monde de la couleur. Plus tard, alors que j’étais prof à l’EPFL et que dans ce cadre, nous avions des cours à donner aux étudiants de l’Unil en sciences humaines, en psychologie, je me suis demandé ce qui pouvait leur être utile, ainsi qu’à tout un chacun. C’est un peu le propos de ce livre.
Sentez-vous proche du 17e?
Oui, j’ai beaucoup d’estime pour cette époque, cet esprit de liberté, je me sens proche d’eux, Leibniz,Spinoza et les scientifiques de cette époque comme Descartes ou Newton, leur sens expérimental, les doigts dans la machine des sciences.
D’où venez-vous?
Je suis né à Padoue en Italie de parents italiens qui se sont exilés en France pour trouver du travail. Mon père étant issu du monde ouvrier, ils m’ont appelé Libero, un prénom d’anarchiste. Mon père était de Bologne et ma mère, née à Messine de parents venus du Nord, de Legnago di Verona, la petite ville du musicien Antonio Salieri. Ma mère, protestante dans une Sicile catholique, est devenue ingénieure en chimie.
«C’EST L’AUTRE QUI ME PERMET DE SORTIR DE LA SEULE PENSÉE RATIONNELLE ET D’UN CERTAIN ÉLITISME.»
Ils ont beaucoup aimé la France qui les avait accueillis, mais dans les années septante, la prospérité est revenue en Italie et mes parents y sont retournés. Moi pas. J’ai fait mes études à Paris, les grandes écoles durant la période de mai 1968. J’ai obtenu mon diplôme une année plus tard, puis j’ai bifurqué de l’informatique à la physique des solides, étudiant et travaillant avec des sommités comme Pierre-Gilles de Gennes (1932-2007), le professeur Jacques Friedel (1921-2014). Quelques années plus tard, j’ai été engagé par l’EPFL à Lausanne.
Votre spécialité en un mot, pour les non-initiés?
Le désordre, au fond, résume bien mes recherches. J’ai un goût immodéré pour les systèmes désordonnés. Je me suis appliqué à étudier la matière, la lumière en rapport au désordre. Donc je suis attiré par des matières organiques qui ressemblent au vivant, des matériaux plastiques, des cristaux liquides. Ma trajectoire m’a donc entraîné à collaborer avec de nombreuses applications.
Qui est l’autre dans votre livre?
Notre alter ego, le prochain, une manière pour moi d’anoblir ces personnes qui sont autour de nous et ont envie de nous dire des choses importantes. C’est l’autre qui me permet de sortir de la seule pensée rationnelle et d’un certain élitisme ou d’une approche dogmatique, péremptoire, comme celle de Michel Pastoureau, grand spécialiste des couleurs et écrivain talentueux, mais un peu prisonnier de ses thèses fermées.
Pratiquez-vous les couleurs?
Je dois avouer que cette pratique reste chez moi des plus limitées: je ne peins pas, je ne teins pas, je ne compose pas de bouquets de fleurs. Ce qui m’a stimulé à écrire, c’est ce qui se passe dans la pensée. Mon père était doté d’une personnalité artistique, il peignait, il photographiait, il connaissait de nombreux peintres. En revanche, il ne parlait jamais de ce qu’il faisait. Je regardais les œuvres qui sortaient de son atelier, j’observais de près la manière dont il s’était approprié les couleurs, la lumière. Mais je n’y suis jamais arrivé.
Est-ce possible d’inventer de nouvelles couleurs?
Aux bornes du spectre des couleurs, on trouve les infrarouges et les ultraviolets, mais on ne les voit pas directement. Je pense que ce n’est pas vraiment possible de découvrir de nouvelles couleurs, il faudra pour cela attendre la prochaine mutation qui modifiera l’appareil visuel humain.
Qu’est-ce qui vous a frappé dans cette recherche sur les couleurs?
Le fait que chaque spécialiste n’aperçoit les choses que par le petit bout de sa lorgnette. De nombreux problèmes découlent du fait que les experts estiment que «la couleur, c’est moi». Bien sûr, on peut me faire ce reproche, j’ai après tout été moi-même un expert. Mais j’ai eu envie de me dégager de ce statut, de jouer au maître ignorant et par-dessus tout, envie de réfléchir.
Ce qui explique votre intérêt pour les sciences et l’ingénierie?
Ma mère était ingénieure, c’est d’elle que je tiens cette dimension rationnelle devenue extrêmement importante dans ma trajectoire. Je ne voyais pas d’autres solutions pour penser le monde. Mais avec les années, vous savez, on se lasse un peu du microcosme académique, de ses modes, de ses barrières. J’ai aimé passionnément les sciences «exactes», mais j’avais envie de passer à autre chose. J’ai du reste écrit un petit livre sur la bulle universitaire quand j’ai ressenti le besoin de témoigner des changements que j’avais vécus personnellement. Et d’analyser les faits. À titre personnel, je suis préoccupé par ce qui se passe dans le monde universitaire, le temps passé à la recherche de financement, les menaces qui pèsent sur la liberté académique et sur la pensée autonome, au-delà des modes. Au lieu d’être un lieu dédié à la pensée, on suit des rails et on passe beaucoup de temps à faire de l’administration. À cela s’ajoutent les problèmes liés au nombre croissant d’étudiants.
Vous avez un autre projet?
Oui, et il est pratiquement déjà écrit. Il s’agit d’une série d’essais pour penser le chaos. Au fond, c’est déjà ce qui anime ma recherche sur les couleurs, sur la matière, et c’est ce que je fais depuis le début. Comment faire pour se débrouiller au mieux face à cette complexité, dans la vie, dans la santé, dans les rapports humains, avec l’arrivée de l’IA et l’importance prise par les statistiques dans la compréhension du monde?
Interview: François Othenin-Girard
Conférences:
Le 12 mai (17h), Soci. romande de philosophie, Faubourg 49, Neuchâtel.
Le 26 mai (19h15), Maison de la Femme, av. Eglantine 6, Ă Lausanne.
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