Publié le: 8 mai 2026

Des apprentis bien dans leur peau

APPRENTISSAGE – Une enquête sur l’apprentissage dans le canton de Neuchâtel sonde le moral des jeunes qui ont opté pour une formation duale. Face aux résultats réjouissants, les 26 organisations économiques et professionnelles demandent d’intensifier la promotion de cette filière et s’opposent à l’initiative «Pour plus de protection des apprentis».

Selon une enquête menée dans le canton de Neuchâtel par 26 organisations économiques et professionelles, les apprentis se portent bien. C’est le sentiment qui prédomine en lisant l’étude fouillée, réalisée par la HEG-Arc et présentée il y a quelques jours à la presse. En tout, 662 apprentis et 478 entreprises formatrices ont été sondées. Le sentiment global est positif. Voici quelques extraits.

«Huit apprentis sur dix se sentent bien à très bien dans leur entreprise, là où ils apprennent leur métier. À peine 0,6 apprenti sur 10 dit s’y sentir mal. Les conditions de travail (horaires, vacances, rémunération et accompagnement) sont globalement appréciées par les répondants: 60% des apprentis disent n’avoir jamais rencontré de difficultés sur leurs lieux de travail.»

«Pour ceux qui en font part, les difficultés relèvent d’aspects professionnels (problèmes avec le formateur, charge de travail, mauvaises relations interpersonnelles, organisation, etc.) ou personnels (fatigue, problèmes de santé, problèmes scolaires, etc.). Chaque type de problème touche moins de 10% des apprentis sondés.

Pour leur part, les associations économiques et professionnelles, mandataires de cette étude, se montrent satisfaites des résultats, comme elles le précisent dans un communiqué: «Elles demandent d’intensifier la promotion de l’apprentissage, d’informer ou de former les professionnels des milieux de l’orientation professionnelle aux avantages de la formation professionnelle, de s’opposer à l’initiative ‹Pour plus de protection des apprentis› et de créer de nouvelles places d’apprentissage pour atteindre le taux de 85% de dualisation, un objectif majeur recherché par tous les partenaires publics et privés.»

Réactions à cette étude

Yann Huguelit, membre du Comité de Capa’Cité et directeur de la CNAV: «À la lecture des résultats de l’enquête, chacun doit continuer à prendre son bâton de pèlerin pour promouvoir l’apprentissage: l’entreprise, l’association professionnelle, les parents, les enseignants et les conseillers en orientation professionnelle. L’apprentissage ouvre beaucoup de portes. Il s’agit de le marteler aux jeunes et de les inciter à effectuer des stages organisés par les entreprises. Plus que jamais, il faut encourager les parents, les enseignants et les conseillers en orientation professionnelle à participer aux manifestations en lien avec l’apprentissage (SwissSkills, Capa’Cité, Forum des métiers, portes ouvertes dans les entreprises) pour y rencontrer des talents, y découvrir des technologies de pointe qui font ménage avec des savoir-faire plus traditionnels. Les métiers évoluent aussi avec l’intelligence artificielle (IA). Du 10 au 16 septembre prochain, Capa’Cité, le salon neuchâtelois des métiers, fêtera ses 10 ans. À Evologia, à Cernier, dans un tout nouveau cadre, nous attendons les jeunes, leurs enseignants et leurs parents. La formation professionnelle est exigeante, les perspectives d’emploi bien meilleures qu’après le lycée, et les possibilités de progression sont multiples et réelles.»

Céline Benoit, formatrice et responsable RH, Place financière neuchâteloise: «Rien ne vaut la formation professionnelle en emploi. Cela est particulièrement vrai pour les formations des métiers de l’administration et de l’économie. Les jeunes entrent dans la vraie vie, se confrontent aux réalités professionnelles, côtoient des collègues, des fournisseurs et des clients. Les jeunes doivent être prêts à saisir les opportunités offertes par les entreprises formatrices. Pour arrêter son choix, il importe de faire plusieurs stages, comme le démontre clairement l’étude. Les stages doivent être pris très au sérieux par les entreprises, ils doivent être préparés et structurés. Le jeune doit se sentir encadré. Cela prend du temps, mais cela permet aussi à l’entreprise de se questionner sur ses pratiques et son organisation propre.»

Jean-Claude Baudoin, secrétaire général, FNE : «Avec les apprentis, avec la formation duale, nous sommes sur le chemin de la volonté. Les obstacles, les angoisses, nous les vaincrons par le travail et le courage. Nous formons des jeunes qui prendront la barre avec énergie, avec talent, avec panache et même avec grandeur. Personne n’est plus fier qu’un formateur des succès des apprentis! Il ne faut jamais oublier que pour un apprenti, l’entreprise demeure l’endroit où l’on créée une identité collective. Les chantiers par exemple sont des centres d’intégration et de réunification sociale. C’est là aussi que sont posées les questions essentielles, celles de l’avenir. Plus loin que l’apprentissage d’un métier, l’entreprise sert aussi de refuge aux jeunes. Elle s’adapte aux circonstances nouvelles pour ne pas céder aux lames de fond qui ont un dénominateur commun: la violence d’un monde fracassé par les inégalités d’une époque en détresse morale. Aux jeunes, aux talents, aux patrons de demain, nous leur devons d’abord le respect. Nous voulons qu’ils restent libres.»

Mélanie Walser, coordinatrice de formation au REN, Réseau d’entreprises formatrices neuchâteloises: «Les retours de cette enquête montrent que la réalité du terrain, qu’elle émane des apprentis ou des formateurs, est essentielle pour permettre aux acteurs de la formation professionnelle d’agir de manière ciblée et coordonnée. Les ressources d’accompagnement existent déjà et il est important de continuer à les faire connaître; le REN en fait partie. Sur la base de ces remontées, le REN développe depuis deux ans des formations continues ancrées dans la pratique, portant notamment sur la communication, la motivation en apprentissage, la fragilité émotionnelle, le harcèlement, la gestion de situations sensibles ou encore l’onboarding et l’offboarding des apprentis, auxquelles les formateurs et d’autres partenaires de la formation professionnelle prennent activement part. Nous sommes convaincus que ces échanges d’expériences contribuent à mobiliser les ressources existantes et permettent à chacun – apprentis, formateurs et institutions – de trouver les interlocuteurs adaptés et d’agir au bon moment avec des réponses concrètes et appropriées.»

Séverine Favre, secrétaire générale de l’apiah: « Le dispositif actuel fonctionne bien. C’est ce que confirme l’étude. Certes, des problèmes sont mis en évidence, comme dans toute organisation, toute entreprise, tout système. Nous n’allons surtout pas occulter ces problèmes, mais il faut savoir raison garder. N’utilisons pas un canon pour tuer des mouches. Les résultats de l’étude de la HEG-Arc seront transmis aux associations professionnelles et économiques. Elles doivent s’imprégner des différents résultats, et prendre leurs responsabilités, lorsque cela s’avère nécessaire. Tous les outils existent pour les soutenir dans une démarche d’amélioration et cela au travers des associations elles-mêmes, du Service des formations post-obligatoires, du Fonds pour l’apprentissage et le perfectionnement professionnel, des réseaux d’entreprises. Nous demandons au Conseil d’État de maintenir sa position et de rejeter l’initiative ‹pour plus de protection des apprentis› qui veut instaurer une police de l’apprentissage.

Charles Constantin, sous-directeur CNCI et secrétaire général de l’UNAM: «Les résultats de l’étude de la HEG-Arc rendent aussi hommage aux entreprises formatrices qui forment contre vents et marées. Grâce à elles, nous sommes passés d’un taux de dualisation de 69,1% à 81,9% en dix ans. Puissent les résultats réjouissants de cette étude et le rejet espéré de l’initiative en faveur d’une police de l’apprentissage les encourager à former encore plus d’apprentis. Le canton de Neuchâtel compte aujourd’hui 4291 contrats d’apprentissage. Avec 160 contrats supplémentaire, le taux de dualisation de 85% serait atteint. Ce n’est pas anodin. C’est ainsi que le taux de prélèvement du contrat-formation sur la masse salariale de chaque entreprise baisserait; pour mémoire, il se monte aujourd’hui à 0,42% (part du taux de 0,507% prélevé sur la masse salariale pour le Fonds pour l’apprentissage et le perfectionnement professionnel). com/réd

SUR CETTE ENQUÊTE

Au total, 662 apprenties et apprentis et 478 entreprises formatrices ont pris part à cette enquête réalisée par la HEG-Arc entre mai et juin 2025.

L’enquête a été mandatée par 26 organisations et associations économiques du canton de Neuchâtel: AIP; ANECEM; ANEPP; ANMB; ANTV; apiah; Astag Neuchâtel – Jura; carrosserie suisse; CIN; CNCI; CNAV; commerces-ne; EIT-Neuchâtel; FER Neuchâtel; FNE; FNSO; FREN; GastroNeuchâtel; GNGM; ONP; OrTra Santé Social; Metaltec Neuchâtel; Place financière neuchâteloise; suissetec neuchâtel; UNAM; UPSA Neuchâtel.

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