Journal des arts et métiers:
La nouvelle stratégie de l’usam a été présentée cette semaine lors du Congrès suisse des arts et métiers. Quel est au fait l’intérêt de ce document?
Fabio Regazzi: Notre nouvelle stratégie définit les grandes lignes de l’action politique de l’Union suisse des arts et métiers pour les quatre prochaines années. Nous nous engageons à tout faire pour que les 600’000 PME de ce pays bénéficient des meilleures conditions-cadres possibles et qu’elles puissent se concentrer sur leurs véritables atouts, exploiter tout leur potentiel sur un marché libre.
En quoi cette stratégie est-elle nouvelle?
La stratégie 2026-2030 incarne d’une part la continuité dans le travail associatif. Certains thèmes, comme l’entrepreneuriat au féminin, occupent une place plus importante. L’usam mise aussi davantage sur l’ancrage social des PME. Enfin, notre association souhaite davantage mobiliser les connaissances, les ressources, le réseau et la capacité d’action de ses sections et de ses membres. Pour renforcer notre efficacité.
Quels en sont les grands axes?
La réduction des coûts de la règlementation et la prévention de nouveaux coûts en constituent le cœur. La densité règlementaire a nettement augmenté ces dernières années, en particulier à cause de l’administration. Il faut que cela change: cette dernière devrait se concentrer sur ses missions de base, renoncer à exercer une influence politique et continuer à faire progresser la numérisation. Il faut renoncer aux dispositions «Swiss Finish» que nous nous sommes imposées. Actuellement, l’économie suisse subit une pression internationale massive. Or, la loi sur l’allègement des charges des entreprises, lancée par l’usam est en vigueur depuis 2024. Nous avons là un instrument important pour réduire et prévenir de nouveaux coûts règlementaires. Il faut désormais la mettre en œuvre de manière cohérente, aujourd’hui et dans les années à venir.
Parmi les priorités, pourquoi la formation professionnelle occupe-t-elle autant d’importance?
Ce n’est pas nouveau: plus de deux tiers des jeunes choisissent la formation professionnelle duale à la fin de leur scolarité et se lancent dans un apprentissage. L’objectif premier est d’assurer leur employabilité. Notre tâche, c’est de préserver et de continuer à promouvoir l’attractivité de la formation professionnelle. Pour que le monde économique puisse continuer à compter sur des spécialistes motivés et compétents. Et qui fourniront les cadres de demain.
La place économique suisse est considérée comme un modèle de réussite. Que faut-il faire pour que cela reste ainsi, en particulier pour les PME?
Nos PME sont plus que «simplement» d’importance systémique: elles constituent le système par excellence. La diversité des PME contribue de manière décisive à la résilience et à la stabilisation de l’économie suisse. Mais aussi de toute la société. Leur valeur est inestimable, surtout vu l’incertitude politique actuelle. Pourtant, l’économie subit aussi une pression croissante en politique intérieure: à cause de prescriptions et d’interdictions paternalistes, d’interventions étatiques qui faussent le marché et de règlementations qui freinent l’innovation. Et enfin, parce que certaines entreprises publiques ou proches de l’État se livrent à une concurrence déloyale. L’usam s’engage contre tout cela et milite en parallèle pour la conclusion de nouveaux accords économiques et de libre-échange (ALE), dont l’application devrait aussi être simplifiée pour les PME.
Le marché du travail libéral contribue aussi au succès de la Suisse. Que faire pour que cela reste ainsi?
Au cours des dernières décennies, le monde du travail a profondément changé. C’est pourquoi nous demandons que le droit du travail soit adapté et que les restrictions en vigueur soient assouplies, dans l’intérêt tant des salariés que des employeurs. Il faut en outre renoncer à l’imposition par l’État de salaires minimums uniformes au niveau national, cantonal ou communal, ainsi qu’à des horaires de travail rigides. Il faut au contraire mettre en place des conditions-cadres modernes qui facilitent les nouvelles formes de travail et contribuent ainsi à la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.
En matière de politique énergétique et environnementale, de durabilité, n’accorde-t-on pas trop de place à l’écologie?
Oui et pas assez à la dimension économique et sociale! Souvent, le débat politique néglige le lien entre économie, écologie et questions sociales: cela nuit aux PME. Or, il est dans leur propre intérêt d’orienter leurs activités économiques vers le développement durable.
La sécurité d’approvisionnement constitue aussi un élément important. L’électrification et la numérisation accrues nécessitent un approvisionnement énergétique stable et fiable. L’approche se doit d’être technologiquement neutre, et toutes les mesures de politique énergétique et environnementale devraient répondre aux critères d’efficacité et d’efficience. L’usam rejette aussi de manière catégorique toute politique industrielle dans ce domaine. Elle ne peut pas et ne mènera pas au succès.
Vous écrivez que «la Confédération a un problème de dépenses»: sur la base de quoi vous fondez-vous?
Les dépenses de la Confédération augmentent chaque année et la dette nette a bien augmenté. En fait, les dépenses publiques ont tendance à croître plus rapidement que le produit intérieur brut (PIB). Mais sur le long terme, cela ne peut pas durer. Pour rétablir l’équilibre budgétaire, une politique financière restrictive s’impose. Elle implique le respect strict du frein à l’endettement, le contrôle des dépenses sociales et le refus de nouvelles hausses d’impôts. Un train de mesures ambitieux visant à alléger les dépenses du budget fédéral s’avère indispensable. Il faut réduire de manière substantielle la masse salariale du personnel fédéral.
En matière d’aménagement du territoire, vous voulez plus de pragmatisme et de flexibilité?
Le sol est un facteur de production et une ressource rare. Il faut l’utiliser avec efficacité. Or, les obstacles sont nombreux: règlementations trop strictes, procédures complexes, droits de recours étendus, protection excessive des monuments et du paysage urbain. Des ajustements sont donc nécessaires. L’économie, et en particulier les PME, dépendent autant d’une infrastructure de transport fonctionnelle que de réseaux de communication performants et stables. Et bien sûr, les PME ont besoin de pouvoir choisir librement leur moyen de transport.
En politique sociale, vous réclamez un changement de paradigme?
L’augmentation constante des dépenses sociales menace notre prospérité à long terme et affaiblit notre compétitivité. Le financement systématique des réformes sociales par l’augmentation des charges sociales pèse sur nos entreprises. Il faut que cela s’arrête. Nous devons renoncer à toute nouvelle extension des prestations de l’État social. Nous avons besoin d’une réforme structurelle. À l’avenir, les prestations devront être strictement adaptées aux ressources disponibles – et non l’inverse. De plus, compte tenu du vieillissement de la population et de l’allongement de l’espérance de vie, il est grand temps d’engager enfin un débat ouvert et honnête sur un relèvement progressif et équitable de l’âge de la retraite.
Interview: Gerhard Enggist
www.sgv-usam.ch/buts-taches