Journal des arts et métiers: Vous êtes membre de la Commission de la politique de sécurité du Conseil national. Comment évaluez-vous la situation actuelle?
Reto Nause: À l’heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de nous défendre. Le fait que nous ne puissions pas protéger notre espace aérien est particulièrement grave. Nous manquons de systèmes et de munitions en quantité suffisante pour contrer les menaces balistiques. Nous ne sommes pas non plus préparés à lutter contre les drones de petite ou moyenne taille. Si l’on considère les conflits actuels en Ukraine ou dans le Golfe, ce sont précisément ces compétences clés qui seraient décisives.
«Ces entreprises doivent aussi pouvoir exporter! celui qui ne fournit rien ne sera pas approvisionné.»
Ces guerres sont menées de manière asymétrique: ce ne sont pas seulement des cibles militaires qui sont attaquées, mais aussi des infrastructures critiques. Avec ses centres de données, ses gazoducs de transit et le nœud électrique de Laufenburg, la Suisse dispose d’infrastructures critiques d’importance paneuropéenne.
Quelles sont les priorités actuelles en matière de sécurité?
Nous devons pouvoir protéger notre espace aérien et avoir accès aux données concernant l’espace aérien européen. Si nous ne détectons les menaces qu’à la frontière, à Sankt Margrethen (SG), il sera bien trop tard.
Vous êtes président de l’Alliance Sécurité Suisse. Pouvez-vous nous décrire brièvement les objectifs de votre organisation et nous présenter ses membres?
Nous nous engageons dans toutes les votations populaires qui ont une importance capitale pour la politique de sécurité: ainsi, nous nous sommes opposés à l’initiative «Service citoyen» et nous militons en faveur de la loi sur le service civil. L’agenda politique ne cesse de s’étoffer: en novembre, nous souhaitons assouplir la loi sur le matériel de guerre, et d’autres votations sont prévues en 2027, notamment sur le financement de l’armée et la révision de la loi fédérale sur le service de renseignement.
Quelles sont les causes que l’Alliance défend actuellement?
Nous voulons faire adopter la loi sur le service civil le 14 juin: c’est la seule façon d’assurer à long terme les effectifs de l’armée et de la protection civile.
Les questions de politique de sécurité et l’armée elle-même ont perdu beaucoup de visibilité ces dernières années. Comment comptez-vous renforcer cette visibilité et la pertinence de toutes ces questions auprès de la population?
Le vent a tourné: il suffit de suivre les actualités pour constater à quel point la sécurité est devenue un bien fragile. Depuis quelques mois, de nombreux particuliers ont adhéré à l’Alliance et nous apportent leur soutien. Nous allons continuer à développer nos activités dans ce sens.
Le National et les États ont examiné ce printemps le paquet d’allègements budgétaires 27 et n’ont pas retenu certaines propositions d’économies du Conseil fédéral. Dans le même temps, l’armée est sous-financée et les projets d’acquisition d’armement en cours comme les missiles Patriot ou le nouvel avion de combat risquent de dépasser le budget. Comment envisagez-vous les questions liées au financement?
Il faudra sans doute un ensemble de mesures: d’une part, une nouvelle contribution d’économie est envisageable, mais d’autre part, il faut aussi des recettes ordinaires et extraordinaires. Nous parlons d’un montant supplémentaire de plus de 30 milliards de francs. Ces fonds devraient en réalité être disponibles immédiatement: plus nous attendons, plus les achats seront coûteux et plus la situation deviendra critique.
En 2026, l’Union suisse des arts et métiers a rejoint l’Alliance. Quelles sont les attentes de l’Alliance à cet égard?
Nous lui en sommes reconnaissants! La sécurité étant la pierre angulaire de la réussite économique, l’usam agit aussi dans l’intérêt de ses membres. De nombreuses PME travaillent, directement ou indirectement, pour l’industrie de l’armement. Notre rôle est de fédérer leurs intérêts sur ces questions. En tant que plus grande association économique, l’usam joue un rôle prépondérant lors des votations populaires: nous voulons gagner ensemble!
Quel rôle jouent le secteur économique et en particulier les PME pour la sécurité de notre pays?
Un point essentiel: si l’on additionne l’industrie de l’armement et les biens à double usage, on parle de plus de 150’000 emplois et d’une valeur ajoutée avoisinant les 40 milliards de francs. Nous voulons conserver sur notre territoire cette production ainsi que ce précieux savoir-faire.
«L’Alliance Sécurité Suisse s’engage dans toutes les votations populaires qui ont une importance capitale pour la politique de sécurité.»
Un référendum a été lancé contre la révision de la loi sur le matériel de guerre. Comment comptez-vous convaincre les électeurs?
Il s’agit d’emplois et de technologies clés que nous voulons conserver en Suisse. En cas de crise, il est essentiel de disposer de notre propre production de munitions. Mais ces entreprises doivent aussi pouvoir exporter! Il faut savoir que celui qui ne fournit rien ne sera pas approvisionné. C’est ce que nous constatons aujourd’hui. Nous devons reconnaître que notre pays ne figure plus en haut de la liste des pays disposant de priorités en matière d’achats d’armement.
Interview: Gerhard Enggist
www.alliancesecurite.ch