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Le Tessin, laboratoire de la Suisse de demain
On parle souvent du Tessin à travers ses images les plus évidentes: le soleil, les lacs, le tourisme, la qualité de vie. C’est une partie authentique de notre canton, mais ce n’est pas toute la réalité. Derrière cette image de carte postale se cache une économie exposée, dynamique, composée de PME, d’artisans, d’industries, de commerces, de professionnels et d’entreprises de services qui opèrent chaque jour dans l’une des régions les plus compétitives de Suisse.
Le Tessin n’est pas seulement le sud des Alpes. C’est un laboratoire. De nombreux défis que nous connaissons ici depuis des années — la pression transfrontalière, la concurrence sur les coûts, la mobilité de la main-d’œuvre, la nécessité d’innover rapidement — deviennent, sous des formes différentes, des défis nationaux. Regarder vers le Tessin, c’est donc observer en avant-première une partie de la Suisse de demain.
Nous sommes un canton frontalier, intégré dans un espace économique qui ne s’arrête pas à la douane. Pour de nombreuses entreprises tessinoises, le marché, les fournisseurs, les clients et les collaborateurs se trouvent aussi bien au nord qu’au sud de la frontière.
Cette ouverture est une richesse: elle a permis à de nombreuses entreprises de se développer, de trouver des compétences, de rester compétitives, de créer de la valeur et des emplois. Mais elle engendre aussi des tensions. La confrontation avec une zone économique voisine, où les salaires, les coûts et les conditions-cadres sont différents, rend la pression sur notre économie plus visible qu’ailleurs.
Au Tessin, près d’un tiers des emplois est occupé par des frontaliers: environ 80’000 personnes sur un total d’environ 220’000 emplois. Ce chiffre en dit long. D’une part, il montre à quel point notre tissu économique est intégré au territoire qui nous entoure. D’autre part, il démontre que de nombreuses activités auraient beaucoup de mal à fonctionner sans ce vivier de main-d’œuvre. C’est pourquoi, chez nous, la pénurie de personnel peut sembler moins évidente que dans d’autres cantons. Non pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce qu’elle est compensée par la possibilité de puiser dans un marché du travail plus vaste. Ce serait toutefois une erreur de penser que le problème ne nous concerne pas. Au contraire: c’est précisément la forte présence de frontaliers qui met en évidence à quel point l’économie tessinoise dépend de la disponibilité des compétences.
Si ce vivier venait à se réduire, si la concurrence internationale s’intensifiait encore, si certaines professions devenaient encore plus difficiles à pourvoir, de nombreuses entreprises se trouveraient rapidement confrontées à une limite structurelle. La question de la main-d’œuvre n’est donc pas absente au Tessin: elle est masquée par une situation particulière, mais reste l’un des grands défis de l’avenir. Cela vaut pour l’artisanat, l’industrie, la santé, la restauration, le bâtiment, les services techniques et de nombreuses petites et moyennes entreprises. Le succès d’une économie ne dépend pas uniquement du capital ou des infrastructures. Il dépend avant tout des personnes: de leur formation, de leur motivation, de leur capacité à assumer des responsabilités et à s’adapter.
C’est pourquoi la formation professionnelle doit rester une priorité nationale. Nous ne pouvons pas nous permettre d’affaiblir le système dual, ni de considérer les métiers techniques et pratiques comme des parcours de seconde zone. Ils constituent au contraire un pilier de la prospérité suisse. Le Tessin illustre également une autre dynamique appelée à prendre de plus en plus d’importance pour l’ensemble du pays: la concurrence n’est plus un concept abstrait. Pour une entreprise tessinoise, elle peut se trouver à quelques kilomètres de distance, dans un environnement où les coûts sont moins élevés et les règles, différentes. Mais ce qui est évident chez nous pour des raisons géographiques le devient ailleurs grâce à la numérisation, au commerce international, au télétravail et aux nouvelles chaînes d’approvisionnement. Dans une économie ouverte, aucun canton n’est vraiment à l’abri.
Le repli sur soi ne peut toutefois pas être la réponse. Ce serait une tentation compréhensible, mais erronée. Le Tessin a besoin d’ouverture: pour ses entreprises, pour son marché du travail, pour sa capacité à attirer des investissements et des compétences. La Suisse elle-même a bâti une grande partie de son succès sur l’ouverture, sur la qualité de ses produits et sur la stabilité de ses institutions. Penser protéger la prospérité en s’isolant reviendrait à affaiblir ce qui nous a rendus forts.
Une économie ouverte a besoin dans le même temps de règles claires, appliquées avec rigueur. Elle a besoin de contrôles ciblés contre les abus, et non d’une méfiance généralisée envers les entreprises. Elle a besoin de conditions-cadres qui récompensent ceux qui investissent, ceux qui forment des apprentis, ceux qui innovent, ceux qui créent des emplois durables. Elle a besoin d’une fiscalité attractive, d’infrastructures efficaces, de procédures administratives simples et d’une politique qui comprenne la réalité concrète des entreprises.
La meilleure réponse à la pression extérieure n’est pas le protectionnisme, mais la compétitivité. La compétitivité ne signifie pas une course vers le bas. Elle signifie qualité, productivité, innovation, responsabilité. Elle signifie mettre les entreprises en mesure de bien faire leur travail, sans les accabler chaque année de nouvelles obligations, de nouveaux formulaires, de nouveaux coûts et de nouvelles incertitudes.
Le Tessin ne réclame pas de statut spécial. Il demande que son expérience soit prise au sérieux. Car bon nombre des défis qui font déjà partie de notre quotidien ici deviennent, sous différentes formes, des défis pour toute la Suisse: la recherche de personnel qualifié, la concurrence internationale, le coût de la règlementation, la nécessité d’innover, le rapport entre ouverture économique et cohésion sociale.
Le Tessin n’est pas une périphérie économique. C’est un avant-poste. Et c’est précisément pour cette raison qu’il peut aider l’ensemble du pays à mieux se préparer à la Suisse de demain.
*Conseiller national (PLR/TI)
alex.farinelli@parl.ch
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