Publié le: 12 juin 2026

«Pas besoin d’une tutelle pour manger»

damian müller – «L’initiative sur l’alimentation renchérit les denrées alimentaires, restreint la liberté de choix, pèse lourdementsur les secteurs de production et met les PME sous pression», lance le conseiller aux États (PLR/LU), qui siège désormais au comité directeur de l’usam. «Nous devons cesser de politiser l’alimentation.»

Lors de sa séance du 27 mai 2026, le Conseil fédéral a décidé de soumettre à la votation populaire du 27 septembre 2026 l’initiative populaire «Pour une alimentation sûre – grâce au renforcement de la protection indigène durable, à davantage de denrées alimentaires végétales et à une eau potable propre (initiative sur l’alimentation)» (FF 2026 800). Pour en parler dans nos colonnes, le conseiller aux États (PLR/LU), élu au Comité directeur de l’usam.

JAM: Avec quel objectif êtes-vous entré au Comité directeur de l’usam?

Damian Müller: L’usam est le principal porte-parole des PME en Suisse. C’est dans le secteur artisanal que bat le cœur de notre économie. Ma motivation est claire: de meilleures conditions-cadres, moins de bureaucratie et davantage de liberté d’entreprise. Les entreprises ont besoin d’argent pour investir, pas pour payer toujours plus d’impôts et de taxes. C’est précisément en période d’incertitude économique qu’il faut une représentation forte des intérêts du secteur artisanal.

La veille de votre élection, l’usam a pris position sur l’«initiative alimentaire» qui sera votée le 27 septembre. Quelles seraient les conséquences de son adoption?

Cette initiative se traduit par davantage d’État, d’interdictions et d’ingérence dans la vie quotidienne des gens. Elle entraîne une hausse du prix des denrées alimentaires, restreint la liberté de choix et pèse lourdement sur l’économie. Nous devons cesser de politiser l’alimentation. Nous n’avons pas besoin d’une tutelle idéologique.

En tant que président de l’Association suisse des bouchers, comment voyez-vous cette initiative pour votre secteur et les boucheries?

Nos boucheries sont synonymes de qualité, de produits régionaux et de savoir-faire artisanal. Cette initiative mettrait précisément ces PME sous pression. Les entreprises familiales seraient encore plus bridées et affaiblies sur le plan économique. Ce ne sont pas les grands groupes qui sont principalement touchés par de telles initiatives, mais les commerces locaux, aussi bien en ville qu’à la campagne.

Cette initiative vise un taux d’autosuffisance de 70%. Pour y parvenir, elle promeut les aliments d’origine végétale. Est-ce une option réaliste?

Une idée idéologique tombée d’une tour d’ivoire, complètement déconnectée de la réalité suisse. Les deux tiers de nos terres agricoles sont des prairies. On n’y cultive ni soja ni avocats, mais on y laisse de l’herbe. C’est précisément pour cela que les ruminants jouent un rôle essentiel. Si l’on veut renforcer l’agriculture suisse, on ne doit pas ignorer ses conditions naturelles.

L’appel à une alimentation plus végétale va de pair avec la critique de la consommation de viande. Au fond, qu’est-ce qui justifie la consommation de viande en Suisse?

Pour beaucoup, la viande fait naturellement partie d’une alimentation équilibrée. De plus, l’élevage suisse exploite des terres qui ne se prêtent pas à la culture. Notre agriculture produit des protéines de haute qualité issues des prairies – de manière régionale, durable et dans le respect de normes élevées en matière de bien-être animal. C’est un modèle de réussite suisse.

Les ONG et les pouvoirs publics cherchent de plus en plus Ă  nous dicter notre alimentation, voire notre mode de vie. Que pensez-vous de cette tendance?

Lorsque l’État commence à réguler les modes de vie, la liberté et le bon sens disparaissent: chacun doit pouvoir décider lui-même ce qu’il mange et la façon dont il souhaite vivre. La politique doit fixer des conditions-cadres, et non dicter les choix au quotidien.

Pourquoi un tel décalage entre le débat médiatique et le quotidien?

Une partie du débat est idéologique. La majorité de la population adopte une attitude pragmatique et équilibrée. La viande occupe toujours une place importante. Les responsables politiques et les autorités devraient prendre au sérieux la réalité vécue par la population au lieu de mettre en place des programmes éducatifs.

Interview: Rolf Hug

TRAJECTOIRE

Damian Müller, âgé de 41 ans, réside à Hitzkirch. Membre du PLR, il représente le canton de Lucerne au Conseil des États depuis 2015. Il siège notamment à la Commission de politique extérieure, à la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique ainsi qu’à la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie. Ce parlementaire de milice convaincu a suivi un apprentissage commercial et préside depuis environ deux ans l’Union suisse des professionnels de la viande. Début mai, la Chambre suisse des arts et métiers l’a élu au comité directeur de l’usam.

www.damian-mueller.ch

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