Publié le: 12 juin 2026

l’édito

Pour une marque «Suisse» crédible

C’est le sujet qui fait la une ces derniers jours: un groupe international pesant plusieurs milliards fait pression sur les autorités suisses. Ces dernières ont tout à coup autorisé la croix suisse sur des produits fabriqués à l’étranger. Dans les PME, c’est l’indignation qui prévaut.

Quelle est la justification officielle donnée par l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IPI) qui a rendu cette décision? L’économie suisse serait «soumise depuis quelques temps à la pression du franc et des droits de douane imposés par les États-Unis». Il faudrait donc y voir une mesure en faveur de nos entreprises.

Or pour nos PME, qui produisent en Suisse et y forment de la main-d’œuvre qualifiée, c’est un camouflet. La plupart d’entre elles ne peuvent pas juste ouvrir des sites de production à l’étranger en claquant des doigts. Pour s’imposer dans un contexte difficile, elles doivent pouvoir mettre en avant leurs produits face à ceux qui sont fabriqués à l’étranger.

La croix suisse est à cet égard un signe distinctif fort. Non seulement à l’exportation, mais sur le marché intérieur où elle joue le rôle d’indication d’origine. Elle permet aux produits suisses de qualité de se démarquer des marchandises importées à bas prix. Depuis dix ans, les PME font confiance à la protection offerte par la croix suisse. C’est ici qu’elles ont investi. Mais leur confiance est désormais durablement ébranlée par ce changement de pratique et par une justification orientée de manière unilatérale vers l’activité à l’international.

Autre perte de confiance: cette justification officielle ne correspond pas vraiment à la réalité, mais relève du mensonge. C’est la pression exercée par un groupe pesant plusieurs milliards, à savoir celle d’un fabricant de chaussures produisant en Asie, qui a poussé l’IPI à opérer ce changement de pratique surprenant. Le groupe aurait notamment réussi à faire en sorte que des fonctionnaires critiques soient exclus des discussions sur l’interprétation des règles de la Swissness. Il aurait même menacé d’intenter une action en responsabilité de l’État contre la Suisse.

Mais il y a pire: une nouvelle perte de confiance du point de vue du Parlement. En effet, c’est la conseillère fédérale alors en charge de ce dossier qui, en 2012, lors des débats parlementaires sur la «Swissness», avait fait noter au procès-verbal que l’autorisation d’apposer des mentions comme «Swiss Design» ou «Swiss Engineering» sur des produits fabriqués à l’étranger ne concernait pas la croix suisse. À l’époque, une motion, visant à supprimer complètement la possibilité d’une telle mention, avait été déposée. Suite aux explications du Conseil fédéral, elle avait au final été rejetée.

Si cette assurance donnée par le Conseil fédéral venait à ne plus être valable, le Parlement devrait se pencher à nouveau sur cette question. Et c’est ce qu’il fera. Le président de l’usam, Fabio Regazzi, déposera une intervention dans ce sens.

Il y a urgence et nécessité. En effet, la question dépasse largement le cas particulier des chaussures. Le changement de pratique concernant la croix suisse peut dévaloriser un symbole qui, pendant des années, a été associé à une véritable valeur ajoutée suisse, à la fiabilité et à la qualité. Le préjudice ne toucherait pas seulement certaines entreprises, mais aussi la crédibilité de la marque «Suisse» dans son ensemble. Le prix à payer est bien trop élevé.

Articles approfondis

Les plus consultés