Publié le: 12 juin 2026

Réformer, sans vraie réforme

AVS – Le Conseil fédéral lance la procédure de consultation sur la réforme de l’AVS 2030. Cettesoi-disant «réforme» mise avant tout sur des recettes supplémentaires, sans réformer le système au plan struc­turel. Or il faudrait vraiment éviter d’alour­dir la charge des PME ou de renchérir le coût du travail.

Une nouvelle prestation, puis de nouvelles recettes. Le scénario est connu. Pour la 13e rente AVS, le Parlement devait choisir entre une hausse temporaire de la TVA, une combinaison avec les cotisations salariales ou un compromis de dernière minute. C’est chose faite! (lire l’encadré). Cela passera par un prélèvement supplémentaire. Le problème n’est donc pas seulement la solution retenue. C’est le réflexe politique qu’elle révèle.

La 13e rente n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une manière de faire devenue familière: on élargit les prestations, on cherche l’argent nécessaire, puis l’on remet à plus tard les adaptations de fond. La méthode paraît pragmatique. Elle évite surtout les débats difficiles et corrige provisoirement chaque déséquilibre par de nouvelles recettes.

Évolution préoccupante

L’assurance-invalidité montre où nous mène cette logique. L’AI doit encore plus de 10 milliards à l’AVS. Ce ne sont pas des chiffres perdus dans un bilan: ce sont des ressources qui manquent au fonds AVS. Depuis des années, on a déplacé, refinancé, retouché. Sans rétablir les équilibres du système.

Le problème n’est pas de mettre en cause les personnes qui dépendent de prestations. Il est institutionnel. L’AI connaît à nouveau une dynamique préoccupante: nouvelles rentes en hausse, troubles psychiques chez les jeunes, perspectives financières plus sombres. Une révision est déjà en préparation. Et l’augmentation des cotisations salariales figure parmi les pistes évoquées.

Faute d’avoir traité les causes à temps, on prépare la prochaine ponction.

La population vit plus longtemps

Le parallèle avec l’AVS est évident. Peut-on durablement répondre à chaque évolution sociale par davantage de prestations financées par le travail ou la consommation? Pour les PME, les cotisations salariales ne sont pas une ligne technique. Elles augmentent le coût de chaque emploi, réduisent les marges, compliquent les embauches et pèsent sur l’investissement. Renchérir le travail, c’est fragiliser la base qui finance nos assurances sociales.

La TVA n’est pas indolore non plus. Elle renchérit la consommation, réduit le pouvoir d’achat et pèse sur les secteurs exposés à une demande fragile. Elle peut être moins dommageable qu’une hausse durable des cotisations salariales. Mais elle reste une charge supplémentaire. Pas une réforme.

Or la démographie ne se laisse pas contourner par quelques lignes de recettes. La population vit plus longtemps; c’est une réussite. Mais les rentes sont aussi versées plus longtemps. Dans le même temps, la natalité reste basse et le rapport entre actifs et retraités se détériore. L’immigration soutient le marché du travail, mais ne remplace pas une réforme durable.

Facture aux générations futures

C’est dans ce contexte qu’il faut lire AVS 2030. Le projet, mis en consultation par le Conseil fédéral, est censé stabiliser l’assurance-vieillesse. Il ne mérite pourtant pas le nom de réforme. Derrière quelques modernisations et des incitations limitées à travailler plus longtemps, son architecture repose d’abord sur de nouvelles recettes. La question centrale reste évitée: comment adapter l’AVS à la réalité démographique? Stabiliser les comptes sans toucher aux paramètres fondamentaux, ce n’est pas réformer l’AVS. C’est acheter du temps en laissant la facture aux générations futures.

Une vraie réforme exige de regarder l’AVS dans son ensemble: recettes, dépenses, durée de versement des rentes, incitations à prolonger l’activité professionnelle. Elle suppose aussi de cesser de traiter chaque nouvelle prestation comme un objet séparé, auquel on rattache une nouvelle ligne de financement.

L’AVS ne sera pas préservée en ajoutant périodiquement une couche de financement sur un système inchangé. Elle le sera si le Parlement décide enfin d’ausculter les dépenses, les incitations au travail et l’évolution démographique ensemble. C’est moins confortable qu’un nouveau prélèvement. Mais c’est la condition d’une AVS crédible pour les générations qui la financeront demain.

Simon Schnyder, usam

FINANCEMENT 13e Rente

Solution inacceptable

Sur le financement de la 13e rente AVS, la Conférence de conciliation a opté mercredi (le 10.06), pour une solution mixte, similaire à la variante des États, combinant la TVA (0,4 pt. de pourc.) et les cotisations salariales (0,2 pt). Et ce pour une durée illimitée! Les organisations faîtières du monde économique, dont l’usam, rejettent cette proposition et comptent sur son rejet par les Chambres fédérales.usam

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