La Suisse tire sa force d’un cadre règlementaire stable et de la confiance accordée à ses entreprises. Or, c’est précisément cette confiance qui a été de plus en plus ébranlée ces dernières années. Non pas en raison d’un manque de qualité des produits suisses, mais à cause de pratiques d’exportation que les partenaires internationaux avaient du mal à comprendre.
La révision de la loi sur le matériel de guerre qui vient d’être adoptée vise à corriger cette évolution. En décembre 2025, le Parlement a approuvé une modification contre laquelle un référendum a été lancé avec succès.
Toute la chaîne concernée
Le débat se limite souvent aux exportations d’armes. En réalité, il va bien au-delà : il porte sur la mécanique de précision, l’électronique, les capteurs, les véhicules spéciaux ou les composants industriels.
Le but: rétablir la sécurité juridique et la crédibilité internationale.
De nombreuses PME suisses ne produisent pas d’«armes», mais des biens hautement spécialisés destinés à des usages civils et militaires. Or, ce sont précisément ces entreprises qui souffrent de l’incertitude actuelle. Les États partenaires et les acheteurs souhaitent planifier à long terme en toute sécurité.
Si la Suisse durcit sans cesse ses règles ou bloque des systèmes déjà livrés, les fournisseurs suisses perdent en crédibilité. Conséquence: les commandes partent à l’étranger, non seulement pour les grands groupes, mais surtout pour les PME innovantes.
Neutralité sans autogoal
Cela pose un problème de politique économique. L’industrie suisse de la sécurité emploie, directement et indirectement, plusieurs dizaines de milliers de personnes et génère une forte valeur ajoutée sur le territoire national. Des places d’apprentissage, des coopérations en matière de recherche et des investissements dépendent de conditions-cadres stables.
Les opposants à la révision invoquent la neutralité et les droits de l’homme. Ces préoccupations sont légitimes. Cependant, la révision ne supprime pas les contrôles à l’exportation et n’autorise pas non plus les livraisons vers des pays en proie à une guerre civile sans contrôle préalable. La Suisse conserve l’un des systèmes de contrôle les plus stricts d’Europe. Le projet offre plutôt une plus grande marge de manœuvre vis-à -vis des États partenaires proches.
C’est une approche raisonnable en cette période d’instabilité géopolitique. Quiconque souhaite bénéficier de la coopération européenne en matière de sécurité ne peut pas, dans le même temps, se désengager complètement des chaînes de responsabilité industrielles communes.
PME: une législation prévisible
De plus, la pratique actuelle nuit en fin de compte également à l’armée suisse. Une industrie nationale autonome dans le domaine de la sécurité renforce la sécurité d’approvisionnement en cas de crise. Affaiblir la base industrielle rend la Suisse plus dépendante de l’étranger. Pour les PME, il est essentiel que la législation reste prévisible. Les investissements dans la production, la certification ou la recherche s’étendent sur plusieurs années. Lorsque l’incertitude politique s’accroît, la propension à investir diminue.
La révision de la loi sur le matériel de guerre n’est pas un passe-droit pour des exportations incontrôlées. Il s’agit bien plutôt d’une tentative visant à rétablir la sécurité juridique et la crédibilité internationale. C’est exactement ce dont a besoin une place économique tournée vers l’exportation comme la Suisse.
Patrick DĂĽmmler, usam