Publié le: 3 juillet 2026

Le monde des apprentis témoigne

ASSOCIATION – Lucien Meylan, Rachelle Allaz et Luca Chatelain ont mis sur orbite Duale. Une démarche dédiée à l’apprentissage et visant à recueillir des témoignages d’entrepreneurs, de managers, d’apprentis et de formateurs. Soutenue par le Canton de Vaud, cette approche mériterait selon l’usam d’être étendue à toute la Suisse.

Il le dit lui-même, Lucien Meylan, avec l’humour qui sied à ceux qui ont roulé leur bosse. Né en 1991 à Poliez-le-Grand dans le Gros-de-Vaud, il n’était pas particulièrement assidu à l’école. La suite passe par la voie générale, en osant vivre intensément sa passion du foot (FC Bottens, FC Echallens). Il opte pour une année passerelle et effectue de nombreux stages, explorant toutes sortes de métiers: coiffeur, charpentier, menuisier, boucher. Lucien, 16 ans, tenaillé par le foot, n’est pas tenté par les horaires de la restauration. Milieu de terrain défensif en 2e ligue inter au FC Thierrens, c’est sur la pelouse qu’il donne tout ce qu’il a.

Un centre d’orientation privé décèle chez lui des aptitudes lui permettant d’envisager un apprentissage de commerce. Ce sera le traiteur lausannois Mulhaupt, puis l’entrée dans l’Ordre judiciaire où il devient gestionnaire de dossiers. Retour aux études, après un séjour linguistique de six mois à Vancouver, avec un Bachelor privé en communication et marketing (Polycom) au SAWI à Lausanne (2014-2017), jumelé avec un Brevet fédéral de spécialiste en relations publiques.

Jeune entrepreneur

La vocation entrepreneuriale de Lucien Meylan s’affirme en 2017, lorsqu’il ouvre son agence de communication, baptisée Spurring, née dans la foulée de projets musicaux créés avec ses copains. «En 2017, alors que les planètes s’alignent à la fin de nos études, le nom de Spurring nous frappe l’esprit», raconte-t-il sur le site de l’agence. «Issu du verbe anglais ‹to spur›, il signifie en langage commun ‹stimuler, encourager, motiver› ou ‹pousser vers l’avant›. C’est beau, c’est nous, on est prêts. Quelques mois plus tard, nous déposons notre société au registre du commerce et tout débute. Les productions, les voyages, les départs, les arrivées, les déceptions et tant de succès.»

Les années passant, Lucien Meylan ressent le besoin de soutenir des projets qui ont du sens. Il nous parle de son bar éphémère. En 2024, après avoir réussi le Certificat cantonal d’aptitudes (hôtellerie-restauration), il s’implique à Echallens, où une patinoire artificielle prend ses quartiers d’hiver sur un court de tennis. Le bar qu’il gère est installé dans un container et il préside l’association à but non lucratif qui anime les lieux et met de la vie dans la région, attire les familles avec des billets gratuits pour les enfants, organise des raclettes, loue des patins.

Créer un impact sociétal

Quelques années plus tard, il commence à ressentir une certaine frustration. «J’avais envie de laisser une trace, d’avoir un impact sociétal», se souvient-il. «Je suis parti du constat que le CFC ne donnait pas une image à la hauteur des carrières et des débouchés réels. Que sa richesse et son potentiel, sa dimension humaine, méritaient la création d’une plateforme sur laquelle les gens pourraient se raconter, écouter, échanger, mettre en lumière toutes ces qualités qui font de la formation duale un grand atout pour toute la vie.»

Dans la foulée, c’est création de Duale avec Rachelle Allaz (26 ans, Brand designer) et Luca Chatelain (27 ans, Communication manager). L’idée germe en 2022, des contacts sont pris avec les organisations du monde du travail (OrTra) en 2023. «Il a fallu deux ans et demi pour que toutes les parties prenantes se mettent d’accord. Pour obtenir le soutien du Canton de Vaud, nous avons dû réaliser des capsules vidéo tests et montrer ce que nous savions faire.»

La situation de l’apprentissage n’y est pas folichonne. «Vaud est le mauvais élève de la Suisse romande, l’apprentissage est dévalorisé face aux études», rappelle-t-il.

«Le système scolaire peine à transmettre la valeur des compétences transversales acquises durant l’apprentissage.»

Ses vertus semblent diluées dans une évidence institutionnelle et peinent à faire leur chemin dans le processus décisionnel des jeunes et de leurs parents. «Le système scolaire peine à transmettre la valeur des compétences transversales acquises durant l’apprentissage, ces soft skills qui comptent dans la vie, comme le leadership, la capacité à prendre des décisions, à se mettre en relation, à se remettre en question, à se montrer empathique.»

Apprentissage: le mal-aimé

Cette situation se lit dans les chiffres. «Aujourd’hui, seulement 20% des jeunes Vaudoises et Vaudois choisissent la voie de l’apprentissage CFC à la fin de l’école obligatoire», expliquent les trois fondateurs sur le site. «Cette situation s’explique notamment par une image biaisée de la formation professionnelle duale dans le canton de Vaud et en particulier par une méconnaissance des débouchés post-formations. Nous avons donc choisi de mettre en lumière la richesse et la diversité des parcours professionnels à travers des témoignages authentiques et inspirants. Ces récits reflètent la pluralité des trajectoires possibles qu’offre la voie de la formation professionnelle duale. Ce système, unique en son genre, représente l’un des grands atouts de la Suisse: il allie théorie et pratique, offre un accès direct au marché du travail et contribue activement à la compétitivité économique du pays.»

Films, visites, tables rondes

D’où la marque Duale. Parce que n’importe quel apprentissage le vaut. «Le projet Duale est articulé en trois parties. Des entretiens filmés avec des entrepreneurs et des managers qui ont débuté leur cursus par un CFC. Des visites sur le terrain à des apprentis de dernière année et à leur formateur. Et dès cet automne, des visites dans les écoles obligatoires, où des tables rondes seront mises sur pied avec des entrepreneurs et des managers qui viendront parler de l’apprentissage. Jusqu’ici, une cinquantaine d’entretiens ont été publiés.»

Lucien Meylan souligne la complémentarité de Duale avec les démarches existantes, comme les salons des métiers ou les compétitions comme SwissSkills. «Notre association a toute sa place dans l’écosystème, parmi les autres acteurs de la valorisation de la formation professionnelle.»

Soutien du monde économique

Les organisateurs préparent la suite. Pour la première année qui se termine en automne, un budget de 286’000 francs a été concrétisé, financé à 50% par le Canton de Vaud et à 50% par les OrTra. Parmi ces dernières, la Fédération patronale vaudoise, la Fédération vaudoise des entrepreneurs, la Fédération des métiers de l’accueil et du goût et d’autres organisations comme la CVCI, l’association Economie Région Lausanne (ERL) et l’Association pour le Développement du Nord Vaudois (ADNV). Pour la deuxième étape, un financement de 400’000 est nécessaire. Le rêve de Duale fait sens. Comme l’idée d’élargir cette démarche à tout le reste de la Suisse romande. Une initiative que l’usam soutient (lire l’encadré).François Othenin-Girard

www.duale.swiss

APPRENTISSAGE

Soutien de l’usam

L’usam s’engage depuis des décennies en faveur du renforcement de la formation professionnelle en alternance. Dans sa stratégie 2026-2030 également, elle se fixe pour objectif de promouvoir la formation professionnelle à tous les niveaux.

La formation professionnelle est bien établie et revêt une grande importance. Néanmoins, son attrait doit être continuellement renforcé afin que l’économie puisse continuer à disposer de main-d’œuvre qualifiée et de cadres motivés et adaptés à ses besoins.

L’objectif premier de la formation professionnelle est l’employabilité. Près de 70% de l’ensemble des personnes suivant une formation professionnelle initiale duale sont formées dans des PME, ce qui témoigne de la grande importance des entreprises pour la formation professionnelle dans son ensemble. En proposant une formation initiale duale attrayante, les branches assurent aussi leur relève.

Il faut également former les futurs entrepreneuses et entrepreneurs. Chaque année, quelque 15’000 PME sont confrontées à un changement de génération ou de direction. Les entreprises ont besoin d’un vivier correspondant de cadres bien formés et compétents.

Il est nécessaire de mieux informer non seulement les jeunes, mais aussi leurs parents, les enseignants et les spécialistes des services d’orientation professionnelle.

Duale est une plateforme d’aide à l’orientation professionnelle destinée aux jeunes Romandes et Romands de 12 à 22 ans, période clé de questionnement et de choix. Duale propose une nouvelle perspective pour les jeunes, une valeur ajoutée concrète pour les établissements scolaires et un regard externe et bienveillant pour les parents sont proposés. L’objectif est de répondre aux enjeux actuels: pénurie de compétences, évolution du marché du travail et transformations sociales.

Dieter Kläy, usam

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