Il était une fois à La Sagne
SORTIE – Le Musée de La Sagne célèbre cent ans d’histoire locale. Il y a belle lurette que son cabinet de curiosités enchante toute la région et il faut avouer que ses trésors méritent bien le détour.
JOURNÉES ROMANDES DES ARTS ET MÉTIERS – Deux journĂ©es de discussion sur les thèmes de gĂ©opolitique, de cyberÂsĂ©curitĂ©, du financement des PME dans un contexte de changement global et d’incerÂtiÂtude totale. Une centaine de participants ont fait le dĂ©placement jusqu’à ChampĂ©ry pour prendre la mesure de la situation.
C’est sous le thème d’une géopolitique instable et des nouveaux paradigmes pour les PME que les Journées romandes des arts et métiers (JRAM 2026) se sont ouvertes à Champéry. Le lundi 29 mai, Pierre Daniel Senn, accueillait les participants après un lunch pris au Palladium.
«Le monde a changé et l’incertitude est devenue la norme», a lancé le vice-président romand de l’usam. À cela s’ajoutent d’autres difficultés: selon une étude récente, 36% des PME peinent à accéder au crédit. Nos entreprises méritent mieux que des portes qui se ferment, elles ne sont pas des variables d’ajustement, mais constituent le cœur de l’économie. Bienvenue à ces 59es Journées romandes des arts et métiers!»
«Le sujet de la géopolitique est compliqué et il a été négligé durant trente ans, la situation actuelle est gravissime et cette évolution était bien prévisible», a lancé Jacques Pitteloud face à une centaine de participants très attentifs. Le premier conférencier, ambassadeur de Suisse en Belgique et chef de la Mission suisse auprès de l’OTAN, n’a pas mâché ses mots. À l’entendre, les signes avant-coureurs de la situation actuelle étaient là : changement climatique, révolution démographique ou révolution technologique. «Notre continent a trop longtemps vécu sur une poignée de convictions qui se sont écroulées: que le libre-échange était là pour durer, que la réserve d’énergie était inépuisable et bon marché, que la guerre, c’était surtout l’affaire des autres et que les Américains finiraient toujours par nous sauver la mise.»
Ce dernier point est loin d’être acquis: «La situation est extrêmement dangereuse, les États-Unis laissent planer le doute, leur politique intérieure est incertaine, instable. Poutine, acculé, épuise son pays et son économie. Son but stratégique est de rétablir le glacis soviétique et de détruire l’OTAN. Leur rationalité n’est pas la nôtre. Comme nous l’avons appris à l’armée, la Suisse face à cela doit à tout prix conserver sa liberté de manœuvre.»
Cela étant, les atouts helvétiques sont nombreux, selon le diplomate. «Nos écoles polytechniques sont les meilleures en Europe. C’est là qu’il faut investir. Par ailleurs, l’économie suisse est la plus intégrée de la planète, dans tous les domaines. Elle est de ce fait très exposée. Nous devons viser l’interopérabilité avec l’OTAN pour garder notre marge de manœuvre sans perdre notre neutralité ni la confiance de nos alliés. Ce à quoi nous travaillons.»
Après des échanges nourris avec les participants qui ont bien apprécié cet interlocuteur dépourvu de langue de bois, Jacques Pitteloud estimait que l’économie suisse gagnerait à se faire plus entendre, en particulier vu les enjeux importants qui seront votés cet automne. «La Suisse peut tirer son épingle du jeu. Elle en a les moyens, face à un monde dont la bipolarité (USA/Chine) est en train de s’accélérer.»
Dans la foulée, les JRAM recevaient Christophe Perron, chef suppléant du Service spécialisé de la Confédération pour la sécurité de l’information. Sur le thème suivant: «Renseignement, information et espionnage économique : les nouveaux risques.» Le secrétaire d’État à la politique de sécurité (SEPOS) définit le renseignement comme «la collecte d’informations pour appuyer la prise de décision, indispensable à la conduite d’un pays.» Énumérant les différentes menaces liées à l’espionnage, il a passé en revue les méthodes utilisées pour analyser la situation, Osint, Sigint, Cybint, Geoint, Finint et Humint, le dernier étant à ses yeux un atout important.
Au Palladium, il faisait chaud, mais le thème était bouillant. Le recrutement d’une source humaine prend du temps et des moyens importants. Entre la collecte d’informations, la première approche de la cible, le développement d’un contact embryonnaire, il peut se passer des semaines, des années avant de pouvoir obtenir une collaboration et exploiter le renseignement. Ou pas. La méthode MICE donne de bons résultats en utilisant les leviers classiques comme l’argent (money) l’idéologie (ideology), la pression (compromise) et l’égo (ego). De vieilles recettes qui ont fait leurs preuves!
L’espionnage industriel existe en Suisse, pays dans lequel la concentration des services étrangers est avérée, ne serait-ce que pour surveiller les autres pays et les nombreuses organisations internationales. Il faut mettre au point des règles pour toutes les circonstances où le niveau de risque monte. Entreprises à forte valeur technologique, secteurs sensibles, voyages à l’étranger, types de collaborateurs, d’invités. Quelle complexité! Mais les PME ne sont pas seules avec leurs craintes, souligne Christophe Perron. «Le service de renseignement de la Confédération (SRC) peut vous appuyer si le danger est avéré. Si vous estimez que cela vaut la peine, n’hésitez pas à les contacter.»
Le troisième conférencier, Damien Schönenberger, de l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) au DDPS, abordait le thème de la cybersécurité et de l’économie: quelles menaces pour les entreprises et les PME? Son travail: analyser les incidents qui se sont produits et, avec ses 70 collègues, aborder les attaques sur la confidentialité, sur l’intégrité et sur la disponibilité des données. Le domaine est vaste, qu’il s’agisse de «script-kiddies» (ou jeunes motivés par le fun), de hacktivistes issus de courants plus idéologiques, de cybercriminels mus par l’argent ou encore d’État-nations, par des motifs d’espionnage, de sabotage ou de paralysie d’autres pays.
Notre interlocuteur a passé en revue différents cas, certains plus «raffinés» que d’autres, des arnaques au président à l’utilisation de l’IA pour usurper une identité, domaine en pleine expansion actuellement. La discussion a porté entre autres sur le type d’outils qui permet de se former et de prendre des mesures. L’OFCS organise des webinaires, met au point une méthode pour les entreprises, un concept d’urgence et son site offre de nombreux moyens à disposition.
Une table ronde était organisée sur le thème suivant: géopolitique, espionnage et cybermenaces – quels enjeux de souveraineté et de coopération pour la Suisse et ses PME? Y ont participé les trois premiers intervenants avec Damien Cottier (CN/NE), Charles Juillard (CE/JU), Christophe Hauert, association suisse pour le label de cybersécurité.
La discussion a porté sur la complexité des menaces contre les entreprises et l’utilisation de l’IA. La vitesse de traitement au Parlement, plutôt lente en Suisse, a aussi animé les participants au débat. La question s’est posée de savoir si la Suisse était déjà larguée ou à quel moment elle le serait. La discussion a ensuite porté sur les questions de souveraineté numérique, des rapports avec l’UE, de la vulnérabilité de la Suisse. Sur toutes ces questions et d’autres, les avis ont divergé.
La question du rôle de l’État et du secteur privé a aussi été abordée, avec un consensus pour éviter la formation d’une nouvelle couche de bureaucratie dans un domaine où la réactivité des PME suisses est un atout certain.
Autre point intéressant, la question de la réindustrialisation de la Suisse abordée en lien avec la prochaine révolution technologique liée aux futurs ordinateurs quantiques. La Suisse aura toutes ses chances à l’heure où il faudra inventer les composants électroniques de demain. Il ne faut point s’en faire, mais partir assez tôt!
Après un apéritif pris à l’Hôtel Suisse, le repas du soir se déroula dans une ambiance excellente au Café du Nord.
François Othenin-Girard
En savoir plus: www.sgv-usam.ch/jram26
JRAM 2026 les photos: www.sgv-usam.ch/jram26-photos
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