Il était une fois à La Sagne
SORTIE – Le Musée de La Sagne célèbre cent ans d’histoire locale. Il y a belle lurette que son cabinet de curiosités enchante toute la région et il faut avouer que ses trésors méritent bien le détour.
JRAM – La deuxième journée à Champéry, le mardi 30 juin, était placée sous le signe des questions épineuses liées au financement difficile des PME, un sujet qui taraude l’usam et ses membres. Il faut trouver des solutions.
Cette deuxième journée était placée sous le signe du financement des PME, un sujet qui taraude l’usam. «En novembre 2025, nous avons lancé une enquête auprès des sections cantonales», a rappelé Urs Furrer, son directeur. «Notre baromètre des PME a révélé des chiffres sans appel: 52% des PME signalent une détérioration de la situation, 42% évoquent une stagnation. Mais surtout, 36% d’entre elles éprouvent de grandes difficultés à obtenir des financements. Nous observons cette inquiétude grandissante dans les entreprises et cela nous préoccupe. Nous devons y réfléchir, comprendre ce qui se passe et imaginer des solutions.»
Premier interlocuteur de cette matinée, Samuel Turcati est chef Crédits Covid-19 et cautionnement au Seco. Il défend un optimisme modéré. Le secrétariat d’État publiera cet automne pour la troisième fois (2016, 2021, 2026) une enquête sur le marché du crédit. En avant-goût, Samuel Turcati souligne que le volume des crédits accordés par les banques, stable sur le long terme, «n’a pas diminué, mais progressé de 2,3% en 2025».
Autre particularité suisse, les crédits sont moins utilisés (70% en moyenne) que dans les pays environnants (80%). Il est vrai que certaines branches éprouvent des difficultés depuis la pandémie, en particulier l’hôtellerie-restauration, la construction et le commerce, seule branche à connaître un important défi.
Toutefois, comme le souligne cet économiste tessinois, la Suisse est un pays dans lequel l’autofinancement règne et où s’est développée une véritable aversion au risque. «Quand on demande aux PME quels sont les défis, la première réponse concerne la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, la seconde les coûts de production et les salaires élevés. Et seulement en troisième position, on trouve l’accès au financement.»
Seconde à arpenter la scène, Laila Cinotti, du cabinet Bigler & Cinotti, accompagne les PME dans leurs démarches pour obtenir des financements des banques. «Cette situation est le reflet de ce que nous vivons sur le terrain. Le refus des banques est révélateur d’un système qui s’est grippé. Et le fait que 36% des PME éprouvent des difficultés à se financer est un paradoxe pour la Suisse.»
Et de souligner que le crédit PME est perçu comme plus risqué que le crédit hypothécaire. «C’est un choix rationnel, mais défavorable aux entreprises. Quel entrepreneur ne choisirait pas un produit qui rapporte plus à moindre risque?»
Autre facteur aggravant, la disparition de CS, avalé par UBS. La diminution de la concurrence a eu des effets défavorables. À cela s’ajoute la standardisation des démarches, des modèles, avec l’utilisation progressive d’une IA qui ne juge pas le potentiel existant à l’avenir et néglige les aspects qualitatifs et humains pourtant tellement importants.
Les conséquences pour les PME sont graves: diminution des volumes empruntés, baisse de la concurrence bancaire, allongement des délais, standardisation des processus et des outils, et priorité à la maîtrise du risque au détriment des qualités humaines.
Quelques conseils pour les PME, selon Laila Cinotti: «Anticipez vos besoins en financement en cultivant longuement des contacts, des discussions avec vos interlocuteurs bancaires», lance-t-elle. «Maîtrisez vos chiffres et la présentation professionnelle de votre situation, exploitez les périodes positives pour négocier des lignes de crédit. Et mettez la concurrence en jeu et discutez avec différents banquiers.»
Les banquiers étaient de la partie. À commencer par Georges Tavernier, directeur général de la BCVS. «Le franc fort a pesé sur les marges, l’incertitude géopolitique a nui à l’approvisionnement et à l’activité des entreprises, la recherche de main-d’œuvre qualifiée préoccupe, la crainte d’une augmentation des prix de l’énergie est avérée.» Face à cette situation, le directeur de cette banque cantonale souligne le besoin de flexibilité et de confiance qu’il perçoit dans les PME rencontrées sur le terrain.
Pour trouver des réponses, la multibancarisation est plutôt un atout, comme tous les entrepreneurs le savent. Les lacunes ne manquent pas: «Beaucoup de fleurons n’ont pas de vrai plan de trésorerie, ni de plan stratégique: ce n’est plus possible aujourd’hui.»
À sa suite, Maxime Botteron, du Chief Investment Office d’UBS, était lui aussi porteur d’un message qui se voulait optimiste. À commencer par les fondamentaux. Faiblesse de la zone euro, ralentissement attendu en 2026, mais accélération possible en 2027. «La croissance devrait rester solide. Le volume des crédits a subi une contraction depuis 2023, mais on relève une légère amélioration aujourd’hui. Je note aussi que l’utilisation des capacités de production reste en dessous de 80%, ce qui n’incite pas à investir. Il n’y a pas assez d’entrées de commandes pour utiliser toutes les machines à disposition.»
Après diverses questions dans la salle, la deuxième table ronde était consacrée au thème suivant: «Financement et compétition sur le marché des liquidités – quelles solutions pour les PME?» Avec, en plus des trois conférenciers déjà présentés, Johanna Gapany, conseillère aux États (PLR/FR) et Amaël Aubert, CFO de Marti Arc Jura et président de JCI Neuchâtel. Quelques reflets de cette discussion animée, comme celle de la veille, par le journaliste Pascal Schouwey.
Quelle est la plus grande difficulté pour les PME qui ont rendez-vous pour dénicher un financement? «Savoir répondre aux attentes de la banque, démontrer la capacité à anticiper les chiffres que le banquier attend», explique Laila Cinotti. «Si vos chiffres ne font que refléter le fait que vous essayez de payer le moins d’impôts possible, ce n’est pas glorieux. Il faut savoir présenter les chiffres en conformité avec la réalité.»
Le besoin le plus frappant? «Le besoin de liquidités pour encaisser le choc», estime Amaël Aubert. Qui se demande pourquoi certaines régies fédérales continuent à payer leur facture à 90 jours ou plus. Les PME doivent payer des salaires, des fournisseurs. Elles ne sont pas là pour jouer elles-mêmes à la banque.
Les conditions cadres étaient elles aussi à la question: «Cela fait maintenant quatre ans que nous enregistrons les plus hauts taux de faillite des entreprises, explique Johanna Gapany. Nous avons des possibilités d’agir et des marges de manœuvre politiques existent. Nous pouvons réunir les acteurs, les banques, faire en sorte que cela fonctionne, mettre un plan en place pour améliorer la situation.» Selon elle, la Suisse pourrait accueillir les scale-up de l’IA pour lesquelles un intérêt stratégique existe en Suisse, en se ménageant une certaine flexibilité et en sachant attirer la recherche et l’innovation liées à ces nouvelles technologies.
Un nouvel acteur bancaire? Amaël Aubert ne pense pas qu’une banque étrangère serait intéressée par les PME suisses. Est-ce que la population serait prête à faire confiance à une banque étrangère? Laila Cinotti pense que PostFinance pourrait être un nouvel acteur de premier plan. Cette proposition ne suscite pas un grand enthousiasme. Johanna Gapany estime que «cela ne changerait pas la donne, car finalement, PostFinance serait elle aussi soumise aux mêmes règlementations et avec la même mission».
En guise de conclusion, Olivier Mark, nouveau vice-président romand de l’usam, a mis en relief les discussions du lundi et du mardi. Parlant de ce val d’Illiez et du village de Troistorrents dans lequel sa grand-mère était née, de la pauvreté des gens à une époque finalement pas si lointaine, des richesses développées peu à peu dans le tourisme, la construction.
Évoquant les valeurs de qualité et de durabilité qui peu à peu ont émergé dans ce pays. Et qui sont aujourd’hui incarnées par nos précieuses PME. «Malheureusement, une partie de la population nourrit trop de certitudes sur la capacité de résilience de notre économie. Il faut le rappeler: la compétitivité ne tombe pas du ciel. Tout cela se joue sur la durée. Et l’usam est la plateforme la plus puissante pour faire entendre la voix des PME.»
François Othenin-Girard
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