L’initiative pour une place financière durable ne manque pas d’ambition. Portée par une alliance large, regroupant des acteurs du secteur financier, des représentants politiques et des membres de la société civile qui profitent clairement de la durabilité, elle a abouti en mai 2026.
Son objectif est pompeux: contraindre la place financière suisse à discipliner l’économie et pour obtenir au final une augmentation de température climatique limitée à 1,5°C. Aujourd’hui, les investissements et financements helvétiques, notamment dans les énergies fossiles, la déforestation ou l’exploitation du charbon, génèrent des émissions de CO2. L’initiative exige donc que les banques, assurances et autres institutions financières cessent de soutenir les activités nuisibles au climat et à la biodiversité, sous peine de sanctions.
Vendre du vent
Sur le papier, la logique est implacable. Si l’argent est le nerf de la guerre, alors couper les flux financiers vers les industries polluantes devrait, en théorie, accélérer la transition écologique. Pourtant, cette approche soulève une question essentielle: une économie qui ne finance plus les énergies fossiles devient-elle automatiquement plus verte?
La réponse n’est pas aussi évidente qu’il y paraît. Le pétrole, le gaz et le charbon ne disparaîtront pas du jour au lendemain, ni en Suisse ni ailleurs dans le monde. En refusant d’investir dans ces secteurs, ils resteront sales.
Perdre des moyens financiers
Et la Suisse risque de se priver des moyens financiers nécessaires pour développer des solutions propres et innovantes. Les lois, aussi strictes soient-elles, ne suffisent pas à rendre une économie plus durable. Il faut aussi des investissements dans l’innovation, la recherche et le développement de technologies vertes.
Politique industrielle déguisée
L’initiative se présente comme une mesure écologique, mais elle consiste en une politique industrielle pure et dure. Et avec elle pointe la volonté de mettre en place une sorte de capitalisme coordonné par l’État. Les mauvaises allocations en constitueront certainement le résultat visible. En ciblant spécifiquement les acteurs financiers liés aux énergies fossiles, comme les banques ayant des liens avec l’Arabie saoudite, elle semble vouloir orienter les choix économiques du pays vers des secteurs jugés plus vertueux.
Pourtant, cette approche comporte un risque majeur: elle pourrait tout aussi bien manquer sa cible et contribuer à une désindustrialisation massive.
Perte d’influence de la Suisse
Si la Suisse cesse d’investir dans les productions polluantes, celles-ci ne disparaîtront pas pour autant. Elles continueront d’exister, financées par d’autres pays ou acteurs moins scrupuleux sur les questions environnementales. Pire encore, en se retirant de ces secteurs, la Suisse pourrait perdre son influence et sa capacité à orienter les pratiques vers des standards plus durables.
Cette approche pourrait rater sa cible et contribuer à une désindustrialisation massive de la Suisse.
En revanche, nous le sentons bien: une économie compétitive pourrait générer les moyens financiers nécessaires pour le développement d’alternatives propres.
Les lois ne suffisent pas, leur accumulation tend à surcharger les PME et à créer de nouvelles bureaucraties plus coûteuses. Autant dire que l’usam combattra cette initiative.
Mikael Huber, usam