Publié le: 14 août 2026

Mener un examen sans aucun tabou

ASSURANCE-INVALIDITÉ – Les perspectives financières de l’AI sont très sombres. Si aucune mesure n’est prise, ses réserves seront épuisées d’ici à cinq ans. L’AI a besoin d’une réforme en profondeur qui porte sur les dépenses. Il faut clairement rejeter toute augmentation des cotisations salariales.

Les dernières perspectives financières de l’assurance-invalidité sont alarmantes. En 2025, l’AI a enregistré un déficit de répartition de 209 millions de francs. En tenant compte des intérêts dus à l’AVS sur une dette d’environ dix milliards, le déficit pourrait approcher 800 millions en 2030 et 1,2 milliard en 2035. Sans mesures, la fortune de l’assurance serait épuisée dès 2031.

Cette situation ne tombe pas du ciel. Depuis des années, les autorités annoncent que l’AI sera assainie et que sa dette envers l’AVS diminuera progressivement. Ces promesses ne se sont pas réalisées.

Le principe selon lequel «la réadaptation prime la rente» ne suffit pas s’il n’est pas accompagné d’économies, de critères exigeants et d’une correction des incitations.

L’usam avertissait déjà en 2019 que le désendettement annoncé jusqu’en 2030 était irréaliste. Force est de constater que les excédents attendus n’ont jamais été dégagés et qu’aucune stratégie crédible de remboursement n’a été présentée. Aujourd’hui, la dette est toujours là et les déficits se creusent.

Conséquences alarmantes

La hausse des nouvelles rentes accélère cette dégradation. L’AI en a octroyé 25’200 en 2025. La progression touche toutes les classes d’âge, mais elle est particulièrement forte chez les jeunes adultes et les personnes proches de la retraite. Les atteintes psychiques jouent un rôle croissant. Lorsqu’une personne jeune bascule durablement dans la rente, les conséquences sont lourdes sur les plans humain, professionnel et financier. La priorité doit donc rester la réadaptation, mais une réadaptation dont les résultats sont mesurables.

Face à cette évolution, le Département fédéral de l’intérieur veut lancer à l’automne une consultation sur une «réforme d’intégration». Une nouvelle prestation est notamment prévue pour les jeunes de 18 à 25 ans qui disposent d’un potentiel d’intégration, sans être encore prêts à suivre une mesure professionnelle.

Cette orientation va dans la bonne direction si elle contribue réellement à prévenir de nouvelles rentes. Elle ne doit toutefois pas servir de prétexte à une nouvelle extension du catalogue des prestations. Toute mesure supplémentaire devra être ciblée, limitée dans le temps, assortie d’objectifs contraignants et soumise à une évaluation rigoureuse de son rapport coût-utilité.

Il faut surtout tirer les leçons des réformes précédentes. Elles ont amélioré certains instruments d’intégration, mais elles n’ont pas assaini l’assurance. Le principe selon lequel «la réadaptation prime la rente» ne suffit pas s’il n’est pas accompagné d’économies, de critères exigeants et d’une correction des incitations. Le moment est venu d’examiner sans tabou les dépenses, les conditions d’octroi, les prestations accessoires et l’efficacité réelle des mesures financées par l’AI. Pour les jeunes en particulier, la rente doit rester l’ultime recours, après épuisement de toutes les possibilités raisonnables de formation et d’intégration.

Hausse des cotisations salariales: le problème de fond irrésolu

Les PME jouent déjà un rôle important dans l’intégration professionnelle des jeunes et des personnes en difficulté. Elles maintiennent des collaborateurs en emploi, adaptent les postes de travail et rendent possibles des reprises progressives. Elles ont besoin de procédures simples, de décisions rapides et d’une couverture claire des risques. Elles ne doivent en revanche pas devenir les gestionnaires de problèmes médicaux, scolaires ou sociaux qui dépassent leur responsabilité.

Renchérir le travail pour financer des déficits non corrigés reviendrait à faire payer une nouvelle fois les salariés et les entreprises.

Dans ce contexte, l’idée du Conseil fédéral de relever les cotisations salariales de 0,1 à 0,2 point doit être clairement rejetée. Renchérir le travail pour financer des déficits non corrigés reviendrait à faire payer une nouvelle fois les salariés et les entreprises pour l’échec de l’assainissement. Une hausse des cotisations ne réduit aucune nouvelle rente et ne corrige aucune des causes du déséquilibre.

La réforme doit donc commencer par les dépenses: corriger les prestations mal ciblées, renforcer les exigences, améliorer l’exécution et concentrer les moyens sur les mesures qui ramènent effectivement vers l’emploi. Une hausse des cotisations salariales doit être exclue. L’AI a besoin d’une véritable réforme d’assainissement, pas d’une nouvelle ponction sur le travail.

Simon Schnyder, usam

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