L’exportation constitue un levier de croissance essentiel pour de nombreuses PME suisses. Dans un marché intérieur relativement limité, l’accès aux marchés internationaux permet de diversifier la clientèle, d’accroître le chiffre d’affaires, de réaliser des économies d’échelle et de renforcer la compétitivité. La réputation de la Suisse en matière de qualité, de précision et d’innovation constitue un avantage considérable pour ses entreprises. Toutefois, cette ouverture sur le monde expose également les PME à une grande diversité de risques dont la nature varie selon les pays, les régions et les secteurs d’activité. Une démarche structurée de gestion des risques est donc indispensable pour assurer un développement international durable.
Le risque commercial est le premier auquel est confronté un exportateur. Il concerne la capacité ou la volonté du client étranger à respecter ses engagements financiers. Les retards de paiement, les défauts de paiement ou les faillites peuvent fragiliser rapidement une PME dont les ressources financières sont limitées.
Ce risque varie fortement selon les marchés. En Europe occidentale, les cadres juridiques sont généralement solides, mais les procédures de recouvrement peuvent demeurer longues. Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, les délais de paiement dépassent fréquemment les échéances contractuelles et l’accès aux informations financières sur les entreprises reste parfois limité. En Amérique latine, notamment au Brésil ou en Argentine, les fluctuations économiques peuvent rapidement détériorer la solvabilité des entreprises. Dans certains marchés émergents d’Asie, il peut également être difficile d’obtenir des informations fiables sur la santé financière d’un partenaire commercial.
Le risque de change constitue une préoccupation permanente pour les entreprises suisses. Les coûts de production étant majoritairement libellés en francs suisses alors que les ventes sont souvent réalisées en euros, en dollars américains, en livres sterling ou en monnaies locales, les variations des taux de change peuvent affecter fortement la rentabilité des contrats.
Une appréciation du franc suisse face à l’euro pénalise les exportations vers les pays de l’Union européenne, principal partenaire commercial de la Suisse. Les fluctuations du dollar influencent les échanges avec les États-Unis, le Canada, de nombreux pays d’Asie ainsi que les marchés pétroliers du Moyen-Orient. Certaines monnaies présentent une volatilité beaucoup plus importante, comme la livre turque, le peso argentin, le naira nigérian ou le rand sud-africain, ce qui complique considérablement la fixation des prix et la planification financière.
Les événements politiques constituent une source croissante d’incertitude pour les exportateurs. Les conflits armés, les changements de régime, les sanctions économiques, les restrictions commerciales ou les nationalisations peuvent empêcher l’exécution normale d’un contrat.
La guerre en Ukraine a profondément modifié les flux commerciaux en Europe orientale et entraîné des sanctions économiques contre la Russie. Au Moyen-Orient, les tensions régionales peuvent perturber les routes maritimes reliant l’Europe à l’Asie via le canal de Suez. En Afrique, certains pays connaissent une instabilité politique chronique susceptible de remettre en cause les investissements étrangers. En Asie, les tensions en mer de Chine méridionale ou autour de Taïwan constituent un facteur de risque majeur pour les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs et de l’électronique.
Les risques règlementaires et douaniers: chaque pays applique ses propres règles en matière d’importation, de certification, de fiscalité et de conformité technique.
Une mauvaise connaissance de ces exigences peut entraîner des retards importants, des coûts supplémentaires ou le blocage des marchandises à la frontière.
L’Union européenne impose des normes très strictes en matière de sécurité des produits, de protection de l’environnement et de traçabilité. Les États-Unis appliquent des règlementations spécifiques selon les secteurs, notamment dans les domaines pharmaceutique, alimentaire et médical. La Chine exige souvent des certifications locales ainsi que des procédures administratives complexes. Les pays du Conseil de coopération du Golfe disposent également de leurs propres normes techniques et de certification. En Amérique latine, les formalités douanières peuvent varier sensiblement d’un pays à l’autre, rendant indispensable une préparation documentaire rigoureuse.
Les chaînes logistiques internationales sont devenues plus vulnérables aux événements géopolitiques, climatiques et économiques. Les retards de transport, les ruptures d’approvisionnement ou la hausse des coûts logistiques peuvent compromettre les délais contractuels.
Les perturbations observées durant la pandémie de Covid-19 ont montré la dépendance des entreprises vis-à -vis du transport maritime asiatique. Les congestions portuaires aux États-Unis, les sécheresses affectant le canal de Panama ou les attaques contre les navires en mer Rouge ont démontré qu’un incident local pouvait avoir des répercussions mondiales. Les catastrophes naturelles, telles que les séismes au Japon, les inondations en Asie du Sud-Est ou les cyclones dans l’océan Indien, peuvent également interrompre temporairement les chaînes d’approvisionnement.
Le droit applicable aux contrats internationaux diffère considérablement selon les pays. Les règles relatives aux garanties, à la responsabilité, à la propriété des marchandises ou au règlement des litiges ne sont pas harmonisées.
Les pays européens offrent généralement une sécurité juridique élevée. À l’inverse, dans certains marchés émergents, les procédures judiciaires peuvent être longues, coûteuses ou difficiles à faire exécuter. Aux États-Unis, les risques liés aux contentieux civils et aux demandes de dommages-intérêts sont souvent plus importants qu’en Europe. En Chine ou dans certains pays du Moyen-Orient, les différences culturelles et juridiques imposent une rédaction particulièrement précise des contrats ainsi que le recours fréquent à l’arbitrage international.
Les risques culturels: la réussite d’une stratégie d’exportation dépend aussi de la capacité de l’entreprise à comprendre les pratiques commerciales locales.
Les négociations en Allemagne privilégient généralement la précision et le respect strict des engagements contractuels. Au Japon, les décisions sont souvent prises de manière collective et nécessitent davantage de temps. En Chine, la qualité des relations personnelles («guanxi») joue un rôle déterminant dans les affaires. Dans les pays du Golfe, les relations de confiance et le respect des usages culturels sont essentiels. En Amérique latine, les contacts directs et les relations humaines occupent souvent une place plus importante que les procédures formelles.
Une mauvaise compréhension de ces différences peut ralentir les négociations, créer des malentendus ou compromettre des partenariats prometteurs.
Les risques liés à la conformité: les exigences internationales en matière de conformité se sont fortement renforcées ces dernières années. Les entreprises doivent respecter les règles relatives à la lutte contre la corruption, au blanchiment d’argent, aux sanctions internationales, au contrôle des exportations, à la protection des données et aux droits humains dans les chaînes d’approvisionnement.
Les États-Unis appliquent certaines règlementations de manière extraterritoriale, ce qui peut concerner des entreprises suisses. L’Union européenne développe progressivement des exigences de diligence raisonnable en matière de durabilité. Plusieurs pays imposent également des contrôles spécifiques sur les biens à double usage, les technologies sensibles ou certains équipements industriels.
Les risques liés à la propriété intellectuelle: les PME innovantes sont particulièrement exposées aux risques de copie ou de contrefaçon. La protection juridique des brevets, marques et dessins industriels varie fortement d’un pays à l’autre.
Si la protection est généralement élevée en Europe, en Amérique du Nord, au Japon ou en Corée du Sud, les risques de contrefaçon demeurent importants dans certains marchés où les contrôles sont moins rigoureux. Pour les entreprises suisses spécialisées dans les machines, les dispositifs médicaux, les technologies de pointe ou les produits de luxe, la protection préalable de la propriété intellectuelle constitue une étape indispensable avant toute commercialisation.
Les risques liés aux partenaires locaux: le choix d’un distributeur, d’un importateur ou d’un agent commercial est souvent déterminant pour réussir sur un marché étranger. Un partenaire insuffisamment qualifié, financièrement fragile ou peu transparent peut compromettre plusieurs années d’efforts commerciaux.
Dans certains pays émergents, les réseaux de distribution restent très fragmentés et les informations financières, difficiles à obtenir. Une analyse préalable («due diligence»), des visites sur place ainsi que des références solides permettent de réduire considérablement ce risque.
Les risques financiers: l’exportation mobilise des ressources financières importantes. Les entreprises doivent financer la production, le transport, les assurances, les formalités douanières ainsi que des délais de paiement souvent plus longs que sur le marché national.
Les marchés éloignés, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili ou l’Afrique australe nécessitent des délais logistiques plus importants qui augmentent les besoins en fonds de roulement. Les fluctuations des taux d’intérêt internationaux peuvent également renchérir le coût du financement.
La maîtrise des risques: un facteur de compétitivité Face à cette diversité de risques, les PME suisses disposent de nombreux outils de gestion: analyse préalable des marchés, assurance-crédit, crédits documentaires, garanties bancaires, couverture du risque de change, diversification géographique, rédaction rigoureuse des contrats, veille règlementaire et sélection minutieuse des partenaires locaux.
Les organismes suisses d’accompagnement à l’exportation, les banques, les assurances spécialisées et les chambres de commerce offrent également un soutien précieux pour préparer les opérations internationales.
Gestion professionnelle des risques: l’exportation demeure une formidable opportunité de développement pour les PME suisses, mais elle exige une gestion professionnelle des risques. Ceux-ci diffèrent selon les continents et les pays: stabilité règlementaire en Europe, volatilité monétaire en Amérique latine, enjeux géopolitiques au Moyen-Orient, risques logistiques en Asie, défis institutionnels dans certaines régions d’Afrique ou exigences juridiques particulières en Amérique du Nord. Les entreprises qui intègrent ces spécificités dans leur stratégie internationale disposent d’un avantage concurrentiel durable.
Dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques, la transformation numérique, les exigences croissantes en matière de durabilité et l’évolution rapide des règlementations, la gestion des risques n’est plus seulement un outil de protection: elle constitue un véritable facteur de création de valeur et un élément essentiel de la compétitivité internationale des PME suisses.
Faites-nous part de vos expériences: f.othenin-girard@sgv-usam.ch
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