Publié le: 4 septembre 2026

Ciment: ce liant incontournable

CEMSUISSE – L’Association suisse de l’industrie du ciment est confrontée à une profonde mutation. Depuis 1990, le secteur a réduit de moitié ses émissions de CO2 en investissant dans l’économie circulaire, les nouvelles technologies et en misant surla neutralité carbone. Elle a besoin d’un cadre règlementaire fiable et de conditions de concurrence équitables face à l’étranger.

Sans ciment, rien n’est possible: les infrastructures performantes, les fondations solides ou les barrages seraient inconcevables. Il y a plus de 1900 ans, les Romains construisaient le Panthéon avec de l’opus caementitium – et il est toujours debout aujourd’hui. «L’attrait pour ce matériau de construction ne faiblit pas», lance Stefan Vannoni, directeur de cemsuisse. Dans les économies modernes, le ciment est indispensable. Le développement des infrastructures ferroviaires et routières en consomme des millions de tonnes. Un pont d’autoroute ou un tunnel du Gothard en argile ou en bois est tout simplement inimaginable. À lui seul, le deuxième tube du tunnel du Gothard a nécessité environ 300’000 tonnes de ciment.

«De tels grands projets montrent qu’un approvisionnement national stable en ciment est également un facteur de sécurité nationale. Cette indépendance revêt une grande valeur, surtout en ces temps d’incertitude mondiale», souligne notre interlocuteur. Près de la moitié du ciment est utilisé dans le génie civil. Les pouvoirs publics – Confédération, cantons et communes – en sont donc les principaux acheteurs. Les volumes de livraison de l’industrie cimentière suisse sont remarquablement stables depuis des décennies.

En 2025, le volume de livraison a augmenté d’environ 4% par rapport à l’année précédente, pour atteindre 3,7 millions de tonnes. Parallèlement, le secteur est totalement indépendant des matières premières étrangères. «Cela rend l’industrie cimentière suisse particulièrement résistante aux crises et robuste, précise-t-il. À l’avenir aussi, nous devrons rester indépendants.»

Vers la neutralité carbone

La réduction des émissions de CO2 est un enjeu majeur pour l’industrie du ciment. Le secteur est confronté à un défi particulier: la fabrication du ciment génère naturellement du CO2 lors de la calcination du calcaire et de la marne. «Une grande partie de ces émissions est inévitable dans le cadre du processus. Les technologies de captage du CO2 sont donc essentielles pour poursuivre la décarbonisation», explique Stefan Vannoni. Le secteur a néanmoins déjà réduit de moitié ses émissions depuis 1990. Cette baisse est principalement due à l’utilisation accrue de combustibles alternatifs et à la réduction de la part de clinker. (N.d.l.r: le clinker est le composant de base indispensable, sous forme de granulés, obtenu en cuisant du calcaire et de l’argile à 1450 °C.)

Environ 80% des combustibles utilisés aujourd’hui proviennent de sources alternatives. En 2025, environ 97% des livraisons de ciment concerneront des ciments à teneur réduite en clinker. L’industrie suisse du ciment joue ainsi un rôle de pionnière au niveau international.

Les technologies de capture et de stockage du CO2 (CSC) sont indispensables à la poursuite de la décarbonisation. On prévoit à cet effet des investissements d’environ 500 millions de francs par cimenterie. Parallèlement, il faut mettre en place une infrastructure à l’échelle nationale pour le transport et le stockage à long terme du CO2. «La réalisation de l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050 dépend donc d’un cadre règlementaire fiable et de la mise en place rapide de cette infrastructure, indique ce directeur, le CSC est un projet de longue haleine qui ne peut aboutir que grâce à la collaboration entre l’industrie et l’État. De plus, le temps presse.»

Pour réaliser les investissements nécessaires, le secteur a besoin de sécurité en matière de planification et d’investissement. «En matière de climat, nous avons besoin de solutions pragmatiques et efficaces qui favorisent l’innovation entrepreneuriale», souligne-t-il. Cela passe par une concurrence équitable. La hausse des prix du CO2 renchérit la production en Suisse. «Nous avons besoin d’être sur un pied d’égalité avec les producteurs étrangers.» Une compensation douanière pour le ciment, débattue au Parlement, lui semble nécessaire.

Économie circulaire

L’industrie suisse du ciment remplace le clinker par des produits de substitution comme l’argile calcinée. La Suisse est leader du recyclage: jusqu’à 85% du béton issu de la démolition est réutilisé. La branche teste des procédés permettant d’enrichir de manière ciblée les granulats de béton en CO2. Le béton de démolition devient un réservoir de CO2.

Le ciment doit répondre aux exigences les plus strictes en matière de qualité, de résistance et de durabilité. Le secteur contribue à l’élimination des substances problématiques. Les composés PFAS peuvent être pratiquement entièrement détruits dans les fours des cimenteries, où la température peut atteindre 2000 degrés. Il existe un potentiel supplémentaire au niveau des combustibles. Aujourd’hui, l’industrie cimentière utilise 80% de combustibles alternatifs, pneus usagés, huiles, plastiques et biomasse. L’accès à ces combustibles est déterminant pour la poursuite de la décarbonisation. En Suisse, les combustibles appropriés sont éliminés dans des usines d’incinération de déchets de droit public ou, dans certains cas, mis en décharge. La valorisation à la fois matérielle et énergétique – et donc sans résidus – devrait donc être systématiquement facilitée par les autorités.»

Production suisse sous pression

L’industrie du ciment, gourmande en énergie, consomme aujourd’hui environ 1% de l’électricité suisse. À l’avenir, les installations de capture du carbone nécessiteront plusieurs fois plus d’électricité supplémentaire sans émissions de CO2. Il n’est pas certain que ces quantités soient disponibles compte tenu de la hausse des besoins en électricité. La pression concurrentielle internationale s’intensifie. Si les coûts augmentent en Suisse et dans l’UE à cause de la règlementation et du système d’échange de quotas d’émission, alors que les producteurs de pays tiers ne supportent pas ces charges, la production risque d’être délocalisée à l’étranger. Cela mettrait en péril la sécurité d’approvisionnement, les emplois et, en fin de compte, la protection du climat.

L’enjeu financier est considérable: «Pour continuer à produire en Suisse d’ici 2034 avec les objectifs climatiques, le secteur devra débourser jusqu’à un milliard de francs», lance Stefan Vannoni. Ce chiffre n’inclut pas les investissements dans les nouvelles technologies climatiques. «Il est essentiel de pouvoir continuer à produire de manière compétitive à l’avenir», rappelle-t-il. Le chemin vers la neutralité carbone d’ici 2050 est semé d’embûches.

Pourtant, les cimenteries suisses figurent parmi les leaders mondiaux dans le développement de ciments à faibles émissions de CO2. Le secteur est confiant quant à sa capacité à relever ce défi historique, à condition que les responsables politiques s’engagent clairement en faveur de la place industrielle suisse et mettent en place les conditions-cadres nécessaires.

Corinne Remund

www.cemsuisse.ch/fr

coup de projecteur

Le ciment est un liant indispensable à la fabrication du béton. Cette poudre grise est principalement composée de calcaire calciné, d’argile ou de marne. Avec de l’eau, une réaction chimique: la phase de prise commence et la masse se solidifie de manière définitive. Associé au sable et au gravier, le ciment finit par se muer en béton, le matériau de construction le plus important au monde. La Suisse étant géologiquement riche en calcaire et en marne, l’industrie cimentière nationale peut couvrir 100% de ses besoins en matières premières à partir de ressources locales. Après l’extraction, la roche est cuite dans de grands fours industriels à des températures élevées avoisinant les 1450 °C. Ce processus thermique donne naissance à ce qu’on appelle le clinker, qui est déterminant pour la résistance et la durabilité du béton final: cette réaction chimique dans le four est indissociable de la fabrication du ciment et, par la nature même du procédé, libère inévitablement du CO2. CR

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