Publié le: 4 septembre 2026

L’atout romand aux mondiaux en Chine

MENUISERIE – En compagnie de son coach Loïc Santschi, Augustin Mettraux tentera sa chance à Shanghai aux mondiaux des métiers (WorldSkills), au sein d’une délégation suisse qui compte 42 jeunes talents. Basés à La Sagne (NE), les deux menuisiers nous parlent de leur préparation et de ce que cette recherche d’excellence apporte à la vie de tous les jours.

On se serait attendu à les trouver nerveux, chrono en main, transpirants, stressés. Pas le moins du monde! Détendus, souriants, ouverts à la discussion, la zen attitude prévaut (pour l’heure) chez Augustin Mettraux et Loïc Santschi, tous deux menuisiers ébénistes de leur état et Neuchâtelois. Le public romand suivra leurs tribulations en Chine dans une quinzaine de jours!

C’est à La Sagne (NE) que nous les avons rencontrés mi-août, et pour une bonne raison: après avoir remporté les championnats suisses, Augustin Mettraux fera partie de la délégation suisse (42 jeunes talents dont une Romande et deux Romands) aux prochains WorldSkills. Le mondial des métiers se déroulera à Shanghai du 22 au 27 septembre prochain.

Quant à Loïc Santschi, lui aussi grand compétiteur au niveau mondial (médaille d’excellence pour une cinquième place aux WorldSkills de Lyon en 2024), il a accompagné Augustin Mettraux durant toute la phase de préparation. Et bien sûr, il sera à ses côtés durant l’épreuve marathonienne qui fait alterner sur trois jours et demi (22 heures de travail) phases de stress et accalmies dans le mental des candidats qui tenteront de rester dans leur bulle face à un public avide de spectacle.

Entraînement en mode autonome

Comment se sont-ils rencontrés? «C’est lors des championnats cantonaux en novembre 2024 que j’ai remarqué les talents d’Augustin», se souvient Loïc. «Je l’ai aidé à se préparer pour les championnats romands et il s’est qualifié pour les championnats suisses, qu’il a ensuite gagnés.»

Les préparatifs pour Shanghai ont débuté en mars. La méthode a déjà fait ses preuves, puisque trois Neuchâtelois ont déjà pris part à cette compétition. À cet égard, la connaissance précise du terrain compétitif sera une clé pour offrir une nouvelle médaille à la Suisse. «Augustin s’entraîne de manière autonome, je lui donne des tâches à réaliser en m’inspirant des informations disponibles et des épreuves réalisées lors des éditions précédentes», indique Loïc. «Si la base est la même, la réalisation varie chaque fois, comme quand on interprète de différentes façons un morceau de musique», sourit celui qui est aussi musicien à ses heures.

Technique et mental

«Je travaille selon des horaires standard et m’entraîne le matin et aussi l’après-midi: je travaille 42 heures par semaine ou plus», résume le candidat. «Nous discutons à midi ou le soir des différentes tâches réalisées en évaluant les points positifs et les points négatifs. J’ai passé pas mal de temps à isoler des techniques pour lesquelles j’avais un potentiel d’amélioration, puis à m’exercer de manière plus spécifique, comme sur des structures en trois dimensions.»

Mais comment nos compères parviennent-ils à être aussi détendus à un mois de l’épreuve? En partie parce qu’il y a un souci de moins: «La caisse à outils est partie le 12 août dernier», annonce Augustin, visiblement soulagé. «Nous avons commencé dès mi-juillet à sélectionner et préparer des outils qui doivent être soigneusement et longuement affûtés.» Il y a aussi les gabarits qui facilitent le travail avec les machines. Sans oublier ces dernières. «La préparation de la caisse à elle seule nous a pris une bonne semaine et demie.»

Envoyer une caisse de 1,5 m3 en Chine exige des talents particuliers qui, sans être récompensés par des points au concours, pourraient créer de grandes complications. «Les douanes chinoises n’acceptent pas certains aérosols ni certaines colles et limitent le type de batteries que nous pouvons prendre avec nous, ce qui pose une contrainte sur le type d’appareils que nous pouvons emmener», explique-t-il. «Les limites sur les batteries s’appliquent aussi à nos bagages et en plus, nous ne pouvons pas emmener de nourriture avec nous.»

Juste un aperçu la veille

Il leur faudra donc se débrouiller sur place avec les produits chinois. «Nous arriverons à Shanghai une semaine avant pour nous acclimater et atténuer les effets du décalage horaire», anticipe Loïc. Deux jours avant, soit la veille de la cérémonie d’ouverture, nous découvrirons l’espace de travail, mettrons en place les outils et testerons nos machines. Et à la fin de la journée, les organisateurs nous montreront à quoi ressemblera l’objet final, une photo ou un aperçu.»

Un moment important qui fera sans doute remonter la tension de quelques crans. «Personne ne pourra dire à ce moment-là comment il faudra le réaliser, car nous ne recevrons pas les plans. Cela servira juste à nous empêcher de dormir», sourit Augustin.

Le calcul des points

Les difficultés réelles sont ailleurs. Tout l’entraînement vise à récolter le maximum de points selon des critères bien définis. Les experts prennent en compte les assemblages intérieurs et extérieurs, la qualité du ponçage, la précision des mesures, et ils examineront avec soin l’épure, une sorte de plan redessiné par le candidat sur une planche.

«Lors d’un concours, nous travaillons de manière totalement différente de ce que nous faisons dans la vie de tous les jours. Les pièces de bois doivent être parfaites à l’intérieur, avec un niveau de précision qui dépasse toutes les exigences normales. Avant d’assembler une pièce, nous devons montrer le travail aux experts.»

Se réinventer dans l’épreuve

Une compétition de trois ou quatre jours, cela force l’admiration. «C’est long et il faut tenir le coup. C’est un peu un marathon. Je l’ai testé en temps réel lors d’une semaine à Colombier», lance Augustin qui pratique «d’autres sports d’endurance», comme la course à pied. Et une activité favorisant la concentration et la patience, le tir sportif.

Un coach mental est mis à disposition par les organisateurs suisses, la fondation SwissSkills, qui patronne toute l’expédition. «Il nous aide surtout pour tout ce qui relève de la respiration, de la visualisation, en nous donnant de petits tips», indique Augustin. «Mais je pense que sur place, ce qui sera important, ce sera d’alterner les phases de travail rapide et celles où l’on peut prendre un peu de recul et lutter contre le stress, se reconcentrer, réfléchir à la suite de la fabrication.»

Le tout, enfin, consiste à ne pas se laisser démonter en cas de petite erreur et à garder le cap en trouvant des solutions créatives. «Un concours permet de réinventer des manières de faire», ajoute Loïc. «C’est certainement une compétence dans la résolution de problèmes que nous utilisons souvent dans notre métier. Reste que le concours est une chose et satisfaire les clients par la qualité dans la vie de tous les jours en est une autre!»

François Othenin-Girard

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