Publié le: 4 septembre 2026

L’innovation ne naît pas dans les laboratoires

MANAGEMENT PAR L’APPRENTISSAGE – Accepter les erreurs, s’ouvrir au marché, encourager ceux qui sortent des sentiers battus: voilà comment rendre votre entreprise plus agile et donc plus attractive pour les professionnels qualifiés.

Imaginez: le directeur des RH sur un chantier, casqué, met la main à la pâte sur un projet client. Cela vous semble inhabituel? C’est précisément ce qui assure la pérennité des entreprises. Depuis 15 ans, la Suisse est l’économie la plus innovante au monde. Grâce à des inventions géniales des labos et aussi parce que dans ce pays on s’efforce en permanence d’apporter des améliorations à petite échelle – sous l’impulsion de collaborateurs qui remettent les choses en question. Cette attitude s’apprend – dans chaque entreprise.

L’erreur, matière première

Quand les erreurs sont sanctionnées, les idées s’éteignent. Quand les erreurs sont vues comme une matière première pour l’apprentissage, elles s’épanouissent. Après une erreur, ne demandez pas qui est responsable mais ce que nous avons appris. Cela nécessite un climat de sécurité psychologique: les collaborateurs doivent sentir que l’écoute prime sur le jugement. Une simple phrase fait des merveilles: «Bonne idée, testons-la.»

Dans chaque entreprise, certaines personnes suscitent de l’agacement en ne cessant de demander pourquoi on fait les choses ainsi et non autrement. Appelons-les les briseurs de schémas. Au lieu de les rabaisser, offrez-leur un terrain de jeu: un temps clairement défini et une marge de manœuvre pour leurs idées. C’est précisément dans le cadre de l’utilisation des outils d’IA qu’il faut aujourd’hui plus que jamais de telles marges de manœuvre – et des dirigeants qui les préservent au lieu de les étouffer.

Vent frais, idées nouvelles

Pourquoi ne pas laisser un membre de la R&D participer à la prochaine présentation client? Quiconque fait l’expérience directe des pressions du marché et des attentes des clients remet automatiquement en question les habitudes. De telles interventions «guérilla» bousculent positivement l’esprit d’entreprise et obligent à repenser les choses. Laissez-vous suffisamment d’air du marché entrer dans vos bureaux? Le plus grand atout des PME: des circuits décisionnels courts. Tirez-en parti. Donnez plus de liberté à votre équipe, au lieu de faire passer chaque idée par toute la hiérarchie. Ceux qui sont proches du client prennent souvent de meilleures décisions que n’importe quel bureau de direction.

Deux mains sur le volant

Un bon dirigeant ne pense pas en noir et blanc. Il évolue dans les zones grises, s’ouvre aux autres disciplines et aux différents besoins.Il explore la nouveauté en s’appuyant sur ce qui a fait ses preuves, fait place au chaos créatif tout en instaurant une structure.

Les dirigeants deviennent des accompagnateurs d’apprentissage, et cela ne se voit pas par des mots, mais par des rituels. Récompensez la «bévue du mois» – publiquement, avec un clin d’œil. Partagez les offres refusées avec l’équipe et demandez- leur pourquoi. Parlez de vos propres échecs au lieu de les passer sous silence. Un dirigeant qui admet qu’il a encore des choses à apprendre s’intègre au groupe au lieu de se poser en figure d’autorité – et rend les erreurs acceptables. Ce n’est pas une diapositive dans une présentation, mais une pratique quotidienne.

L’innovation dès aujourd’hui

Un management axé sur l’apprentissage, ce n’est pas plus de budget, mais plus de courage. Accepter les erreurs, s’ouvrir au marché, encourager ceux qui sortent des sentiers battus. En devenant plus agile, plus attractif pour les professionnels qualifiés et prêt pour l’avenir. L’innovation ne naît pas dans les labos, mais dès la prochaine rencontre avec vos équipes.

Stephanie Kaudela-Baum*

* Prof. Dr. Stephanie Kaudela-Baum, codirectrice du Centre de compétences en développement d’entreprise, gestion et RH de la Haute école d’économie de Lucerne (HSLU).

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