Publié le: 4 septembre 2026

La tentation ou la discipline?

FINANCES FÉDÉRALES – La Confédération budgète un excédent surprise de deux milliards de francs pour l’année 2026, alors qu’un déficit était prévu. Cette manne financière doit être mise à profit pour rééquilibrer les finances publiques, sans alourdir la charge fiscale.

Au cours de l’été 2026, la Confédération a déjà enregistré un afflux inattendu de deux milliards de francs provenant des impôts sur les bénéfices des entreprises prélevés par les cantons. Ce montant, nettement supérieur aux prévisions, renforce une tendance observable depuis plusieurs mois déjà. Le Département fédéral des finances (DFF) n’avait toutefois pas anticipé cette hausse, ce qui met en évidence les limites de la planification budgétaire face à un certain manque de transparence des finances cantonales.

Ce phénomène n’est pas un cas isolé. À Genève, une hausse exceptionnelle des recettes fiscales avait surpris les observateurs. D’autres cantons profitent eux aussi de cette croissance inattendue. Cette imprévisibilité complique la tâche de la Confédération, qui peine à adapter ses prévisions.

Élément d’une stratégie?

Face à cet excédent soudain, la pression politique s’intensifie. Les sociaux-démocrates, par exemple, critiquent vivement le DFF pour avoir systématiquement sous-estimé les recettes. Selon eux, cette pratique, qui a entraîné des coupes budgétaires dans l’éducation, les investissements climatiques et la coopération internationale, s’inscrit dans une stratégie idéologique.

En réalité, dans le cadre du plan d’assainissement budgétaire adopté lors de la session d’hiver 2025 et de celle du printemps 2026, le Parlement a approuvé de plus légères augmentations du budget que prévues par rapport au plan financier, ce qui se matérialise par des réductions d’environ 1,4 milliard de francs en 2027, 1,9 milliard en 2028 et près de 2 milliards en 2029.

Il convient de rappeler que ce que certains qualifient de «coupes budgétaires» ne sont en réalité que des augmentations moins importantes – le budget continue d’augmenter. Il n’est pas encore question d’un gel des dépenses visant à élargir la marge de manœuvre militaire. La motion récemment déposée par Hans Wicki, conseiller aux États de Nidwald, va dans ce sens.

Ne pas céder à la tentation

Au lieu de céder à la tentation d’augmenter les dépenses, il est désormais impératif de maintenir la discipline budgétaire et le contrôle des dépenses. La priorité doit être de rééquilibrer les finances publiques sans recourir à de nouvelles taxes. Et le faire tout en mettant particulièrement l’accent sur les domaines de la sécurité et de la défense ainsi que sur la restructuration des assurances sociales afin d’en garantir la viabilité.

De tels objectifs ont été trop longtemps négligés. L’avenir économique et géopolitique incertain exige que les autorités se réservent une marge de manœuvre pour faire face à de futures crises. Pendant deux décennies, la Suisse a vécu dans l’illusion que les États-Unis ou l’OTAN garantiraient la sécurité de l’Europe. Les récents bouleversements géopolitiques ont toutefois réduit ce dogme à néant. Aujourd’hui, il est impératif que notre pays reprenne en main sa souveraineté en matière de défense, d’autant que sa petite taille complique la négociation d’accords sur les équipements militaires.

Ces recettes fiscales inattendues offrent une occasion unique d’investir dans ce domaine. Elles ne doivent toutefois pas être considérées comme acquises: une part importante provient en effet de grandes entreprises, dont la présence en Suisse n’est pas garantie sur le long terme.

Le risque de surrèglementation

Il faut le rappeler. Cet équilibre est fragile, car le cadre règlementaire en Suisse s’est récemment durci. L’augmentation de la charge administrative (lire p.2), des coûts de mise en conformité et de la bureaucratie pèse sur les entreprises, en particulier sur les PME, qui constituent le fondement de l’économie suisse. Si cette tendance devait se poursuivre, elle aurait des conséquences désastreuses pour les finances publiques, l’emploi et la compétitivité.

Gestion prudente des excédents

La Suisse doit donc renforcer sa discipline budgétaire en réexaminant systématiquement ses dépenses sans alourdir la charge fiscale. Elle doit le faire en investissant dans la sécurité et la défense afin de garantir son autonomie stratégique. Et surtout, elle doit s’efforcer de simplifier le cadre règlementaire afin de préserver l’attractivité du pays pour toutes les entreprises.La hausse inattendue des recettes fiscales est une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas servir de prétexte à un assouplissement de la politique budgétaire. L’heure n’est pas aux dépenses inconsidérées, mais à une gestion prudente de ces excédents. Mikael Huber, usam

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