Avec le débat sur de nouvelles centrales, le nucléaire est revenu sur le devant de la scène. Pour la plupart, le mot évoque d’abord l’électricité, de grandes infrastructures et des tours de refroidissement. Pourtant, il existe un autre nucléaire, plus discret: celui qui aide à détecter des maladies et, de plus en plus, à les traiter.
Ce domaine concerne directement de nombreuses PME. Entre la recherche fondamentale et le patient s’étend toute une chaîne de valeur: biotechs, producteurs de substances radioactives, fabricants d’appareils et de systèmes de mesure, spécialistes de la logistique, mais aussi cabinets et centres médicaux privés. Toute une économie de niche s’est développée autour de ces applications.
Innovation en continu
L’utilisation de substances radioactives en médecine n’est pas nouvelle. On connaît leur rôle dans l’imagerie, qui permet de rendre visibles certains processus dans l’organisme. Mais la médecine nucléaire va aujourd’hui plus loin. Une molécule capable de reconnaître une cellule tumorale peut aussi servir de «véhicule» pour transporter jusqu’à elle un isotope radioactif, qui agit alors sur la tumeur en épargnant autant que possible les tissus sains.
La Suisse dispose déjà d’une infrastructure solide. En 2025, elle comptait 38 centres reconnus pratiquant l’imagerie PET, qui permet de visualiser précisément l’activité de certains tissus. Elle dispose aussi de six cyclotrons, des accélérateurs qui produisent notamment certains isotopes médicaux, auxquels s’ajoutent les compétences du PSI, du CERN, des hautes écoles et des hôpitaux.
Une dépendance délicate
Cette infrastructure ne suffit toutefois pas à assurer l’autonomie de la Suisse. Pour certains isotopes médicaux, notre pays dépend encore de producteurs étrangers. Une dépendance sensible, car certains isotopes se désintègrent en quelques heures ou quelques jours et ne peuvent être ni stockés longtemps ni acheminés sans contraintes.
Le développement de nouvelles installations nucléaires pourrait offrir une opportunité supplémentaire.
Le développement de nouvelles installations nucléaires pourrait dès lors offrir une opportunité supplémentaire: conçues en conséquence, certaines pourraient contribuer à la production d’isotopes médicaux en Suisse. Une telle capacité renforcerait la sécurité d’approvisionnement et consoliderait un écosystème dans lequel notre pays dispose déjà de compétences de premier plan.
Conditions-cadres: l’enjeu
Dans ce contexte, les conditions-cadres sont essentielles. Les produits radiopharmaceutiques relèvent à la fois du droit des médicaments, de la recherche clinique et de la radioprotection. Ces exigences ont leur raison d’être, mais elles doivent rester adaptées aux risques réels et aux particularités de ces produits. Ce qui est gérable pour un grand groupe peut devenir un obstacle lourd pour une petite biotech ou un prestataire spécialisé. Une règlementation disproportionnée peut ainsi freiner l’innovation avant même qu’elle n’atteigne le patient. Le financement peut lui aussi devenir un frein. Avec Tardoc et les nouveaux forfaits ambulatoires, un traitement très spécialisé peut être mal rémunéré si ses coûts réels sont insuffisamment pris en compte. Une thérapie médicalement pertinente et innovante risque alors d’être écartée parce que la structure tarifaire la rémunère mal, alors même que son rapport coût-bénéfice global pourrait être très favorable.
La médecine nucléaire reste un univers spécialisé. Mais elle en dit long sur notre politique de la santé. Les technologies d’avenir ne se décrètent pas. Elles sont le fruit de la recherche, de l’innovation et de l’esprit d’entreprise.
Une règlementation disproportionnée peut freiner l’innovation avant même qu’elle n’atteigne le patient.
La Suisse dispose d’un excellent terreau pour cela. À elle de créer les conditions-cadres qui permettent à ce potentiel de se réaliser, aux entreprises d’investir et aux innovations qui font leurs preuves de parvenir jusqu’au patient.
Simon Schnyder, usam