«Nos collaborateurs sont inquiets», lance Daniel Bussmann. Il est propriétaire de la société Bugano AG, située à Neudorf, dans le canton de Lucerne. Cette PME est l’un des deux derniers fabricants de «volcans» en Suisse et commercialise également des articles pyrotechniques importés.
La raison de cette inquiétude est fondée: le 29 novembre, la Suisse se prononcera sur une interdiction nationale des feux d’artifice. L’initiative vise à interdire l’utilisation et la vente de feux d’artifice sur l’ensemble du territoire suisse – et pèse comme une épée de Damoclès sur la société Bugano AG: plus aucuns feux d’artifice tirés le 1er août ou au réveillon du Nouvel An. Plus de feux d’artifice pour célébrer un mariage ou la promotion d’un club sportif. Le ciel s’assombrirait en cas de vote positif.
Le cauchemar et 27 emplois
«Si le oui devait l’emporter, nous devrions fermer notre PME. Ce n’est pas seulement son existence qui est en jeu, mais aussi celle de ses emplois. Nos 27 collaborateurs perdraient tous leur emploi. Certains travaillent déjà depuis 25 ans dans l’entreprise.» L’avenir du site et des bâtiments de l’entreprise est tout aussi incertain. «Nous nous trouvons dans une zone spéciale, et la commune devrait probablement modifier le zonage de notre site, si tant est qu’elle soit disposée à le faire.»
L’entreprise teste sur place ses feux d’artifice. Elle emploie un chimiste qui met au point le mélange adéquat pour offrir un bel effet visuel. De plus, l’entreprise dispose d’un important stock d’articles pyrotechniques, pour lesquels elle a payé des droits de douane à l’importation et obtenu les autorisations nécessaires. «Il est fort possible que nous devions détruire plusieurs tonnes de matériel.»
Les feux d’artifice sont considérés comme des marchandises dangereuses et sont soumis à une règlementation stricte. L’Office fédéral de la police (Fedpol) contrôle l’entreprise deux fois par an. «Qui achètera encore nos produits si une interdiction entrait bientôt en vigueur?» Des investissements de plusieurs centaines de milliers de francs dans ces produits seraient anéantis d’un seul coup.
Tout un secteur menacé
De nombreux commerçants se trouvent dans le même cas. L’interdiction nationale des feux d’artifice anéantirait tout un secteur local et les emplois qui y sont liés. D’autres secteurs économiques en souffriraient également. «Cette interdiction serait très préjudiciable aux papeteries, aux drogueries et aux boutiques de cadeaux, où la vente de feux d’artifice contribue de manière non négligeable au chiffre d’affaires, notamment à la campagne», confirme notre interlocuteur.
Selon lui, l’hôtellerie et la restauration seraient concernées. «À Lucerne, nous organisons chaque année un feu d’artifice financé par les hôtels locaux et l’office du tourisme régional. Cet événement attire de très nombreux visiteurs et leur offre un début d’année magnifique et haut en couleur.» Sa PME organise quant à elle les feux d’artifice du 1er août à Bâle et aux chutes du Rhin. Tout cela disparaîtrait.
Or tout cela donne du travail à de nombreux secteurs. De la planification au montage et au démontage, les travaux durent plusieurs jours. «La sécurité est toujours la priorité absolue», précise ce patron. «Aujourd’hui déjà , nous devons obtenir une autorisation pour de tels feux d’artifice de grande envergure.»
Savoir-faire en difficulté
Les volcans en tant que tels ne sont pas directement menacés par l’initiative, ce sont surtout les feux d’artifice qui sont à la question. Car ces derniers ne peuvent se passer d’explosions et d’effets sonores. «L’initiative visant à interdire les feux d’artifice bruyants ne cible officiellement que ces derniers. Mais chacun a sa propre conception du bruit», fait remarquer l’entrepreneur.
«Pour certains, le simple fait de faire démarrer un volcan est déjà bruyant.» Ce commerçant de formation craint donc que l’interdiction des feux d’artifice «bruyants» ne soit que le prélude à une interdiction générale. Il cite l’exemple de la commune zurichoise de Greifensee, qui a elle-même interdit les volcans.
Selon le texte de l’initiative, les feux d’artifice d’importance suprarégionale devraient certes rester autorisés si les autorités cantonales les approuvent. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement? Daniel Bussmann estime que pratiquement plus aucun feu d’artifice ne serait autorisé dans toute la Suisse, à part peut-être un seul lors de la Züri-Fäscht. «Mais si Bâle remportait le championnat suisse de football, les Zurichois n’en seraient sans doute pas ravis. On ne pourrait guère parler de caractère suprarégional dans ce cas-là .»
Il en va de même pour des événements plus modestes comme la Fête de l’Eau à Aarburg, où la société Bugano AG organise le feu d’artifice depuis plus de trois décennies.
«Voir les visages sereins et heureux des spectateurs, c’est une expérience bouleversante.»
Pour Daniel Bussmann, les feux d’artifice sont tout simplement partie intégrante du 1er août et du réveillon du Nouvel An. «Nous ne devrions pas abandonner cette magnifique tradition suisse», déclare cet homme de 45 ans, père de trois enfants et propriétaire de deux chats. «Quand je vois, le 1er août, les yeux brillants des enfants qui, avec leurs parents, ont le droit d’allumer des ‹Frauenfürze› (des petits pétards, n.d.t.) des pétards et d’autres feux d’artifice, c’est une chose merveilleuse.» Daniel Bussmann sait de quoi il parle. Son père a fondé la société Bugano AG il y a près de 40 ans. «Dès mon plus jeune âge, j’ai pu aider mon père. Et quand je vois, pendant et après le feu d’artifice, les visages sereins et heureux des spectateurs, c’est une expérience bouleversante.»
Rolf Hug
www.bugano.com/fr
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