Certains mercredis après-midi ont profondément marqué Sandro et Tim Jäggi. Entre 14 et 17 ans, les deux frères faisaient le tour des maisons dans leur village natal, Aeschi, après l’école. Ils demandaient si quelqu’un avait besoin d’aide. C’est surtout chez les agriculteurs qu’ils trouvaient régulièrement du travail. Ils mettaient la main à la pâte, prenaient des responsabilités et gagnaient quelques sous. Des années plus tard, lors d’une brève période de transition professionnelle, Sandro s’est souvenu de cette époque. «Hé, tu te rappelles quand on allait travailler chez les agriculteurs le mercredi après-midi pour gagner un peu d’argent?» a-t-il lancé à son frère. C’est de ce souvenir qu’est née l’idée de minijobSwiss.
Autonomie et responsabilité
«Nous voulions créer une plateforme offrant aux adolescents et aux jeunes adultes un moyen simple de trouver ce genre de petits boulots», explique Sandro. Pour les deux frères, il ne s’agit pas seulement de gagner de l’argent. «Nous avons nous-mêmes constaté à quel point cela nous a fait du bien de prendre des responsabilités dès notre plus jeune âge et de gagner notre propre argent.»
Les expériences vécues au sein de leur cercle d’amis les ont aussi confortés dans cette démarche. Certains de leurs camarades auraient commencé un apprentissage avant de l’abandonner, car le métier ne correspondait pas à leurs attentes. Avec minijobSwiss, les frères souhaitent permettre aux jeunes de découvrir très tôt différentes activités et d’acquérir une expérience pratique.
Avant que cette idée ne se concrétise sous la forme d’une plateforme, les frères ont élaboré un business plan et analysé le marché suisse. Le développement a dépassé leurs attentes: fin septembre 2026, près de deux mille utilisateurs et utilisatrices étaient inscrits. «Nous sommes très agréablement surpris de l’accueil favorable que reçoit notre projet et de la rapidité avec laquelle nous nous développons», lâche Tim.
La plateforme minijobSwiss ne cherche pas à réinventer le marché des petits boulots, mais à le simplifier. La simplicité est au cœur de leur démarche. Les restaurants, les hôtels, les organisateurs d’événements, les PME ou les particuliers doivent pouvoir trouver de l’aide rapidement et sans trop d’efforts. Les jeunes et les étudiants ont quant à eux accès à des petits boulots et à des emplois à temps partiel de courte durée. La plateforme se concentre délibérément sur ce créneau. Il n’y a pas d’emplois classiques à temps plein. Les frères souhaitent ainsi éviter que les petits boulots ne se perdent parmi les milliers d’offres d’emploi proposées par les grandes plateformes d’emploi.
Travaux adaptés à l’âge
L’une des particularités du site est qu’il s’adresse aux jeunes à partir de 14 ans. Sandro et Tim veillent à respecter les dispositions légales en matière de protection des jeunes au travail. Les employeurs précisent dans leurs annonces à partir de quel âge un poste est accessible. Les jeunes ne voient ainsi que les offres qui leur correspondent. «Nous pensons qu’un jeune de 14 ans devrait lui aussi avoir la possibilité d’engranger des revenus et d’acquérir une première expérience professionnelle», explique Sandro. Sur le plan technique aussi, le principe «moins, c’est mieux» s’applique. Avec «Jobi», les frères ont intégré un assistant numérique capable de proposer aux jeunes des petits boulots adaptés. Les annonces peuvent en outre être accompagnées de photos ou de courtes vidéos. L’objectif est délibérément simple: permettre aux employeurs et aux demandeurs d’emploi de se trouver le plus rapidement et le plus facilement possible. minijobSwiss ne se considère pas comme une agence de recrutement classique. La plateforme établit le contact – tout le reste est géré directement par les employeurs et les candidats eux-mêmes.
Participation des entreprises
Pour l’instant, minijobSwiss est encore gratuit. À l’avenir, ce sont surtout les employeurs qui devront payer pour l’utiliser. Il est prévu de proposer un abonnement mensuel à 49 fr. 90, un abonnement annuel à 499 francs ou des annonces ponctuelles payables avec des crédits. La plateforme restera gratuite pour les jeunes. Pour l’instant, les frères considèrent que le plus grand défi consiste à attirer des employeurs. Il est facile d’entrer en contact avec les jeunes via les réseaux sociaux. En revanche, convaincre les entreprises demande nettement plus d’efforts.
À la fin du mois de septembre 2026, environ 1700 jeunes et 122 employeurs étaient inscrits. Parallèlement, la plateforme propose en permanence entre 65 et 70 offres d’emploi. À ce jour, environ 70 placements ont été enregistrés grâce à des candidatures déposées sur minijobSwiss. Le nombre réel devrait toutefois être plus élevé, car les employeurs et les candidats prennent parfois directement contact entre eux ou utilisent des formulaires de candidature externes.
Plus il y a d’offres d’emploi attractives, plus la plateforme devient intéressante pour les jeunes. Et plus il y a de jeunes inscrits, plus elle devient attractive pour les employeurs. Pour l’instant, Sandro et Tim vérifient eux-mêmes le sérieux et la pertinence des annonces. À l’avenir, cette tâche sera confiée à un collaborateur et l’IA jouera aussi son rôle.
Dans toute la Suisse
Les frères souhaitent implanter minijobSwiss dans toute la Suisse. À long terme, l’Allemagne, l’Autriche, la France et l’Italie devraient suivre. Parallèlement, minijobSwiss doit devenir plus qu’une simple plateforme d’emplois à temps partiel. L’«Académie minijobSwiss» constitue un axe central de leur projet d’avenir. Elle devrait permettre aux jeunes, puis aux adultes, d’acquérir des connaissances pratiques utiles dans la vie professionnelle et quotidienne – allant des candidatures et des finances au comportement en situation, en passant par la définition d’objectifs et le développement personnel.
Des éléments ludiques sont également prévus. Un système de récompense visera à motiver les jeunes à tester différents emplois et à acquérir de nouvelles expériences. Pour Sandro et Tim, minijobSwiss serait une réussite si la plateforme s’imposait comme le premier point de contact pour les emplois destinés aux jeunes et les minijobs, et si elle facilitait l’entrée des jeunes dans le monde du travail. Leur ambition à long terme est la suivante: «La plateforme doit être perçue par les autorités cantonales et les pouvoirs publics comme un complément utile à l’entrée dans la vie professionnelle.»
Corinne Remund
Site en allemand:
www.minijobs.swiss