Publié le: 4 novembre 2022

Bijou de spa et amour du bois suisse

PORTRAIT – Bruno Chevrey a osé lancer son projet de bains nordiques en bois suisse chauffés au bois à la Foire du Valais. Genevois devenu Valaisan de cœur, il autofinance le développement de son petit bijou construit entièrement en Suisse. Un projet né dans la tête de ce menuisier de formation monté à son chalet en pleine pandémie. Il y est resté!

Il est revenu de la Foire du Valais avec un bon sentiment. Mieux que ça, même: Bruno Chevrey a sauté sur une place disponible dans un stand pour présenter son «bébé» au public: un bain nordique construit entièrement en Suisse, avec du mélèze «de nos régions» et de la pierre d’Evolène: «Sans colle, ni joints, ni caoutchouc, sans électricité ni produits chimiques, rien que du bois, de la simplicité, du naturel, un style montagnard unique, sourit-il. Le tout conjugué durablement.»

L’entreprise qu’il a lancée en mai s’appelle Bains Alpins et elle est basée à Isérables (VS). Le slogan est déjà un poème: «Du bois, de l’eau, du feu, le bien-être au milieu!»

Constantin, pas vu!

Il est prêt à les installer dans toute la Suisse romande. Et même, pourquoi pas, en Suisse alémanique. Mais à la Foire du Valais, est-ce que tout s’est bien passé, vu ses origines genevoises? Bruno Chevrey nous le confirme tout net: Christian Constantin n’est pas passé sur son stand pour l’empoigner par le col et lui lancer: «Je te donne 20 000 francs, tu prends tes jaccouzes de merde et tu te tires tout de suite! Non, mais tout de suite!» (26 minutes, RTS, samedi 10 octobre 2015).

Non, point ne fut besoin, car Bruno est bien devenu Valaisan de cœur. Monté à son chalet à la Tzoumaz pour soigner son âme meurtrie par la pandémie et le stress du travail en ville, il est finalement resté là-haut. A même choisi la démission.

Et à force d’essayer de réparer son vieux spa, de le remplacer par un bidule qui ne lui convenait pas, il tourne autour du pot, finit par se prendre un flash en pleine poire lorsqu’il déniche un fabuleux dessin de bain nordique rectangulaire en bois. «Je suis tombé littéralement amoureux de ce design, comme je l’avais été pour les vélos électriques Stromer» (pour lesquels il a, soit dit en passant, développé un réseau de distribution à Lausanne et Genève).

Cinquantenaire aguerri

Menuisier ébéniste de formation, il a bifurqué dans l’éducation spécialisée, métier qu’il a depuis quitté. Bref, ce Genevois passionné contacte l’auteur du fameux design, un projet resté en rade, que ce néo-entrepreneur peut raboter et adapter à sa convenance. Puis tout le reste s’aligne: un développement de longue haleine pour le système de chauffage au bois, original et rapide, concrétisé grâce à un professionnel de l’EPFL en la personne de Nicolas Weibel (STX-SMX-Enseignement).

«Les spas chauffés au bois mettent entre quatre et dix heures pour être opérationnels, précise ce cinquantenaire aguerri. Pour le mien, il faut compter entre 1h30 et 1h45. Et en plus, il consomme beaucoup moins de bois.» À une époque du «tout, tout de suite», c’est déjà un bel argument commercial. Il peaufine les prototypes du spa avec l’aide d’un ami maître charpentier. Le bois est fourni par les gens de Nendaz et ceux de Fribourg.

Devenir entrepreneur, c’est la suite logique. Bruno suit un cours pour comprendre comment tirer les bonnes ficelles et lancer sa boîte, donc mieux définir son projet, chercher les feedbacks, les conseils, le regard des autres. Quoi d’autres sur ce chemin de croix qui mène au statut d’entrepreneur? «Parfois, on se réveille la nuit en sueur avec un problème technique à régler. On se demande comment et avec qui on va communiquer.»

Les pieds sur terre en Valais

Certaines marches s’avèrent ardues. «Le plus difficile était de se positionner par rapport au choix de produits sur le marché, se souvient-il. La plupart des spas sont réalisés avec des matériaux provenant de l’étranger, voire sont fabriqués dans d’autres pays.»

Il veut garder les pieds sur terre. Pas d’exportations prévues pour l’instant. Autofinancement sur toute la ligne, quitte à y mettre ses économies, son deuxième pilier. Dans un premier temps, Bruno Chevrey vise environ huit unités par année. Mais si la version modeste du plan décolle, il faudra peut-être s’organiser différemment. Pour l’instant, ce n’est à pas à l’ordre du jour.

La communication par Instagram marche bien – grâce à sa fille qui fait résonner pour lui les réseaux sociaux. «Mon site n’est pas encore top, reconnaît-il. Il manque pas mal de choses à voir et de détails techniques. Mais au moins, il est cohérent avec le projet.»

Un Combin à huit places

Le nom des modèles dit son amour des sommets. Le «Niesen» est prévu pour trois à cinq personnes: avec ses 800 litres, il mesure 1,85 mètres de long. Plus ambitieux, le «Combin» peut accueillir jusqu’à huit personnes (1800 litres et 2,85 m). Entre les deux, on trouve le «Wildhorn» pour quatre à six personnes (1200 litres et 2,45 m).

À cela s’ajoute une gamme d’accessoires allant de la couverture isolante à la tablette apéro-fondue, le petit banc, la cascade et le marquage laser. Sans oublier des aménagements possibles, terrasse, couvert, vestiaires, bûcher, muret de pierre et éclairages spéciaux. «On peut même ajouter un sauna et un brasero», pétille-t-il.

Un petit bijou qui vient d’être lancé avec amour pour les amoureux du bois et de la chose bien fabriquée entièrement en Suisse. Et qui sont prêts à mettre le prix. Soit grosso modo dans une fourchette comprise entre douze et vingt mille francs.

François Othenin-Girard

Les plus consultés