Publiziert am: 06.09.2019

«Ce compromis doit être rejeté!»

RéVISION LPP – Mia Mendez est à la tête de la caisse de pension de PwC Suisse depuis 2017. Elle apprécie peu la proposition des syndicats, qui est soutenue par l’Union patronale. La compensation pour tous est une erreur: «Ne rien faire, c’est vraiment mieux!»

Journal des arts et métiers: Que pensez-vous de la proposition des syndicats sur la révision de la LPP, soutenue par l’Union patronale?

Mia Mendez: La proposition contient quelques bons éléments, comme une réduction du montant de coordination pour les travailleurs à temps partiel. Toutefois, cet objectif pourrait être atteint plus facilement en pondérant le degré d’emploi par rapport à la retenue de coordination (50% de la charge de travail = 50% de la retenue de coordination). Nous rejetons catégoriquement la proposition d’introduire un élément de prélèvement dans le régime par capitalisation.

Les partenaires sociaux ont présenté un «compromis» avant les vacances – sans la participation de l’usam – et veulent introduire une composante «prélèvement» dans la LPP. Pourquoi rejettez-vous cette approche?

En Suisse, nous sommes fiers de nos 3 piliers. Le premier est financé par la répartition. Le deuxième doit être financé par la méthode de couverture du capital. Une composante par répartition n’a aucun sens ici. Le deuxième pilier a d’ailleurs déjà été politisé, en inscrivant dans la loi des paramètres techniques qui dépendent de l’espérance de vie et des perspectives de rendement. De tels paramètres n’ont pas leur place dans notre droit.

La proposition syndicale prévoit le versement à la génération des baby-boomers d’un complément de retraite d’un montant maximal de 200 francs. Qui payerait?

Selon la proposition, toutes les personnes assurées en vertu de la LPP devraient verser une cotisation supplémentaire de 0,5% jusqu’à concurrence d’un salaire maximal de 853 200 francs suisses.

Baisser le taux de conversion à 6% est-il le bon moyen de stabiliser le 2e pilier?

Non. 6%, c’est encore beaucoup trop élevé, et nous avons besoin d’un rendement cible d’un peu moins de 3,5% pour pouvoir financer durablement cette prestation de retraite. Étant donné que les pensions ne doivent pas être réduites, il devrait théoriquement être possible de financer cette pension sans risque. Le taux d’intérêt sans risque est actuellement de -0,8%.

De nombreuses caisses ont déjà abaissé le taux de conversion sans que leurs retraités n’aient reçu de compensation. Est-ce juste?

De nombreux conseils de fondation ont pris des mesures dans le cadre des possibilités de l’employeur et de la caisse de pension pour compenser (partiellement) les réductions de pension. Cet objectif peut être atteint par une augmentation ponctuelle des réserves actuarielles des générations plus âgées et/ou par une augmentation des cotisations d’épargne. Chez PwC Suisse, nous avons fait de même et brisé le tabou de l’augmentation de l’âge de la retraite au-delà de 65 ans (pour les hommes et les femmes). Toutefois, il est toujours possible de prendre sa retraite entre 58 et 70 ans.

Pour que les générations futures perçoivent la même pension qu’une personne de 65 ans en francs malgré un taux de conversion inférieur, la caisse de pension doit être alimentée pendant une période plus longue. Par exemple, je dois moi-même travailler 9 mois de plus pour maintenir mon niveau de pension.

Selon ce modèle, les jeunes payent pour les vieux. Combien de temps la jeune génération pourra-t-elle jouer à ce jeu?

Il nous faut une Greta Thunberg pour l’AVS. Les jeunes ne sont pas conscients de ce problème et peu intéressés. Ce «compromis» devrait être rejeté. PwC Suisse ne se sent pas du tout représentée par l’Union patronale.

Les experts ont dit qu’il vaut mieux de ne rien faire que d’accepter un «compromis» des syndicats et de l’Union patronale. Partagez-vous ce point de vue?

Il est urgent d’agir sur le 1er et le 2e piliers. Ce qu’il ne faut certainement pas faire maintenant, cependant, c’est une nouvelle augmentation des prestations pour les 15 prochaines cohortes de retraités (les baby-boomers). Pourquoi tout le monde devrait-il être indemnisé alors que «seulement» 15% sont assurés dans les plans LPP purs? Les caisses de retraite réduisent les taux de conversion depuis des années. Il y a donc des milliers de retraités qui ont pris leur retraite avec un taux de conversion inférieur à 6,8%. Et soudain, il y a un supplément? Il vaudrait vraiment mieux de ne rien faire. Interview : Gerhard Enggist