Publiziert am: 06.09.2019

Ces libéraux qui vécurent à Genève

histoire des idées – Ludwig von Mises et Wilhelm Röpke vécurent au bout du lac une période stimulante vers la fin des années trente. Grâce à l’accueil de la Suisse et de l’Institut de hautes études internationales.

L’une des institutions de recherche en sciences sociales et économiques les plus prestigieuses au monde est basée à Genève. Il s’agit de l’Institut de hautes études internationales et du développement. Actuelle­ment situé plutôt à gauche, cet institut fut fondé en 1927 pour faire progresser les idées libérales. Les diplomates William Rappard et Paul Mantoux, qui s’activaient à la Société des Nations, débutèrent leurs travaux grâce à des donations de la fondation Rockefeller. Rappard remarqua de manière ironique que les collaborateurs les plus importants de l’Institut furent Hitler et Mussolini. En effet, alors que les puissances de l’Axe menaient la guerre en Europe, la Suisse comme pays neutre et tout particulièrement cet institut offrirent «un havre de paix» à de nombreux chercheurs persé­cutés par ces régimes liberticides. Ce fut aussi grâce à la position particulière de la Suisse et à l’orientation de cet institut que deux «pères fondateurs» du libéralisme trouvèrent une place de travail à Genève.

Ludwig von Mises

De 1934 à 1940, l’économiste autrichien Ludwig von Mises enseignait à l’institut. Le libéralisme «misesien», aussi appelé «école autrichienne», place une grande importance sur les décisions des individus au plan entrepreneurial et à l’influence des facteurs argent et temps sur les décisions économiques. A Genève, Mises écrivit deux ouvrages importants en portant sa critique sur l’interventionnisme de l’Etat et en prenant position contre les totalitarismes. En 1940, Mises part aux Etats-Unis où il devient une figure influente. Après cette période genevoise, il se tourne vers la politique économique et les questions sociales. On peut même affirmer que le libéralisme américain se réorganise autour des idées de Mises. Par exemple, le libéralisme «misesien» a été l’un des piliers des réformes économiques du président Reagan.

Wilhelm Röpke

La fuite face au nazisme de Wilhelm Röpke le conduisit dans un premier temps à Istanbul, et en 1937 à l’institut en Genève. Il passera tout le reste de sa vie sur les bords du Léman. Comme économiste, Röpke se préoccupait des conditions-cadres pour le développement du marché du livre. Après la guerre et avec d’autres économistes en Allemagne, Röpke développa la «soziale Marktwirtschaft».

Petit institut – grands effets

L’influence de Röpke en Suisse ne peut pas être sous-estimée. Défenseur du fédéralisme, Röpke s’opposa à une participation de la Suisse à l’Union européenne – une entité qu’il reconnaissait comme totalitaire déjà dans les années 60. Comme conseiller des grandes associations économiques suisses, Röpke les a convaincus de remplacer leurs idéologies corporatistes par un libéralisme économique. Röpke eut également une influence sur le fonctionnement de l’institut. Après un certain nombre d’années, les Hautes études internationales mirent au point un système dans lequel des cours temporaires furent donnés par d’éminents intellectuels à la semaine, au semestre ou à l’année. Ces cours temporaires contribuèrent à positionner l’institut comme un centre intellectuel en attirant d’importants penseurs libéraux comme Raymond Aron, Luigi Einaudi, Gottfried Haberler, ou Friedrich von Hayek.

A l’époque de Rappard, Mises et Röpke, l’institut ne disposait que d’une vingtaine de professeurs. Cela ne l’a pas empêché de devenir une puissance intellectuelle en Europe. Le virage à gauche, plus récent, ne l’a pas empêché de jouer un rôle de premier plan dans le débat sur le libéralisme et la mondialisation.

Les principales idées de ces économistes – et d’autres – sont appliquées chaque jour à la réflexion politique qui prévaut pour les PME en Suisse.

Henrique Schneider, usam