Publié le: 6 novembre 2020

Des critiques de l’extérieur. Et alors?

DISCOURS DE JEAN-FRANÇOIS RIME – Annulé fin avril, le Congrès de l’usam s’est déroulé fin octobre. Le président sortant n’était pas présent. Testé positif, il est resté à la maison. Voici son discours d’adieu sous la forme d’un bilan et de perspectives pour l’avenir.

Le congrès de l’usam en cette année 2020 est dominé par la crise sanitaire. Après que la date initiale du mois d’avril ait dû être annulée, nous nous réunissons aujourd’hui dans des circonstances particulières. Mais malgré ce point de départ, le thème de la conférence pour notre travail s’applique généralement tout au long de l’année: la politique de l’usam est durable. En d’autres termes: bien pensée, stable, tournée vers l’avenir et retentissante.

Du lockdown au «Smart Restart»

La crise sanitaire en est le meilleur exemple. Dès le matin de la fermeture, l’usam a écrit au Conseil fédéral que des mesures dans le domaine du chômage partiel et du soutien des liquidités étaient indispensables. Nous sommes également intervenus lorsque le prêt devait être lié au critère du profit dans les discussions initiales, et avons exigé que le chiffre d’affaires soit le chiffre clé et que le prêt se fasse avec des taux d’intérêt zéro.

«le frein de la réglementation devra encore être accepté par le Parlement et par le peuple.»

Le résultat est bien connu. Début avril, le Comité directeur de l’usam a approuvé le concept de «Smart Restart». Outre l’égalité de traitement entre santé et préoccupations économiques, l’idée de concepts de protection a été lancée. Tout récemment, un conseiller fédéral a remercié l’usam pour ce soutien actif et utile à l’administration. Grâce aux efforts inlassables de nos responsables politiques, le Parlement a égale­ment adopté l’idée du concept grâce à deux motions sous le titre «Smart Restart» et l’a fait passer avec le même élan.

Et ce n’est que récemment que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a commencé à nous inviter lors des réunions de l’équipe de crise élargie, qui comprend désormais l’usam. Cela est dû à notre intervention pour inclure les partenaires sociaux, car l’économie n’y était représentée qu’unilatéralement et de manière insuffisante. Mais la crise sanitaire nous a surtout fait comprendre une chose: les PME ont une importance systémique pour la Suisse. Les faits parlent clairement dans ce sens (lire l’encadré).

Pionniers, depuis une décennie

Pendant huit ans, j’ai eu le privilège de présider une organisation dont la réputation de pionnière n’est plus à faire. Le «Smart Restart» n’en est que l’exemple le plus récent. Avec l’adoption de la résolution visant à réduire les coûts de la réglementation lors du Congrès suisse des arts et métiers 2010, nous avons déjà joué un rôle précurseur. Nous avons en même temps jeté les bases de notre politique pour les années à venir. Conformément à notre stra­tégie, la réduction des normes et réglementations juridiques est devenue la priorité de la plus grande organisation faîtière de l’économie suisse. Pour mémoire: les coûts de la réglementation représentent 10% du produit intérieur brut, soit plus de 60 milliards de francs par an. Ces coûts entravent le développement de l’économie, en particulier des PME, et limitent la productivité des entreprises.

Moins de réglementations

L’usam a développé un concept visant à réduire les coûts actuels et futurs de la réglementation. Le concept a été défendu au Parlement via plus de 50 interventions de parlementaires proches des PME. Au printemps 2019, le Parlement a chargé le Conseil fédéral de mettre un frein aux coûts de la réglementation. La balle était et est toujours dans le camp du Conseil fédéral, comme c’est si souvent le cas pour les questions de réglementation. Jusqu’à présent, le Conseil fédéral n’a pris aucune mesure concrète qui aille dans le sens d’une mise en œuvre. L’usam n’a eu de cesse de s’élever contre cet immobilisme. Le conseiller fédéral Guy Parmelin est en train de changer cela. A la fin de cette année ou début 2021, il présentera le concept de frein à la réglemen­tation réclamé par l’usam. Je tiens toutefois à préciser qu’il ne s’agit là au mieux que d’une victoire d’étape. Il nous faudra en effet veiller à ce que ce frein soit accepté par le Parlement et le peuple

Persévérence indispensable

Cet exemple démontre de manière frappante que, pour peu qu’elles fassent preuve de ténacité, les PME peuvent faire passer leurs revendications envers et contre l’inertie du système. Et je constate avec satis­faction que cette ténacité est une constante du travail de l’usam. Cette attitude seule est garante d’un succès durable. Les critiques venant de l’extérieur – en particulier de nos adversaires politiques – ne doivent pas nous distraire de notre objectif. Réduire les coûts réglementaires, c’est réduire les coûts fixes des entreprises et donc augmenter la productivité. Cela revient à donner plus de moyens aux entrepreneurs afin de leur permettre d’innover, de gagner des parts de marché et de recruter du personnel. La réduction des coûts de la réglementation et la flexibilisation constituent un véritable programme de croissance économique.

En souplesse, ça marche!

Cette approche a fait ses preuves lors de la crise du Covid-19: avant la crise, le Conseil fédéral voyait le travail à domicile d’un mauvais œil. En appelant les gens à rester chez eux, il a pourtant déclenché une flexibilisation sans précédent du marché du travail. Le résultat s’est avéré un succès: malgré la crise, les entreprises ont pu continuer à travailler et même gagner en productivité en décentralisant leurs activités.

Pas d’extension coûteuse des prestations

Mais malgré ces évolutions positives, la pandémie de Covid-19 est et reste une crise dont il nous faut sortir. La revitalisation de notre marché domestique est plus que jamais nécessaire. La dette du secteur public va augmenter de plusieurs milliards. Face à cette explosion de la dette, nous n’aurons pas d’autre choix que d’introduire des mesures d’austérité drastiques. Il nous faut donc absolument questionner nos dépenses, surtout les plus dispendieuses. Cela s’applique en particulier à la politique de la prévoyance. Les suppléments de rente, tels que ceux proposés par les syndicats dans le cadre de la réforme de la LPP et malheureusement soutenus par l’Union patronale, sont un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre!

«L’accord-cadre ne peut pas obtenir une majorité sous sa forme actuelle.»

Nous devons dynamiser l’économie, lever les obstacles à la création de valeur et développer l’esprit d’entreprise. Cela nous permettra d’accélérer la reprise et de créer de nouveaux emplois. Une économie suisse dynamique est aussi plus forte sur le plan international. La Suisse deviendra ainsi un partenaire économique et un interlocuteur encore plus fort pour l’Europe. Une telle position de force permettra également à la Suisse de mieux négocier l’accord-cadre institutionnel. L’usam estime qu’un tel accord est nécessaire. Cependant, le texte actuel – et la plupart des partenaires sociaux s’entendent sur ce point – n’est pas en mesure de recueillir une majorité. Nous ne devons pas surestimer la pression exercée par l’UE. En collaboration avec les partenaires sociaux, nous avons soumis au Conseil fédéral une proposition pour garantir les mesures d’accompagnement. Pour les partenaires sociaux, le problème réside dans la transposition dynamique de la directive concernant les travailleurs détachés. Une transposition dynamique du droit impliquerait le risque qu’une cour européenne compromette la protection des salaires. Les conditions dans lesquelles les entreprises européennes et leurs employés travaillent en Suisse relèvent de la compétence de la Suisse et non de la Cour de justice européenne. Une telle ingérence est à nos yeux inacceptable et peu constructive.

Numérisation: les opportunités

Nous avons besoin de solutions qui ouvrent à l’économie suisse les meilleures perspectives de développement et de succès. Tant sur le marché de l’exportation que sur le marché intérieur. A cet égard, la crise nous a appris quelques recettes. Alléger la réglementation, assouplir le droit du travail et promouvoir la numérisation: ceci, Mesdames et Messieurs, est un programme de revitalisation de notre économie. D’importance systémique, les PME ont une fois de plus démontré leur dynamisme pendant la crise. Elles ont notamment saisi l’occasion de la numérisation. Elles ont intégré des technologies telles que la vidéoconférence ou l’accès à distance dans les processus de travail de tous leurs collaborateurs, et pas seulement de leurs cadres. Elles ont réorganisé ou adapté leurs chaînes de processus et leurs séquences de production. La numérisation leur a permis d’étendre leur offre et de développer de nouveaux secteurs d’activité. Comme c’est souvent le cas, les entreprises – en particulier les PME – ont fait œuvre de pionniers.

Numérisation: charte de l’usam

Mais les pionniers eux-mêmes ont besoin de conditions-cadre appropriées. Lors du Congrès suisse des arts et métiers il y a deux ans, les délégués ont activement appelé l’usam à considérer la numérisation comme une opportunité et à la promouvoir en conséquence. L’usam a pris cet appel au sérieux et a mis en œuvre des mesures concrètes via différents canaux. Elle a élaboré une charte stratégique à l’intention du Congrès suisse des arts et métiers.

Cette charte en appelle à la responsabilité des PME et préconise en même temps de meilleures conditions-cadre pour la promotion de la numérisation. En tant que plus grande organisation faîtière de l’économie suisse, nous sommes prêts à profiter des opportunités offertes par la numérisation et à la mettre en œuvre activement. Notre directeur Hans-Ulrich Bigler va à présent vous présenter la charte numérique, que nous voulons adopter lors de ce Congrès. Comme un signe fort en faveur du progrès et de la productivité.

Jean-François Rime

Importance systémique des pme

Les faits parlent clairement

Dans son discours d’adieu, le président sortant de l’usam, Jean-François Rime, a souligné pourquoi les PME suisses sont importantes au plan systémique et non seulement pendant la crise. Il a étayé son discours par les faits suivants:

• 99% des entreprises sont des PME qui emploient 2/3 de tous les emplois en Suisse; ces PME forment 70% de tous les apprentis, et la tendance est à la hausse. L’Association suisse du commerce est donc de loin le principal partenaire social du côté des employeurs.

• 46% des employés des PME sont des femmes; 32% occupent des postes de direction, et la tendance est à la hausse.

• L’âge moyen dans les PME est de 45 ans, ce qui est plus élevé que dans les entreprises. En d’autres termes, les personnes âgées de plus de 50 ans ont potentiellement de meilleures opportunités d’emploi dans les PME.

• Enfin, la valeur ajoutée des PME représente 60% du produit intérieur brut; selon l’Office fédéral des statistiques, les PME de moins de 50 salariés sont le groupe d’entreprises qui connaît la croissance la plus rapide, plus forte que celle des groupes de plus de 250 salariés.

www.sgv-usam.ch

Invité virtuel

Le conseiller fédéral Guy Parmelin par vidéo

Dans un message vidéo diffusé lors du Congrès 2020 à Fribourg, le conseiller fédéral Guy Parmelin a fait ses adieux à son compagnon et ami politique de longue date, Jean-François Rime. Il s’est dit impressionné par l’engagement politique de ce dernier en faveur des PME.

Dans la foulée, le ministre de l’économie se réjouit de profiter d’un bon verre de vin ou d’un repas avec J.-F. Rime après son rétablissement. Et de continuer à soutenir l’économie, qui a été durement touchée par cette crise. Il souhaite d’ores et déjà à son successeur Fabio Regazzi (lire p. 2) beaucoup de succès dans ses nouvelles fonctions – pour le bien des PME.

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